Michel
Ils
sont comme ça, les Français, l’attrait de la nouveauté, sans doute, un
jeune Président décidé à réformer au pas de charge et quelque menue
monnaie donnée sous forme d’allégement de cotisations sociales ou de
suppression de taxe d’habitation, et ils sont contents, optimistes…
La recette du pâté d’alouette
Pour
faire du pâté d’alouette, il faut respecter des proportions : un cheval
et une alouette, autrement dit, c’est sans doute le goût du cheval qui
prédominera et l’alouette figurera sur l’étiquette à titre anecdotique,
juste pour justifier le prix.
En
matière d’allègements fiscaux, c’est à peu près la même méthode et le
gain annuel pour un célibataire retraité avec sa pension de 1500 euros
est chiffré à 85 euros par an, alors que dans le même temps, ce sont
plus de 60 000 euros annuels que Mme Pénicaud, Ministre du travail,
heureuse bénéficiaire de la suppression de l’impôt sur la fortune,
encaissera.
Autant
dire que le retraité à 1500 euros par mois n’est là que pour justifier
la réforme « miroir aux alouettes » et figurer sur l’étiquette, d’autant
que tous les calculs donnés par la presse qui s’empresse de donner des
exemples devraient pour le moins être précisés.
Quelques précisions, tout de même…
Une
grande nouveauté dans cette politique, celle qui consiste pour l’Etat à
se substituer aux entreprises pour augmenter les salaires. Pendant ce
temps, les actionnaires peuvent continuer à se gaver (la France est
championne d’Europe pour la distribution de dividendes).
On
peut penser par ailleurs que le signal donné par l’Etat aux entreprises
n’engagera pas celles-ci à des négociations sur les salaires pendant la
durée du plan de trois ans puisque le pouvoir d’achat des salariés sera
« augmenté » par la diminution des cotisations sociales et la
suppression de la taxe d’habitation.
Autre
précision d’importance, à l’exception d’une revalorisation de 0.8 % sur
les pensions de retraite (la première depuis 4 ans), le pouvoir d’achat
du retraité qui touche aujourd’hui 1500 euros, et qui va payer la CSG
sans compensation, a déjà été très entamé depuis plusieurs années et va
l’être davantage, donc les 85 euros sont juste un petit rattrapage et
non un gain de pouvoir d’achat.
Pour
les salariés au-dessus du SMIC, même chose, les « gains » affichés dans
la presse sont du même ordre, juste une petite compensation des années
de vache maigres sur les salaires. En attribuant une augmentation du
SMIC de 1.24%, le gouvernement reconnait implicitement une érosion du
pouvoir d’achat de ceux qui ne sont pas concernés par le salaire
minimum.
Enfin,
nos brillants commentateurs de la presse qui se fournissent à Bercy
pour les « éléments de langage » oublient plusieurs choses dans leurs
calculs : l’absence de revalorisations salariales ces trois prochaines
années (sauf le SMIC, peut-être ?) va grignoter le pouvoir d’achat et
diminuer fortement les gains annoncés dans la presse.
Et l’augmentation du coût de la vie dans tout ça ?
On
évite de trop parler du sujet qui fâche et surtout de faire la balance
entre les gains de la réforme et les augmentations de tarifs programmés.
En effet, ce sont les annonces d’augmentation de divers tarifs de
services publics et privés qui gâchent définitivement la fête : près de
7% pour le gaz, 7centimes d’euros pour le diesel, de 3 à 5 % pour les
mutuelles et assurances, les cigarettes, l’augmentation prévue pour le
contrôle technique des véhicules ou encore les frais bancaires.
On
a beau dire que certaines augmentations sont là pour nous faire adopter
des comportements vertueux, on peine à y croire : quand l’hiver est
rigoureux et qu’on n’a pas les moyens de faire de travaux d’isolation…
Même chose pour le diésel : l’ouvrier ou l’employé qui habitent dans des
zones non desservies par les transports publics, n’ont pas d’autre
choix que de rouler et surtout pas l’opportunité financière d’acheter un
véhicule électrique, même avec la prime gouvernementale… Quant à ceux
qui fument, on peine à croire que l’augmentation du prix du paquet de
cigarettes ne constitue pas avant tout une manne fiscale importante
qu’il convient de conserver, la santé ne venant qu’en second plan.
