Victor Ayoli
Ce mercredi, les « sages » su Sénat examinent la
loi sur le secret des affaires, autrement dit la loi destinée à
bâillonner les lanceurs d’alerte sous prétexte de protection des
entreprises.
Ce mercredi, les « sages » su
Sénat examinent la loi sur le secret des affaires, autrement dit la loi
destinée à bâillonner les lanceurs d’alerte sous prétexte de protection
des entreprises.
Souvenons-nous qu’en 2015, la Loi Macron – alors ministre de
l’économie – prévoyait des sanctions de prison pour les lanceurs
d’alerte ! Il n’en est plus question dans la version actuelle mais elle
propose d’obliger ceux qui auraient, même involontairement, « violé » un
secret des affaires de réparer le « préjudice » subit par l’entreprise.
Autrement dit, des montagnes d’euros de dommages et intérêts potentiels.
Avec une telle épée de Damoclès sur la tête, qui aura encore le courage
« d’ouvrir sa gueule » ?
Désormais, si cette loi passe, dévoiler l’utilisation de produits
dangereux pour les consommateurs et les salariés d’une entreprise mènera
le lanceur d’alerte au tribunal, de même que dénoncer une magouille
d’optimisation fiscale ou encore les perspectives de
licenciements massifs, etc...
Bien que nécessaire, une protection des secrets de fabrication, de
l’innovation et de la propriété intellectuelle ne doit pas entraîner une
remise en cause des libertés fondamentales, ou une restriction de la
liberté de circulation des personnes et des idées. C’est pourtant ce qui
va arriver. Cette loi découle d’une directive européenne votée par une
très large majorité par nos eurodéputés rampants. Ceci quelques jours
après le scandale des « Panama papers ». En soi, se doter d’un outil
législatif pour lutter contre l’espionnage industriel et le pillage
économique dont sont victimes nos entreprises est louable. Mais ce qui
l’est moins, c’est que cette directive fait désormais porter la charge de la preuve non plus sur l’entreprise, mais sur le lanceur d’alerte !
Ainsi, sous prétexte de lutte contre l’espionnage industriel, cette loi
scélérate donne aux entreprises le droit de poursuivre en justice toute
personne divulguant au public des informations sur des activités que
ladite entreprise préférerait tenir bien planquées.
On voit bien qui est visé par ce droit à l’omerta : ceux qui,
courageusement, dénoncent les malversations des entreprises. Ils seront
désormais passibles d’amendes énormes, dissuasives tant pour les
enquêteurs que pour les médias.
La France macronnienne s’est empressée, subrepticement, de faire
voter en douce cette loi scélérate vicelarde qui sera encore aggravée
par les sénateurs. Les journalistes, les scientifiques, les syndicats,
les ONG ou les lanceurs d’alertes qui s’aventureraient à rendre
publiques de telles informations s’exposeraient à une procédure
judiciaire longue et coûteuse, et surtout à une sanction qui
décourageraient de futures divulgations. D’autant que la commission des
lois sénatoriale vient de créer une sanction pénale pour ce nouveau
délit tout en supprimant les sanctions pour procédures dilatoires ou
abusives, pourtant prévues par la directive.
Cette loi remet en cause l’intérêt général et le droit des citoyens à
l’information. Il s’agit d’une inversion de nos principes
républicains : le secret devient la règle, et les libertés des exceptions.
De fait, en l’état, cette loi permettra de verrouiller l’information à
la fois sur les pratiques et sur les produits commercialisés par les
entreprises. C’est là le pouvoir de cette loi : devenir une arme de dissuasion.

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