François Cocq
Johnny est mort ! Voilà qui va occuper les Unes des gazettes et les
ouvertures des journaux radio-télévisés pendant de longs jours.
Relégués
donc au second plan quelques sujets « mineurs » quand ils ne sont pas
carrément passés totalement sous silence. Ainsi va la vie dans la
société du spectacle que les médias ont désormais non seulement
complètement intégrée mais dont ils assurent désormais la production.
Cette semaine, black-out médiatique donc sur l’ordonnance Macron qui
s’attaque frontalement aux délégués syndicaux. Le 1er décembre, le
gouvernement a en effet présenté aux partenaires sociaux une sixième
ordonnance (avant sa publication prévue fin décembre) sur le droit du
travail… qui vise à corriger les cinq précédentes. Parmi les nouveautés,
on trouve le fait que les conseils d’entreprise (fusion du comité
d’entreprise, du CHSCT, des délégués du personnel et des délégués
syndicaux) qui s’étaient vu octroyer avec la première ordonnance la
capacité de négocier des accords, y compris les plans de sauvegarde de
l’emploi (PSE), s’il n’y avait pas de délégués syndicaux, verraient ce
pouvoir étendu dans toutes les entreprises. Autrement dit, les délégués
syndicaux perdraient leur prérogative de négociation dans les
entreprises. Rien de moins. C’est ainsi tout l’objet du syndicalisme et
de l’affiliation syndicale qui en résulte qui se verrait affecté dans
l’anonymat médiatique le plus complet. Black-out sur le projet de loi de
« la société de confiance », dont le nom est à lui seul tout un
programme (orwellien). La Laïcité et la loi de 1905 y sont pourtant
battues en brèche comme l’a repéré l’Ufal.
Désormais, les associations cultuelles pourraient bénéficier d’une
ristourne fiscale, autrement dit un financement indirect, par le biais
de l’exonération des droits de mutation lorsqu’il s’agit de «posséder
et administrer tout immeuble acquis à titre gratuit», et donc y compris
un patrimoine immobilier lucratif, alors que jusque-là il devait être
en lien avec le culte. Le même projet de loi évite également désormais
aux associations cultuelles de déclarer leurs rapports avec les
décideurs publics, bref de pratiquer leur lobbying à l’abri des regards.
Quand on voit que le JO du jeudi 7 décembre nous apprenait que 10
millions d’euros ont subrepticement été prélevés sur les crédits de
l’enseignement secondaire public pour être redirigés vers l’enseignement
privé, on n’ose imaginer la suite. Il n’aurait pas non plus trop fallu
s’étendre sur la grotesque « liste noire » de 17 paradis fiscaux rendue
publique le 5 décembre par l’Union européenne. Outre les absents comme
la Suisse, il ne faudrait pas trop noter que n’y figure aucun pays de
l’U.E., quand bien même Malte, le Luxembourg, l’Irlande ou encore Les
Pays-Bas ont été récemment épinglés avec les Paradise papers. Mais… un
doute m’étreint. Ces faits ne seraient-ils pas intervenus avant la mort
de notre Johnny ? Mais que diantre les médias n’en ont-ils pas parlé
alors, étant entendu qu’au-delà du 6 décembre, mort de l’idole, pas même
la reconnaissance implicite de Jérusalem comme capitale d’Israël par
Les Etats-Unis ne pouvait avoir décemment droit de cité au pays de
l’info. Voilà pourtant un pays, les Etats-Unis d’Amérique (oui oui un
pays, Donald Trump ne faisant qu’entériner une décision prise en 1995
par M. Clinton !), qui foule aux pieds l’ONU et le droit international et
qui menace l’équilibre fragile au Proche et Moyen-Orient et au-delà.
Ah, les médias, leur déontologie et leur fameuse « ligne éditoriale »
(si chère à Mme Salamé pour justifier les pseudo-débats sur le
Venezuela), paravent de toutes les médiocrités. La sphère médiatique se
consacre au spectacle avant que de s’intéresser à l’information. Il faut
dire que les politiques ne les aident pas. Sur proposition du Président
de l’Assemblée nationale, les députés se sont levés mercredi 6 décembre
pour une ovation debout à Johnny Hallyday, passant outre notamment son
passé et son passif d’exilé fiscal (mais il paraît que c’est très
tendance actuellement d’être parmi les premiers de cordée), et
mélangeant allègrement les genres au point de succomber à la politique
spectacle. Tiens, il paraît que c’est l’Elysée qui a directement pris en
main la cérémonie d’hommage ce samedi et que le Chanoine de Latran
Macron prêchera en l’église de La Madeleine pour le défunt. Les médias
verront alors leur sujet de prédilection servi sur un plateau.
La
politique spectacle est définitivement plus proche du spectacle que de
la politique.

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