Toutes
ces augmentations représentent a minima, 200 euros par an de charges
supplémentaires (facture supplémentaire de 60 € pour le gaz, 50 € pour
12000 km par an pour un diésel, 70 € pour les mutuelles et assurances…)
auxquelles s’ajoute la CSG (306 € pour un retraité avec 1500 euros de
pension).
Autant
dire que les modèles, survendus par les médias, de gains pour
différentes catégories (salariés célibataire ou en couple, avec enfant
ou non, travailleur indépendant…) a considérablement du plomb dans
l’aile et ce qui peut faire la différence, c’est sans doute la
suppression de la taxe d’habitation, encore que là aussi, il y a un
piège.
Posons-nous quelques questions…
Comment
vont fonctionner les systèmes d’assurance maladie, d’indemnisation des
demandeurs d’emploi et les collectivités territoriales qui vont perdre
des recettes conséquentes ?
Pour
l’assurance maladie, pas de problème majeur puisque la CSG compensera
la perte. On ne sait pas si elle permettra d’accélérer le remboursement
de la dette sociale qui se chiffre actuellement à plus de 162 Milliards
d’euros.
S’agissant
de l’assurance chômage, les choses sont très différentes, même s’il est
prévu qu’une part de la CSG compense une partie de la baisse de
recettes due à la suppression de la cotisation salariale.
C’est
surtout la chasse aux chômeurs qui est prévue par un renforcement des
radiations en cas de « recherche insuffisante » ou de refus de deux
offres d’emploi jugées « raisonnables » sans que ces critères soient
précisés, ce qui laisse la place à l’arbitraire. La volonté est de
copier l’Allemagne ou la Grande Bretagne avec une baisse en trompe l’œil
du nombre de chômeurs, par des mini jobs qui n’ouvrent aucun droits
sociaux (travailleurs pauvres) et l’augmentation des auto-entrepreneurs.
À terme, l’objectif de diminuer le taux de chômage en France, sans que
pour autant ce soient les créations d’emplois qui y participent et le
projet de retirer la gestion de l’Unedic aux partenaires sociaux procède
avant tout d’une volonté de baisser drastiquement l’indemnisation du
chômage, qui se cache derrière la baisse des cotisations.
Enfin,
pour les collectivités territoriales, la compensation prévue par l’Etat
(avec quel argent ?) parait bien illusoire à moyen terme. Les baisses
de dotations récentes pour « participer à l’effort national » sont là
pour le prouver et la boîte à idées fiscales est déjà ouverte pour
savoir par quoi remplacer la taxe d’habitation qui sera supprimée pour
tout le monde en 2020. Rappelons que le Conseil Constitutionnel, dans
son récent avis donné sur le budget 2018, menace de réexaminer la
question de l’autonomie fiscale des collectivités en 2020 et de
l’égalité des citoyens devant les charges publiques.
Vous
l’aurez compris, chers lecteurs, ne vous réjouissez pas trop vite : les
augmentations annoncées vont soit annuler, soit fortement diminuer les
« hausse du pouvoir d’achat » survendues par les politiques et la
presse. À cela s’ajoutera dans les trois à quatre ans un nouvel impôt
(ou une augmentation d’un impôt existant) destiné à compenser la fin de
la taxe d’habitation.
La
« méthode » Macron consiste à vous endormir pendant qu’il s’attaquera à
l’indemnisation du chômage, la reprise en mains de la Formation
professionnelle, actuellement confiée aux Régions, puis aux systèmes de
retraites. Quand vous vous réveillerez, il sera trop tard, le mal sera
fait.
Tous perdants ?
Non !
Madame Pénicaud et ses semblables, bénéficiaires de la suppression de
l’ISF, « les premiers de cordée » sont très contents de ce gouvernement...
... et lorsqu’ils y participent, comme la Ministre du travail, ils ont à
cœur de chasser le fraudeur aux indemnisations chômage, plutôt que le
fraudeur social ou fiscal qui coûte autrement plus cher à l’économie du
pays.

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