Daniel Roucous
L’opération
d’expulsion des Zadistes de Notre-Dame-des-Landes par les forces de
l’ordre, lundi 9 avril au lever du jour, fait craindre un nouveau Sivens,
surtout qu’elle est juridiquement illégale.
Trois questions à Claire Dujardin, membre du SAF, avocate des Zadistes de Sivens et de la famille de Rémi Fraisse. Pour elle « la situation de NDDL mérite, vu les années d’occupation, les activités créées, les projets alternatifs proposés mais aussi l’échec de telles opérations à Sivens, que l’Etat fasse preuve de discernement et de raison. »
Trois questions à Claire Dujardin, membre du SAF, avocate des Zadistes de Sivens et de la famille de Rémi Fraisse. Pour elle « la situation de NDDL mérite, vu les années d’occupation, les activités créées, les projets alternatifs proposés mais aussi l’échec de telles opérations à Sivens, que l’Etat fasse preuve de discernement et de raison. »
L'Humanité.fr.- Vu l’état des procédures, les expulsions de certains Zadistes de NDDL ne seraient pas légale selon le communiqué du SAF du 29 mars 2018 (avant-veille de la fin de la trêve es expulsions). Confirmez-vous ?
Claire Dujardin : " Dès lors que des occupants
vivent sur des terres, au delà du délai de 48 heures permettant une
expulsion des lieux sans décision de justice, leur expulsion répond aux
règles de droit commun et ils doivent bénéficier des droits liés au
logement, même s'ils sont sans droit ni titre. Ainsi, le
propriétaire doit saisir le juge pour qu'il y ait un débat
contradictoire, et ce, quelle que soit la situation des occupants.
C'est ensuite au juge d'examiner chaque situation, en fonction de
leur situation personnelle et professionnelle. Des délais peuvent être
accordés, par exemple si la personne démontre qu'elle avait été expulsée
avant et n'avait pas d'autres solutions d'hébergement, qu'elle a déposé
un dossier DALO, que son habitation est liée à son activité
professionnelle, qu'elle y vit depuis plusieurs années etc..."
L'Humanité.fr.- Tous les Zadistes ont-ils le même statut sur
ces terres et si non quelles solutions juridiques selon leurs
situations ? Il y a aussi des agriculteurs qui ont été expropriés…
Claire Dujardin : "Il doit y avoir des occupants qui
vivent sur les lieux depuis quelques mois, d'autres depuis plusieurs
années et d'autres qui ont créé une activité sur place. Si des
occupants ont leur activité professionnelle sur place, le juge doit
prendre en compte cet élément et soit rejeter la demande d'expulsion car
ils ont des titres les autorisant à exploiter les terres ou à avoir
leurs activités professionnelles sur place, soit accorder des délais
importants.
Le juge a un rôle de conciliation des parties, raison pour laquelle
la procédure d'expulsion aurait dû passer par un débat contradictoire,
pour permettre aussi de trouver des solutions convenables, acceptées par
tout le monde et permettant une évacuation calme."
L'Humanité.fr.- Quelle est votre position par rapport à l’expulsion depuis lundi 9 avril au matin des Zadistes ?
Claire Dujardin : "cette expulsion est non seulement illégale mais dangereuse et inefficace.
Elle est illégale en raison des éléments développés dans le communiqué du SAF du 29 mars 2018 puisque
les décisions de justice ont été prises sans débat contradictoire et
sans éléments justifiant la saisine du juge sur requête. Il
s'agit donc d'une voie de fait. L'opération d'expulsion de la ZAD est en
réalité une opération de maintien de l'ordre alors qu'il n'y a aucun
trouble à l'ordre public et aucune urgence à évacuer maintenant et dans
ces conditions.
Les dernières opérations de ce type ont eu lieu à Bure
et les difficultés ne sont pas pour autant résolues et de nouveaux
occupants vont s'y installer de nouveau. L'opération identique à celle
qui avait eu lieu à Sivens a donné lieu à des expulsions illégales, des
violences importantes et des blessés, dont Elsa MOULIN,
jeune femme qui vivait dans une caravane à Sivens et a été grièvement
blessée à la main par une grenade de désencerclement envoyée par un
gendarme dans la caravane. Le gendarme est mis en examen et sera
poursuivi pénalement. Il y a eu d'autres blessés sur les journées
d'évacuation à Sivens, des affaires personnelles brûlées en toute
illégalité.
La situation de NDDL mérite, à plus d'un titre, vu les années
d'occupation et les activités créées sur le site, les projets
alternatifs proposés mais également au vu de l'échec de telles
opérations à Sivens, que l'Etat tire les leçons et fasse preuve de
discernement et de raison.
Nous dénonçons donc cette opération dangereuse, illégale et déstructrice. »

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