Jean-Luc Mélenchon
Au départ, c’était une molécule destinée à déboucher les tuyauteries
industrielles. Un dissolvant industriel. Puis c’est devenu le produit
phare de la firme Monsanto qui avait racheté le brevet. Des milliards
ont été gagnés de cette façon.
Puis la molécule est tombée dans le
domaine public et toutes sortes d’adjuvants ont été mis au point par
toutes sortes d’entreprises pour commercialiser sous leur nom la
molécule. 800 millions de tonnes de ce produit sont déversées chaque
année. Il est présent dans cent pour cent des urines humaines et 53 %
des cours d’eau. Pour ma part, je partage le combat des associations sur
le thème depuis plusieurs années.
Je n’ai donc pas été surpris par ce que le journal « Le Monde »,
avec mérite, vient de faire connaître sur les conditions dans
lesquelles sont établis les rapports d’évaluation en vue de
l’autorisation. La firme Monsanto, aujourd’hui propriété du chimiste
allemand Bayer, exerce un lobbying intense et bien connu. Ce qui est
choquant ce n’est donc pas qu’il fasse ce travail d’influence parfois
bien lourde. C’est que ça puisse encore marcher. Le vote du gouvernement
allemand, hier en abstention et depuis aujourd’hui en vote pour, est
donc extrêmement choquant. Ce vote menace a la fois la relation
franco-allemande et les négociations entre Merkel et le PS allemand pour
constituer un nouveau gouvernement commun. C’est dire si Monsanto et
Bayer ont le bras long pour imposer leurs vues.
La crise politique
ainsi aggravée en Allemagne est une première. C’est la première crise
politique liée à un sujet écologique. Elle fonctionne comme un boomerang
dont on n’a pas fini de constater le mécanisme désormais, à mesure que
l’Europe s’affichera comme le bras armé des lobbies les plus dramatiques
pour la santé publique et l’environnement. En annonçant par tweet
qu’il souhaitait voir la France ne plus permettre le glyphosate sur son
sol, Macron monte sur un tapis roulant qui le conduit à servir nos
thèses. Il illustre en effet le principe de désobéissance à l’Europe et
le thème du plan B « quand on ne peut pas convaincre les autres ». À la
fin de l’engrenage il lui faudra interdire les produits glyphosatés
importés pour ne pas voir les paysans français ruinés.

En un tweet, Macron a validé notre cohérence. Pas sûr qu’il avait
pensé aux conséquences. Quelques voix se sont élevées pour le mettre en
garde. Son ministre de l’agriculture qui s’était réjoui de la décision
européenne a donné à l’Assemblée une version en baisse de l’oracle
présidentiel. Macron dit qu’en toute hypothèse la France devra être
sortie du glyphosate en trois ans. On va voir ça. Ce serait une très
bonne chose. Mais les conséquences d’une telle décision n’ayant rien à
voir avec le reste de sa politique, on s’attend a une pantalonnade comme
celle de Nicolas Hulot avec le nucléaire. À noter la grande
contribution du PS a la réflexion sur le sujet. Son-ex ministre de
l’agriculture, Stephan Le Foll pérore : « moi, le glyphosate je n’en ai rien a faire ».
Évidemment, comme tous les semeurs de leurre, le « vrai problème » est
ailleurs. Détournez les yeux braves gens, ne regardez pas dans la bonne
direction. Suivez le PS.

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