Ali Abunimah
Tandis qu’Israël bombardait hier Gaza des dizaines de fois,
un ministre israélien de haut rang a incité à la destruction totale de
Gaza.
Mardi, la radio de l’armée israélienne a tweeté des commentaires du ministre de l’énergie, Yuval Steinitz, qui a déclaré : « Je n’exclus pas la possibilité de conquérir Gaza et de la détruire une fois pour toutes ».
Comme l’a relevé le journaliste israélien Asaf Ronel, les mots de Steinitz, tels que cités par la radio de l’armée, sont sans ambiguïté quant à la destruction de Gaza.
Mardi, Steinitz a fait de semblables déclarations à la publication Ynet : « Il
se peut que nous n’ayons pas le choix, il nous faudra frapper Gaza et
la conquérir et mettre fin une fois pour toutes à ce régime
terroriste ».
Dans cette interview, Steinitz semble se référer au Hamas et au Jihad Islamique, deux groupes politiques et militaires qui ont fait mardi des tirs de roquettes et de mortier contre Israël après des mois au cours desquels pas un seul projectile de ce type n’avait été lancé depuis Gaza.
Mais la référence que fait Steinitz au Hamas et au Jihad Islamique dans Ynet n’atténue en rien la nature génocidaire de ses commentaires à la radio de l’armée, puisque Israël ne fait pas de distinction, à Gaza, entre civils et combattants membres des organisations qu’Israël estime « terroristes ».
La justification d’Israël pour le massacre de masse de civils non armés pendant les manifestations de la Grande marche du retour de Gaza est, bien sûr, l’allégation selon laquelle les rassemblements sont organisés par le Hamas et que donc tout le monde, même un enfant, est bon pour les snipers.
Israël provoque l’escalade alors que les Palestiniens cherchent le calme
Trois soldats israéliens ont été blessés mardi, par des shrapnels des tirs de mortier de Gaza, dont un modérément.
Ynet a aussi rapporté qu’un résident de la ville israélienne de Sderot « est
tombé et a souffert de contusions alors qu’il courait vers un abri,
tandis que trois autres civils ont été victimes d‘attaques de panique ».
Comme l’a reconnu la BBC – dans un camouflage en fin de rapport – « La
flambée de violence s’est produite après qu’un tir d’un tank israélien a
tué quatre militants de Gaza dans deux incidents distincts au début de
la semaine ».
Dans l’un de ces incidents, dimanche dernier, Israël a tué trois membres du Jihad Islamique, après quoi le groupe a promis qu’il se vengerait.
La réponse armée palestinienne aux attaques d’Israël paraît avoir eu l’effet attendu : elle a amené Israël à accepter de retourner aux accords de cessez-le-feu d’après l’invasion de Gaza par Israël en 2014.
Selon Haaretz, Israël a accepté une proposition de cessez-le-feu du Hamas transmise via l’Égypte.
L’armée israélienne a reconnu mercredi que le Hamas empêchait désormais tout tir de roquette depuis Gaza, et que plusieurs missiles tirés la nuit étaient le fait de « groupes rebelles ».
De même, le Jihad Islamique a affirmé que son action militaire était limitée et conçue pour envoyer un message à Israël.
« Nous ne sommes pas intéressés à l’escalade et ne partons pas en guerre, mais nous voulons répondre aux attaques d’Israël », a dit le groupe. « Israël
viole le cessez-le-feu atteint après l’opération Barrière Protectrice.
Il devrait y avoir une réponse palestinienne à l’escalade israélienne,
qui démontrera la force de la résistance ».
Sans surprise, l’UE et ses membres, qui ont fait
défaut sur la condamnation du recours israélien à des snipers pour viser
des civils, ont été prompts à dénoncer la réponse palestinienne armée
limitée, à des semaines d’attaques israéliennes effrénées qui ont tué
plus de 100 Palestiniens et blessé des milliers d’autres.
Les comptes rendus ont largement condamné l’atterrissage d’un obus de
mortier dans la cour d’un jardin d’enfants israélien où aucun enfant
n’était présent, qui a causé de légers dégâts et aucune blessure.
Mais aucun n’a mentionné comment un shrapnel d’un missile israélien a touché une école de Gaza où des élèves étaient en train de passer un examen.
Une étreinte européenne chaleureuse
À la différence de Steinitz, quelques dirigeants israéliens, tout en continuant à proférer de violentes menaces contre Gaza, lancent des avertissements à ne pas vaincre le Hamas, qui, malgré une décennie de siège israélien tendu, continue à gouverner effectivement l’intérieur de la bande de Gaza.
Ces réserves pragmatiques mises à part, le langage génocidaire de Steinitz est remarquablement commun en Israël. Des appels à l’extermination des Palestiniens n’ont pas privé les dirigeants israéliens de la chaleureuse étreinte de l’Union Européenne.
Poster un appel au meurtre des mères palestiniennes qui donnent naissance à de « petits serpents » n’a pas mis en sourdine le coopération de l’UE avec la Ministre de la justice, Ayelet Shaked.
Le ministre de l’Education, Naftali Bennett se vante d’avoir tué des Arabes, mais il est toujours vu comme un partenaire valable par les représentants officiels de l’UE.
La semaine dernière, l’UE a critiqué Israël pour la brutalité de la police contre des citoyens palestiniens d’Israël et pour sa décision d’expulser Omar Shakir, le chef du bureau de Jérusalem de Human Rights Watch.
Mais la défense de façade des droits humains n’a pas duré.
Mercredi, un représentant de haut rang de l’UE est arrivé de Bruxelles pour des rencontres visant à renforcer les liens avec Gilad Erdan, le ministre des Affaires stratégiques qui est derrière l’expulsion de Shakir.
Erdan est aussi le Ministre de la police et il a défendu les officiers qui ont cassé la jambe de Jafar Farah, le directeur du Groupe de défense des droits humains, Mossawa, lorsqu’ils ont attaqué une manifestation pacifique de citoyens palestiniens d’Israël à Haïfa.
Et plus tôt dans le mois, l’ambassade américaine de Tel Aviv a témoigné une gratitude expansive pour la participation de Steinitz, au nom du gouvernement israélien ; à son gala du Jour de l’Europe.
À peine quelques jours plus tard, Steinitz a dit à l’UE qu’elle pouvait aller « mille et mille fois en enfer »
Traduction : SF pour l’Agence Media Palestine
Ali Abunimah, journaliste palestino-américain est le cofondateur de ’The Electronic Intifada’ et auteur des livres One Country : A bold Proposal to end the Israeli-Palestinian Impasse et The battle for Justice in Palestine
On peut suivre Ali Abunimah sur Twitter : @AliAbunimah

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