Clothilde Mathieu
Le
casse du siècle. Deux mécanismes, dont un frauduleux appelé le « Cum
ex », ont permis d’escroquer à onze pays européens, dont la France, 55,2
milliards d’euros, révèle une enquête conjointe de 19 médias.
Après
les scandales de LukLeaks, Panama Papers, voici « Cum Cum » et « Cum
ex », le nouveau scandale d’évasion fiscale. Un hold-up à 55,2 milliards
d’euros, estiment les 19 médias, dont le Monde, qui ont mené l’enquête.
Ici, il n’est question d’aucun paradis fiscal, mais d’éviter de payer
une taxe sur les dividendes versés aux actionnaires en profitant des
petits arrangements entre pays européens et de la folie financière.
Le schéma inventé repose cette fois sur deux mécanismes,
l’un légal permettant l’évitement de l’impôt appelé « Cum Cum »,
reposant sur les conventions fiscales passées entre plusieurs États, et
l’autre, le « Cum ex », un vaste système permettant le remboursement
illégal de l’impôt. Le premier joue sur la fiscalité différenciée entre
investisseurs nationaux et étrangers. Via ce simple tour de passe-passe,
la perte aurait ainsi été, entre 2001 et 2017, de 24,6 milliards
d’euros pour l’Allemagne, 17 milliards pour la France et 4,5 milliards
pour l’Italie, selon les calculs du consortium de médias établis sur la
foi d’informations des autorités fiscales et judiciaires et d’analyses
des données de marché.
Traders, avocats fiscalistes en bande organisée
S’ajoute ensuite l’escroquerie, appelée « Cum Ex », qui de
son côté aurait coûté 7,2 milliards d’euros à l’Allemagne, 1,7 milliard
au Danemark et 201 millions d’euros à la Belgique. Une fraude est née
grâce à l’expérience d’un ancien contrôleur fiscal allemand devenu un
avocat de renom, Hanno Berger. Son schéma qui, outre son montant
spectaculaire donne à l’affaire une dimension supplémentaire, consiste à
acheter et revendre des actions autour du jour de versement du
dividende, si vite que l’administration fiscale n’identifie plus le
véritable propriétaire. Ce qui permet de revendiquer plusieurs fois le
remboursement du même impôt sur le dividende, alors que ce dernier n’a
été payé qu’une seule fois. Un stratagème dans lequel fonds
d’investissement, traders, avocats fiscalistes opèrent en bande
organisée. La liste des pays concernés, ici, se restreint, certains pays
ne disposant plus, comme la France depuis 2005, de ce dispositif de
remboursement d’impôt.
L’enquête des CumEx Files affirme ainsi que cinquante
institutions financières parmi les plus grandes de la planète y auraient
participé, à des degrés divers. À commencer par les banques qui, une
fois de plus, se retrouvent au cœur du système. Celles-ci auraient, par
exemple, fourni les pièces justificatives nécessaires au remboursement
fiscal. Seraient impliqués, selon le Monde, quelques grands noms de
banques françaises : BNP Paribas, la Société générale et le Crédit
agricole. Le journal précise d’ailleurs que si la BNP n’a pas souhaité
commenter « en raison de l’instruction judiciaire en cours », les deux
autres ont démenti avoir participé à « des opérations illicites ».
31,8 millions d’euros soutirés au fisc allemand
L’enquête part d’outre-Rhin, lorsqu’un agent des impôts
trouve suspecte une demande de remboursement. En 2012, six enquêtes
pénales visant Hanno Berger et plusieurs négociants en Bourse sont alors
ouvertes. À l’époque, l’ensemble des estimations des sommes extorquées
au fisc allemand vont d’environ 30 milliards d’euros selon la presse à
5,3 milliards selon le ministère allemand des Finances.
Une fourchette
aujourd’hui réévaluée à la suite des investigations conduites par les
médias à 31,8 millions d’euros, d’après les calculs déjà connus de
Christoph Spengel, spécialiste de fiscalité à l’université de Mannheim.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire