François Cocq
L’année se termine comme elle avait commencé : par une crise de la
représentation politique que l’élection présidentielle a tout sauf
résolu.
Souvenez-vous. En janvier, la campagne présidentielle basculait dans
l’affaire Fillon. Ce qui frappait alors, c’était la déconnexion des
responsables politiques d’avec la réalité. Après que sous Hollande un
ministre n’a pas vu ce qu’il y avait de répréhensible à avoir des
comptes en Suisse, après qu’un secrétaire d’Etat ne s’est pas senti tenu
de payer ses impôts, et combien d’autres encore, un candidat à la plus
haute fonction de l’Etat se révélait dans l’incapacité de prendre la
mesure des avantages induits conférés à sa famille et l’enrichissement
qui en résulte. Les passe-droits étaient assimilés à la règle générale à
défaut d’être répréhensibles par la loi. À l’heure de se confronter au
suffrage des citoyen.ne.s, deux mondes distincts se faisaient face.
C’était il y a une éternité, c’était hier, car depuis rien n’a
changé. La crise de la représentation en politique perdure. L’ancienne
cuisine repeinte à l’occasion de l’élection traîne avec elle les mêmes
casseroles. Après le non-lieu de M. Ferrand qui ne lève aucun doute sur
le fond, tandis que sommeille l’enquête sur les pratiques de Mme
Pénicaud pour organiser la campagne de M. Macron à Las Vegas, le retour
des conflits d’intérêts ou des montages juridiques discrets par les
nouveaux députés LREM pour employer les leurs sonnent comme autant de
recyclages des vieilles pratiques. La loi sur la moralisation de la vie
publique adoptée au cœur de l’été n’était qu’un écran de fumée. En cette
fin d’année, c’est au tour d’une des prises de guerre de M. Macron, le
député Solère rallié de LR, d’être à nouveau sur le devant de la scène.
Il est depuis septembre 2016 sous le coup d’une enquête pour fraude
fiscale, blanchiment, corruption, trafic d’influence et recel d’abus de
biens sociaux.
Mais le Canard Enchaîné vient de révéler que, connivence entre gens
de pouvoir aidant, il s’est cru autorisé à demander au printemps et en
toute impunité des éléments sur celle-ci au garde des sceaux PS de
l’époque M. Urvoas. Lequel n’a rien trouvé de mieux que les lui fournir.
Si le second voit la cour de justice de la République être saisie de
son cas, l’attitude du premier révèle encore un peu plus le phénomène de
caste qui lie ceux-là et entrave la société. Mais la crise de la
représentation bute aussi sur la déconnexion criante entre les réalités
du quotidien des Français.es et la vision que s’en fait une frange non
représentative qui occupe pourtant aujourd’hui la majorité des bancs de
la nouvelle assemblée. Qu’une député LREM se plaigne de devoir « manger
des pâtes » du fait de la faiblesse supposée de son indemnité ne traduit
pas un simple mépris à l’égard de ses mandants. Cela rend cette députée
sinon illégitime du moins inapte à légiférer au nom du peuple français
car elle est n’en connaît pas une once de sa réalité. La crise de la
représentation ne se contente plus alors d’être « morale », champ auquel
M. Macron aurait voulu la cantonner, mais politique, par les effets
pervers qu’elle induit sur les politiques votées.
L’année 2017 aura au final vu s’approfondir la crise démocratique. En
feignant de s’attaquer à celle-ci et en se contentant de proposer un
renouvellement, tout relatif d’ailleurs, du personnel politique, sans
toucher ni au cadre institutionnel ni aux politiques suivies, M. Macron a
au contraire alimenté plus profondément encore le discrédit qui pèse
sur la représentation. Rattrapé par la patrouille, il peut bien
aujourd’hui mettre à l’index untel et untel pour éviter d’être
politiquement éclaboussé. Mais couper des branches n’y fera rien.
C’est
la sève démocratique qui s’est tarie. Et qui ne pourra reprendre vie
qu’avec une politique conforme aux intérêts du peuple dont on a constaté
cette année qu’elle ne pouvait être placée qu’entre les mains du peuple
lui-même et en aucun cas déléguée à qui que ce soit, fût-ce sous
couvert de modernité.

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