Claude-Marie Vadrot
Rick Scott a interdit à ses fonctionnaires d'évoquer le réchauffement climatique.
L'ouragan Michael vient de ravager une partie de la Floride. Un premier
bilan de la tempête classée 4 – sur une échelle internationale de 5 –
fait état d’une vingtaine de morts. Il faut y ajouter plusieurs
centaines de blessés, des milliers de maisons détruites et un système
électrique et de communication qui a affecté des centaines de milliers
de foyers. Le désastre a eu lieu malgré un ordre d’évacuation dans de
nombreuses villes et villages de la zone côtière qui n’a pas été suivi
par toute la population. Pourtant, quelques jours avant l’arrivée de
l’ouragan, les rues de Miami et de Miami Beach étaient déjà envahies par
les eaux de la mer en raison de la conjonction entre une forte houle et
les marées hautes très amples à cette période l’année. Comme souvent,
on y a circulé en barques.
Fonctionnaires virés
Il n’est pas surprenant qu’une partie des habitants de la zone
littorale n’ait pas jugé bon de se réfugier dans l’intérieur des terres
puisque le gouverneur de Floride s’affiche depuis des années comme un
climatosceptique militant. Le républicain Rick Scott a été élu pour un
premier mandat en 2011, puis réélu en 2015. Il est connu pour avoir
formellement interdit à tous les fonctionnaires de son État d’évoquer « le réchauffement climatique » ou la « montée des eaux de la mer »
dans leurs rapports, leurs interventions et leurs échanges sur
internet. Une consigne qui n’a jamais été écrite. Elle résultait des
consignes orales données et sans cesse rappelées par les responsables de
l’administration de Floride. Les « contrevenants » étaient soit mis au
placard soit simplement virés. Cette politique a été dévoilée
publiquement en 2014 au cours d’une réunion publique par Kristina Totta,
une ancienne responsable du personnel : « On nous a demandé de dire
à tous que nous n’étions pas autorisés à évoquer des faits qui ne
correspondaient pas à la vérité. » Interpellé par les scientifiques
de Floride, Rick Scott les avait reçus, les avait écoutés pendant une
vingtaine de minutes, avant de les congédier.
Des rapports inquiétants détruits
Cette entrevue ne l’a pas empêché de faire disparaître tous les
rapports, toutes les études qui expliquaient les origines climatiques
des inondations qui frappaient de plus en plus les rues basses de Miami,
dont tous les habitants pouvaient pourtant constater les ravages. Au
point que le prix de l’immobilier a rapidement chuté dans les espaces
concernés. Ce qui a incité des centaines de (riches) habitants à
déménager pour s’installer dans les parties hautes du littoral. À Miami
Beach comme dans la commune de Mexico City qui vient d’être également
ravagée dans le nord de l’État. Tandis que tous les rapports de son
prédécesseur Charlie Crist, pourtant également républicain, étaient
détruits parce qu’ils mentionnaient tous les risques que les
modifications du climat faisaient courir à de nombreuses villes de
Floride.
Le gouverneur a maintenu pendant tout son mandat ses positions
fermement climatosceptiques sans expliquer pourquoi il faisait
construire de nouvelles digues et installer à grands frais un réseau de
puissantes pompes qui ne sont jamais parvenues à limiter les
inondations.
C’est peut être pour ne plus être face à ces contradictions
que Rick Scott ne se représentera pas au poste de gouverneur. Il brique
désormais un siège de sénateur qu’il risque de ne pas obtenir dans un
mois. Car les scientifiques de la région font vigoureusement campagne
contre lui en soutenant la candidature du démocrate Bill Nelson.

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