Claude-Marie Vadrot
Alors que les études montrent que les tirs d'élimination encouragent le
braconnage et que les loups français ne sont pas des hybrides, le
gouvernement réfléchit à l'éradication de progressive de l'espèce.
En cette époque hivernale au cours de laquelle le ministère de
l’Écologie et le gouvernement sont en train de réfléchir sur le « plan
loup » qui s’appliquerait en France de 2018 à 2023, il est nécessaire de
rappeler que toutes les études menées aux États-Unis, au Canada et en
Europe du Nord montrent que les mises à mort « administratives » de
loups ne règlent aucun des problèmes soulevés par les chasseurs et les
éleveurs.
Pour le territoire français, le ministère de l’Écologie avait
autorisé 40 infractions à la loi, (nationale et européenne) qui protège
rigoureusement cet animal, pour une période comprise entre le 1er
juillet 2017 et le 30 juin 2018. En cette fin de novembre, le « score »
officiel est déjà de 25 loups. Chiffre qui ne tient évidemment pas
compte des animaux discrètement empoisonnés et de ceux qui sont non
moins discrètement abattus par des chasseurs et plus rarement par des
éleveurs. Les estimations les moins pessimistes relevées auprès des
naturalistes et des scientifiques font actuellement état de 50 à 60
animaux déjà « éliminés ». Alors que le Canis lupus compte en France, tous âges et sexes confondus, entre 350 et 370 individus.
Braconnage
Ces chiffres ne sont pas surprenants puisque les enquêtes, notamment
celles menées pendant les quinze dernières années dans le Minnesota et
le Wisconsin aux États-Unis, tendent à prouver que l’autorisation
d’abattre des animaux avait pour conséquence d’encourager et aussi de
dissimuler le braconnage. Or celui-ci, d’après Adrian Treves, chercheur à
l’université du Wisconsin, peut représenter jusqu’à un quart des
prélèvements autorisés. Les dégâts entraînés sur la survie de cette
espèce sauvage sont d’autant plus importants que si les tirs sélectifs
peuvent réussir à respecter un certain équilibre, il n’en est jamais de
même en ce qui concerne le braconnage, qu’il s’agisse des États-Unis, de
la Suède et évidemment de la France. Comme ils l’ont fait ailleurs pour
le lynx, les chasseurs-braconniers privilégient les femelles et des
petits. L’expérience montre que tout manquement à la protection d'une
espèce mène à sa disparition.
Chasseurs et éleveurs obsédés
Pour « calmer » les deux syndicats d’agriculteurs qui militent
ouvertement pour l’éradication totale du loup avec l’appui des
associations de chasseurs obsédés par la « concurrence », les
responsables des Offices de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS),
des préfectures et des tribunaux ont reçu du nouveau ministre de
l’Agriculture Stéphane Travert (seul vrai décisionnaire sur le loup) de
fermer les yeux et de classer sans suite les infractions concernant le
loup.
Malgré tout, les responsables de l’ONCFS se sont refusés à dissimuler
les résultats d’une étude sur l’origine des loups vivant sur le
territoire français. Comme éleveurs, agriculteurs et chasseurs
répandaient la rumeur que la majorité des animaux tués légalement ou
non, était des hybrides (croisements avec des chiens), les scientifiques
de la chasse ont vérifié puis conclu, après analyses, que d'après les
traces relevées, directement ou indirectement, sur 130 individus, seuls
deux pouvaient être considérés comme des hybrides. Tous les autres
relevaient de la lignée italienne ayant fait son apparition en France en
1992.
Reste maintenant à savoir quelle décision prendra prochainement le
ministre de l’Agriculture entre l’intensification importante des tirs
d’effarouchement ou l’élimination en cinq ans de 180 à 200 loups,
chiffres qui circulent au cabinet. Et malheureusement pour le loup, il y
a des élections en 2019….

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