Jean-Luc Mélenchon
La presse a révélé la semaine dernière le plan du gouvernement pour
contrôler et punir les chômeurs.
Les déclarations de cet automne de M.
Castaner sur ceux qui « touchent les allocations chômage pour partir
deux ans en vacances » ou du député macroniste Damien Adam sur les
chômeurs qui « partent en vacances aux Bahamas » n’étaient donc pas
fortuites. Elles préparaient une grande offensive. Le but est de pointer
du doigt les chômeurs, de faire croire qu’ils sont responsables de la
persistance du chômage de masse dans notre pays. Pourtant, lorsqu’ils
sont contrôlés – ils le sont déjà – Pôle Emploi constate que 86% d’entre
eux sont bien en recherche active d’emploi. Et sur les 14% restant,
près des deux tiers ne perçoivent aucune indemnité.
Pour Macron, cela n’est pas encore suffisant. Il a confirmé depuis
ses vacances qu’il préparait bien un renforcement des contrôles et des
sanctions. Il est question d’un bilan mensuel d’activité dont les
chômeurs devront s’acquitter auprès de Pôle Emploi. Si la recherche
d’emploi est jugée insuffisamment active par l’administration, ou si la
personne refuse une formation ou deux offres d’emploi, elle pourra voir
son indemnité réduite de 50% pendant deux mois, puis supprimée pour la
même durée. Pourtant, ce n’est pas la charité qui indemnise les
chômeurs. Ils le sont parce qu’ils ont payé des cotisations sociales sur
leurs précédents salaires. Le gouvernement compte multiplier par cinq
les effectifs de ceux qui contrôlent les chômeurs pour augmenter le
nombre de sanctions. Il refuse par contre de créer les 3000 postes de
contrôleurs fiscaux qui permettraient de revenir aux effectifs de 2010.
Ceux-là pourraient pourtant récupérer 80 milliards d’euros de fraude et
d’évasion fiscale. À titre de comparaison, la fraude aux allocations
chômage représente chaque année 58 millions d’euros, soit 1380 fois
moins.
Dans les pays où il a été adopté, le contrôle renforcé des chômeurs
n’a eu aucun effet sur le retour à l’emploi. Aux États-Unis ou au
Royaume-Uni, on a constaté que les obligations administratives
renforcées sur les chômeurs pouvaient au contraire avoir pour effet de
les décourager. En Suisse, cela a contraint les chômeurs à accepter des
offres d’emploi de mauvaise qualité et très précaires. Et donc
d’accroître leur retour au chômage dans un délai rapide. Tandis que sans
la menace d’une baisse ou d’une suppression de leur indemnité, les
personnes auraient pu davantage se concentrer sur l’obtention d’un
emploi stable.
Le mythe de la responsabilité des chômeurs face à leur situation
provient de la thèse des emplois non pourvus que nous avons plusieurs
fois déconstruite ici même. J’y reviens une fois de plus. Selon Pôle
Emploi, environ 190 000 offres d’emploi ne sont pas pourvues en une
année. Un chiffre qu’il faut rapporter aux 24 millions d’offres qui le
sont. Au total, 99,6% des offres d’emplois sont pourvues. Il ne reste
donc qu’une offre non pourvue pour 44 chômeurs. Et encore, c’est
considérer que toutes les offres publiées le sont pour être pourvues.
Mais l’expérience montre que des employeurs publient des offres pour
accumuler des CV et qu’ils publient parfois aussi la même offre via
d’autres canaux que Pôle Emploi. Si l’on prend cette fois le nombre
d’offres qui sont retirées du marché faute de candidat adéquat, on
obtient le chiffre d’une offre pour 300 chômeurs. Tout cela est
dérisoire !
La cause du chômage de masse est avant tout une pénurie d’emplois. On
ne peut contourner le débat sur l’origine politique du chômage de
masse. Ce fléau ne peut cesser qu’à condition d’un plan de relance
publique vers des activités productives et écologiquement responsables :
transition énergétique, économie de la mer, construction de logements,
services publics, etc... Le gouvernement sait que sanctionner les chômeurs
n’aura pas d’effet sur le niveau du chômage. Son seul objectif est de
satisfaire l’opinion de cette part de la droite anti-populaire aigrie
qu’il courtise pour s’imposer comme représentation politique de ce
secteur de l’opinion. La haine du pauvre, le mépris pour le chômeur est
un poncif récurrent de ce secteur. Le moment venu le gouvernement
affichera de petites économies faites sur le dos des plus déshérités et
de ceux qui en bavent le plus. Un ou deux titres de presse coutumiers
publieront une « enquête » ou deux arabes et trois marginaux seront
dénichés et montré du doigt comme figure emblématique de la triche et
les conversations de comptoir feront le reste. Le seul effet sera donc
d’accroitre la misère et la division parmi les victimes du système.
Car le chômage engendre une grande misère pour ses victimes. Il tue
même. Une étude a estimé à 14 000 le nombre chômeurs qui meurent par an à
cause de leur situation sociale. La mortalité est trois fois plus
élevée chez les chômeurs que chez ceux qui ont un emploi à cause des
suicides, de la dépression, du manque de sommeil, du stress. C’est le
coût du malheur que le gouvernement ignore quand il décide, par exemple,
de supprimer 200 000 emplois aidés qui permettaient à autant de
personnes de reprendre pied. Si le gouvernement veut vraiment s’attaquer
à ce problème, il peut reprendre une proposition de L’Avenir en commun :
les contrats coopératifs. Elle s’inspire d’une expérimentation conduite
par l’association ATD quart monde : « territoires zéro chômeurs ».
L’idée est de partir des besoins sociaux pour résoudre le problème du
chômage. De nombreux besoins sont en effet non pourvus, faute de
financements, dans les associations et dans les services publics. Le
dispositif des contrats coopératifs permet de financer une partie du
salaire correspondant à ces emplois grâce à l’argent des aides versées
au chômeur. Il ne s’agit pas d’obliger le chômeur à accepter n’importe
quelle offre mais de lui en proposer une dans le secteur non marchand,
dans une dimension de service d’intérêt général. Une telle politique, en
réduisant par deux entrées le chômage, créerait aussitôt une remontée
de consommation populaire et donc des emplois qui en dépendent,
allégeant partout la facture sociale du chômage de masse et la pression à
la baisse des salaires par la compétition pour le même emploi.

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