Sylvain Madison
Toujours plus pressée par les effets délétères de
turpitudes étalées dans les médias et devenues insupportables à une
population légitimement écœurée, les lois successives sur le financement
politique, récemment élargies à la trop bien nommée « moralisation » de
la vie publique, s’empilent et s’imposent de façon contradictoire à la
bourgeoisie à un rythme accéléré depuis 30 ans.
Si
cette sédimentation législative entrave, contient et fait reculer
certaines pratiques délictueuses, elle ne s’attaque évidemment pas aux
racines politiques et sociales du mal. Elle a même tendance à
l’accentuer puisque ce qui était toléré et caché fait irruption sur la
place publique et devant les tribunaux. Par ailleurs, puisque conçues et
votées par ceux-là mêmes qu’elles visent, ces dispositifs ont des
limites et points aveugles plus ou moins bien calculés pour ménager leur
contournement, en l’attente de l’inévitable tour de vis suivant. Enfin,
et c’est notre objet, toute cette machinerie produit des effets plus ou
moins directs et volontaires sur les petites formations politiques,
surtout quand elles sont des ennemis de l’État. En clair, des lois
peuvent contenir des avancées... mais aussi des coups bas enrobés de
probité. Pour preuve la dernière loi « pour la confiance dans la vie
politique ». Examinons-en un point précis : la réforme de la collecte de
leurs ressources par les partis politiques.
Obligation de révéler son identité
Alors
que les seuls dons étaient auparavant concernés, la loi impose
désormais aux partis politiques de récolter l’ensemble de leurs
ressources sur un ou plusieurs comptes agréés par la Commission
nationale des comptes de campagne et des financements politiques
(CNCCFP). Cet agrément ouvre droit, pour toute personne physique
abondant ce compte, à une déduction fiscale spécifique ayant pour but de
favoriser le financement des partis. Mais cet agrément impose un
contrôle accru dudit compte. En l’occurrence, puisque qu’une déduction
fiscale est accordée, tout versement sur ce compte agréé doit donner
lieu à l’édition d’un reçu fiscal permettant de satisfaire aux exigences
du Trésor public en cas de contrôle. Rien de scandaleux en soi. Mais un
reçu fiscal comporte évidemment un nom, un prénom et une adresse. Et si
l’on impose à toute personne souhaitant verser de l’argent à un parti
de révéler son identité, si cette obligation n’est plus imposée aux
seuls donateurEs ponctuels mais à l’ensemble des adhérentEs, on aboutit
par un pervers mécanisme bureaucratique... à un fichage exhaustif de
tous les militantEs !
L’État fort en marche
Peu
importent les gages techniques et juridiques donnés de bonne foi par la
CNCCFP. Peu importent la qualité de ses systèmes de protection
informatique et son statut d’indépendance formelle vis à vis de l’État.
Aujourd’hui déjà, et demain plus encore, l’État fait ce qu’il veut.
L’article 4 de la Constitution, dans lequel il est dit que les partis « se forment et exercent leur activité librement »,
est une base libérale dont aucun démocrate bourgeois, ni même
socialiste, ne saurait renier la nature élémentaire. Or, quand on oblige
un parti à collecter le moindre centime sur un compte agréé synonyme de
fichage silencieux sous le prétexte d’une obligation fiscale indûment
élargie et détournée, il semble bien que l’État fort soit en marche.
La
loi transposant l’état d’urgence dans le droit commun en est son glaive.
Mais toute la machinerie de contrôle des partis, moins compréhensible
et visible, et ce d’autant qu’elle comporte certaines avancées, en est
l’un de ses boucliers.

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