UJFP
Depuis que Trump a déclaré vouloir transférer l’ambassade états-unienne à
Jérusalem, on assiste à une série de déclarations ahurissantes
concernant cette ville.
Par exemple, la propagande sioniste claironne
partout que « Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis 3000 ans ».
Comme si à force de la répéter cette absurdité pouvait correspondre à quelque once de vérité.
Comme si à force de la répéter cette absurdité pouvait correspondre à quelque once de vérité.
L’absurdité se situe d’abord dans les termes. Une ville ne peut être
capitale d’un peuple, mais d’un pays. La notion de capitale est moderne,
liée à la définition de l’État-nation qui a émergé au cours du 19ème
siècle. Enfin il est discutable que l’ensemble des êtres humains se
revendiquant de l’identité juive constitue un peuple. Les Juifs
lituaniens, marocains ou éthiopiens se considèrent juifs. Peut-on penser
sérieusement qu’ils appartiennent au même peuple ?
Qu’en est-il exactement de la recherche archéologique et historique sur cette question ?
Les archéologues s’accordent sur ce point [1] :
le récit biblique n’est aucunement corroboré par l’archéologie avant
600 av JC. Ainsi les Patriarches, la sortie d’Egypte, la conquête de
Canaan par les Hébreux, le royaume unifié de David et Salomon, tout ceci
tient de la légende.
Tout ce que l’on sait, c’est qu’au Nord le royaume d’Israël a bien
été détruit pas les Assyriens en 720 av JC et Jérusalem prise par les
Babyloniens en 586 avant notre ère. Mais Jérusalem n’était
vraisemblablement qu’une bourgade avec une souveraineté s’étendant sur
un territoire d’un rayon de quelques dizaines de kilomètres.
Bien que Jérusalem soit truffée d’excavations, les archéologues israéliens n’ont trouvé aucune trace du 1ier Temple et des palais de David et de Salomon.
Bien que Jérusalem soit truffée d’excavations, les archéologues israéliens n’ont trouvé aucune trace du 1ier Temple et des palais de David et de Salomon.
Qu’en est-il de la présence juive à Jérusalem ?
Jérusalem et la Palestine ont été habitées par de nombreuses
peuplades comme l’atteste aussi le récit biblique. Tour à tour des
grands empires ont dominé cette région : les Égyptiens, les Assyriens,
les Babyloniens, les Perses, les Romains et les Byzantins. Différentes
religions cohabitaient, la Palestine a subi les influences culturelles
grecques et romaines. À la destruction du 2ème Temple (70 ap JC), il n’y a
pas de trace historique d’exode massif des Juifs. Seules les élites
sont parties.
Ainsi les descendants des Judéens de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens actuels. Mais même si les ancêtres des Juifs avaient vécu en Palestine il y a 2 000 ans, revendiquer une terre pour cette raison est un non-sens et ne peut que provoquer la guerre.
Ainsi les descendants des Judéens de l’Antiquité sont essentiellement les Palestiniens actuels. Mais même si les ancêtres des Juifs avaient vécu en Palestine il y a 2 000 ans, revendiquer une terre pour cette raison est un non-sens et ne peut que provoquer la guerre.
La religion juive s’est répandue à l’époque surtout par conversion, à l’image de la nouvelle religion chrétienne [2]. Les tentatives d’indépendance « nationale » juive ont échoué, la dernière étant celle de Bar Kokhba en 135 ap JC.
Puis au 7ème siècle ap JC, la Palestine a été largement islamisée, les Juifs palestiniens vivant en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans et chrétiens pendant plus d’un millénaire, sauf à l’époque des Croisades où juifs et musulmans subiront quelques massacres, notamment lors de la prise de Jérusalem en 1099.
Puis au 7ème siècle ap JC, la Palestine a été largement islamisée, les Juifs palestiniens vivant en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans et chrétiens pendant plus d’un millénaire, sauf à l’époque des Croisades où juifs et musulmans subiront quelques massacres, notamment lors de la prise de Jérusalem en 1099.
Et la démographie ?
Avant la colonisation sioniste à la fin du 19ème siècle, les Juifs
représentaient moins de 5 % de la population de la Palestine,
essentiellement des religieux. Et ils n’ont jamais été qu’une minorité
de la population même à Jérusalem. Ainsi en 1872, d’après un
recensement que les démographes qualifient de fiable, voici la
répartition des foyers à Jérusalem et dans ses environs [3] :
1 025
|
738
|
630
|
2 393
| |
6 128
|
-
|
1 202
|
7 320
|
Aujourd’hui, la ville de Jérusalem avec la partie annexée par Israël
depuis 67 comporte environ 60% de Juifs israéliens contre 40% de
Palestiniens qui n’ont qu’un droit de « résidence » dans leur propre
ville. Beaucoup voient leurs maisons détruites ou en sont expulsés.
Et la promesse divine de la Terre, « l’an prochain à Jérusalem » ?
Bien sûr (Genèse 15,18) « En ce jour-là, l’Éternel fit alliance avec
Abram, et dit : Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve
d’Égypte jusqu’au grand fleuve, au fleuve Euphrate ». Dans la Bible,
cette promesse a été renouvelée à son fils Isaac, puis à son petit-fils
Jacob.
C’est l’argument avancé par les premiers sionistes (pourtant
athées !) pour tenter de convaincre les juifs religieux. Pourtant
pendant des siècles, il n’y eu parmi les Juifs aucun mouvement ayant
comme projet de « retour » à cette « Terre promise ». La raison en était
simple : d’après le Talmud (Ketoubot 111a), il était interdit aux juifs
de mettre fin à l’exil en revenant en masse par la force armée [4].
L’exil étant voulu par Dieu, Lui seul peut y mettre fin, à la fin des
temps, les temps messianiques. Alors, c’en serait fini de toute
souveraineté humaine, la terre entière serait sainte. Ainsi cette phrase
prononcée tous les ans à Pessah, la Pâque juive, « l’an prochain à
Jérusalem » ne signifie rien d’autre que l’espoir de la Rédemption
messianique pour l’humanité entière.
Plus prosaïquement, avoir ses pensées tournées vers Jérusalem (comme
les musulmans se tournent vers la Mecque) ne signifie pas qu’on va y
aller, y établir un État et chasser les autochtones.
Alors à qui appartient Jérusalem ?
Jérusalem comme la Palestine doit appartenir à tous les habitants qui
y vivent, avec des droits égaux pour chacun, quelles que soient leurs
origines, leurs convictions philosophiques ou religieuses. Pour avancer
vers cet objectif (messianique ?), il est nécessaire que l’État
israélien soit sanctionné pour sa politique coloniale d’apartheid et de
dépossession.
Politique qui va à l’encontre de toutes les valeurs juives
dont en particulier la recherche de la Justice et la solidarité avec
les opprimés.
Notes

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire