François Cocq
77 % des Français estiment que le gouvernement communique plus qu’il
ne mène d’actions concrètes.
Tel est le résultat sans appel de l’enquête
réalisée fin novembre par Harris interactive sur le rapport
qu’entretien la population vis-à-vis des politiques énergétiques :
beaucoup de paroles, peu d’actes.
Les Français ne sont pas dupes
Comment leur donner tort quand, deux ans après l’accord de Paris sur
le climat dont s’est emparé M. Macron, la nouvelle hausse en 2017 des
émissions humaines de dioxyde de carbone (CO2), après trois
années de stagnation, nous rappelle qu’il ne peut y avoir de changement
radical par de belles paroles mais seulement en posant des actes ?
Comment leur donner tort quand, le 7 novembre, le gouvernement
annonçait le report de l’objectif de ramener de 75% à 50% la part du
nucléaire dans le mix énergétique d’ici à 2025, comme le prévoyait
pourtant la loi ? Et cela sans même fixer de nouvelle échéance précise !
Non seulement les Français ne sont pas dupes mais, en peuple conscient
et responsable, ils indiquent la marche à suivre : 75 % d’entre eux
considèrent que la dépendance de la France à l’égard des énergies
fossiles est trop grande ; 74 % que le système repose trop sur le
nucléaire ; et seulement 43 % estiment que l’accès de tous à une énergie
bon marché est garanti. Qu’attend-on alors pour franchir le pas ? Que
la volonté politique vienne enfin à la rencontre de l’intérêt général
humain et que les responsables politiques cessent d’être en retard sur
leurs mandants.
La puissance publique doit (re)prendre toute sa place
Là où le gouvernement tergiverse et reste paralysé par le poids des
lobbies comme on le voit sur le nucléaire, d’autres assument la mission
qui est dévolue à la puissance publique pour engager concrètement le
pays dans la transition énergétique. À Champigny-sur-Marne (94), le
volontarisme pour la transition énergétique et le service public se
traduit notamment à travers l’établissement public de géothermie (EPCG)
que je préside. Ce réseau de géothermie chauffe depuis 30 ans
l’équivalent de 7200 logements : chaque année, ce sont ainsi 13.000
tonnes de CO2 que l’on évite de déverser dans l’atmosphère. Mieux : le
1er septembre 2016, l’EPCG a mis fin à la délégation de service public
(DSP) et repris la géothermie en gestion directe. Un an après, le bilan
est là aussi sans appel : continuité du service public sans coupure de
chauffe, tarifs défiant toute concurrence (moins de 50€ du MWh),
optimisation de la géothermie dans le mix énergétique (de 63,5% à 71%),
baisse de la part de gaz utilisé (de 22% à 12%), augmentation de la
cogénération qui a permis de tripler la prime d’efficacité énergétique
que nous verse EDF. Vous pouvez y ajouter la mise en place d’une
relation nouvelle et directe avec les abonnés, et désormais, avec les
usagers pour permettre l’appropriation citoyenne des enjeux sociaux et
écologiques de la gestion énergétique. Et bien sûr une hausse des
investissements et de la maintenance préventive pour moderniser le
réseau grâce à une rigueur de gestion réinvestie uniquement dans la
qualité du service et non en dividendes. Au point que ce 13 décembre,
l’EPCG recevait pour la première fois le label éco réseau. Bref, c’est
bon pour l’environnement, c’est bon pour les usagers !
Géothermie : la concession au privé augmente les prix de sortie de 30% !
Volontaires et décidés, nous souhaitons continuer à aller de l’avant
et travaillons au lancement en 2020 d’un second réseau de chaleur
géothermique sur la ville. Mais cela a un coût : aux alentours de 35
millions d’euros. Imaginez que ce n’est pas rien pour une ville
populaire comme Champigny, et plus encore à l’heure où les baisses de
dotation successives et les transferts de compétences (et donc de
souveraineté, cœur du réacteur de la démocratie) visent à éteindre
l’action locale dès lors que celle-ci ne rentre pas dans le cadre de la
seule politique acceptée : la soumission aux puissances de l’argent.
Toutes les études préalables montrent pourtant qu’un montage 100% public
est non seulement économiquement viable mais aussi d’intérêt social, la
concession au privé augmentant les prix de sortie de 30% ! Le
gouvernement ne peut donc se contenter de mobiliser le privé comme il le
faisait ce mardi 12 décembre avec son sommet de privatisation et de
marchandisation du climat. Il doit enfin sortir de sa torpeur et
accompagner l’action publique là où elle existe en proposant des
financements adaptés à travers la Caisse des dépôts et consignations
(CDC).
Que ceux qui sont installés dans les salons dorés ne viennent pas
m’opposer de supposés « principes de réalité » qui s’imposeraient aux
décideurs en matière de transition énergétique.
La volonté politique
doit forcer la décision dès lors que c’est l’intérêt de la planète et
donc l’intérêt général humain qui est en jeu. Les Français.es l’ont
compris. Le gouvernement non.

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