Claude-Marie Vadrot
Trois chaînes de supermarchés viennent de créer une gigantesque centrale
d'achats. Les agriculteurs en seront les premières victimes.
En réponse aux promesses faites pendant les Assises de l’alimentation
qui n’ont abouti à aucun engagement concret, les principales enseignes
de la grande distribution viennent de franchir un nouveau pas. Pour
mieux « écraser » les prix et donc pour augmenter leurs pressions sur
les industriels de la bouffe, les PME et les agriculteurs, trois chaînes
de supermarché ont mis au point une nouvelle plateforme commune pour
tous leurs achats en France et à l’étranger.
Casino, Auchan et Système U représenteront donc, alliés avec Metro,
une puissance d’achats de 150 milliards d’euros de produits alimentaires
et non alimentaires. Ces trois géants qui ont décidé d’ignorer les
rares acquis des Assises de l’alimentation organisés l'automne dernier,
constitueront la deuxième centrale d’achat du monde et largement la
première en France. De quoi peser encore plus efficacement sur les prix,
imposer que leurs marges ne soient pas changées et que toute
(hypothétique) baisse de leurs prix soit supportée par leurs
fournisseurs. Tout refus de se plier aux diktats de cette nouvelle
puissance se traduira par des déréférencements lors des négociations sur
les prix d’achat. Et donc à une disparition des gondoles.
Les paysans menacés
Les agriculteurs seront les premiers à en souffrir et la promesse
faite qu’ils pourraient vendre le fruit de leur travail à un prix
raisonnablement rémunérateur restera lettre morte. Le regroupement va
d’abord les mettre à la merci de la grande distribution, mais elle
risque aussi de mettre en difficultés les petites et moyennes
entreprises du secteur alimentaire. Ce qui devrait faciliter leurs
rachats par les grands industriels de la malbouffe qui en rêvent et le
pratiquent depuis des années. En transformant la qualité des produits
connus et en prenant la précaution de ne pas les « débaptiser » comme le
fait par exemple Lactel pour les fromages et beaucoup d’autres dans le
domaine des charcuteries dont ils conservent les noms traditionnels tout
en modifiant les produits.
En annonçant leur alliance qui sera probablement rejointe par d’autres distributeurs, ils ont expliqué vouloir installer « un ensemble respectueux de l’intérêt de tous, consommateurs, agriculteurs et industriels ».
Un air connu mais qui masque une réalité inquiétante pour les
consommateurs et les paysans : la grande distribution vient de s’allier
aux industries de la bouffe pour tenir captif un énorme gâteau.
Il est vraiment temps de se précipiter sur les marchés locaux ou dans
les fermes pour aider les agriculteurs et les artisans de
l’alimentation à résister.

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