Georges Waters
Le gouvernement pensait que le mobilisation ne prendrait pas dans la jeunesse face au « Plan étudiants ». Erreur.
La
communication efficace du gouvernement consistait à dire que la
sélection en première année, via une procédure « méritocratique »
(c’est-à-dire qui reproduit les inégalités sociales), serait souhaitable
face au tirage au sort, honni de tous.
Attaque fasciste
La
stratégie était plutôt simple : mettre en retrait l’État face à la
contestation étudiante, tactique qui avait jusqu’ici plutôt bien marché,
en faisant bien attention à limiter la répression des manifestantEs
pour ne pas reproduire les erreurs de la loi travail, avec notamment le
tabassage par la police d’un lycéen de Bergson, qui avait créé tant
d’émoi. Cependant, face à ce retrait des forces de l’ordre et face aux
initiatives étudiantes qui ont commencé à monter en radicalité, avec
l’occupation de facs comme Montpellier et le blocage d’autres
établissements, certains doyens et autres fachos en tout genre n’ont pas
vu le retrait tactique de la police d’un bon œil.
Une agression
d’une milice fasciste plus tard, la situation politique s’est retournée
dans la jeunesse. À l’attaque de l’extrême droite montpelliéraine s’est
ajoutée la grève très suivie dans les chemins de fer, qui a contribué à
changer, dans une moindre mesure, l’état d’esprit des étudiantEs.
D’un 22 mars à l’autre
Le
22 mars restera peut-être comme un clin d’oeil de l’histoire :
cinquante ans après l’occupation du huitième étage de la tour
administrative de la fac de Nanterre, les cheminotEs et les étudiantsE
sonnent le début d’une nouvelle séquence sociale dont l’imaginaire puise
d’ores et déjà dans l’imaginaire de 1968. Si les étudiantsE qui
occupent Tolbiac sont en survêtements et t-shirts et non en costume deux
pièces comme les étudiantEs d’antan, les méthodes de la lutte ne
changent pas. En témoignent les 13 facs occupées en France, et parmi
elles tous les bastions du mouvement étudiant : Toulouse Le Mirail,
Montpellier 3, Rennes 2, Nantes, Paris 1. Dans cinq universités, les
assemblées générales ont dépassé le stade symbolique du millier (Nancy,
Nantes, Tolbiac, Montpellier, Toulouse), avec jusqu’à 2 500 personnes en
AG à Montpellier.
Des chiffres qui doivent cependant se
renforcer, pas tant localement que dans l’extension de la grève dans les
quelque 75 universités de France, pour prendre une ampleur nationale.
Pour cela, il va falloir que les universités mobilisées se posent
concrètement la question de l’extension de la grève sur les
établissement avoisinants. De plus, en ce qui concerne les facs occupées
comme Le Mirail, Montpellier ou Paris 1, il va falloir se poser la
question de tenir le blocage en proposant aux étudiantEs une réelle vie
universitaire alternative au service de la lutte.
Convergence avec les cheminotEs ?
L’autre
aspect central, et qui inquiète beaucoup le gouvernement, ce sont les
possibles convergences entre cheminotEs et étudiantEs. Alors que le
gouvernement misait sur l’isolement des travailleursE du rail, la
perspective d’un mouvement étudiant fait peur, d’autant plus que dans un
certain nombre d’endroits comme à Paris 1, des cheminotEs et des
étudiantEs discutent déjà très concrètement de comment transformer ce
mouvement contre Macron en mouvement interprofessionnel : en plein lundi
de Pâques, la fac occupée de Tolbiac a accueilli une table ronde avec
des cheminotEs des gares parisiennes et près de 250 étudiantEs, alors
que la fac était fermée !
Manifester ensemble, décider d’un plan
de bataille ensemble : voilà ce qu’il s’agit encore de construire, mais
dans de nombreuses gares, la perspective d’un mouvement étudiant
parallèle à une grève cheminote rappelle surtout la dernière grande
victoire du rail, à savoir 1995, victoire permise aussi par les
convergences entre les facs occupées et les piquets de grèves qui ont
fleuri pendant l’hiver 1995.

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