Jean Pérès
On connaissait Michel Onfray comme philosophe adulé par les médias, ardent et dérisoire défenseur d’un Finkielkraut pseudo-victime d’un crachat nocturne et imaginaire,
mais on ne le connaissait pas, ou peu, comme philosophe des médias. Un
petit article titré « Propaganda » dans un livre collectif [1] vient, hélas, combler cette lacune.
Selon le "philosophe", « la presse n’est pas libre, ne l’a jamais
été, ne le sera jamais. Elle est subjective, idéologique, de parti-pris.
Elle défend une ligne qui est le Bien, puis elle attaque tout ce qui
n’est pas cette ligne et le transforme en Mal. » Plus loin, il ajoute : « Il existe une presse qui abat les cartes et fait savoir qu’elle est militante » – catégorie qu’il illustre en citant Présent et Rivarol, ou encore L’Humanité et Politis – et une autre presse « qui ajoute la dissimulation au parti-pris » – il s’agit de la presse dominante, libérale et pro-européenne, dont on peut supposer que Le Monde est l’archétype.
Singulière conception de la liberté de la presse. Nous pensions
naïvement que cette notion très problématique, qui se subsume
entièrement sous celles de liberté d’opinion et d’expression
garantissait justement l’expression de toutes les formes de
subjectivité, de parti-pris, et d’idéologie – pour peu qu’elles ne
portent pas atteinte à d’autres droits fondamentaux. Avec Michel Onfray,
c’est l’inverse : la liberté de la presse est entravée par la diversité
et la partialité des opinions qui s’y expriment ! Comprenne qui pourra.
On peut ne pas apprécier l’idéologie nauséabonde véhiculée par Présent et Rivarol, ni les idées avancées par L’Humanité et Politis,
on peut regretter et critiquer le fait que nombre de titres de la
presse dominante dissimulent leur adhésion à l’idéologie libérale sous
des prétentions à l’objectivité, et Acrimed ne s’en prive pas, mais cela
n’a rien à voir avec la liberté de la presse, qui est le cadre général
dans lequel s’expriment, comme tous les autres, ces journaux.
Bref, Michel Onfray écrit n’importe quoi. Sur un sujet qu’il ne
connaît visiblement pas, le "philosophe" aurait pu s’avancer avec un peu
plus de précautions, plutôt que chercher à frapper les esprits avec des
formules aussi creuses que définitives. Mais lui-même se prend-il au
sérieux ? On peut en douter. En effet, son mépris affiché pour la presse
ne l’empêche pas d’y exprimer, à haute dose, sa « subjectivité »
philosophique : de décembre 2007 à décembre 2017, Michel Onfray a signé
pas moins de… 150 articles dans divers titres de presse [2].
En toute liberté ?

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