Claude-Marie Vadrot
Des scientifiques alertent sur une nouvelle technologie agricole qui pourrait aussi être utilisée comme arme de guerre.
La revue Nature datée du 4 octobre a publié un article
inquiétant commentant un projet du ministère américain de la Défense. Il
fait état de recherches avancées concernant l’utilisation d’insectes
pour propager des virus génétiquement modifiés destinés à lutter contre
des maladies affectant des végétaux ou animaux. Les auteurs de cet
avertissement appartiennent à l’université de Montpellier et à celle de
Fribourg. Ils s’alarment de cette nouvelle technologie qui consisterait à
relâcher dans la nature des virus portés par des pucerons, des mouches,
des acariens, des moustiques et d’autres insectes faciles à reproduire
en masse ; ils seraient disséminés par millions dans la nature pour «
soigner » des maladies affectant des plantes, des arbres, des oiseaux ou
des petits mammifères.
Ce programme lancé par l’Agence des projets innovants du ministère de
la Défense des États-Unis (DARPA) vise à altérer les chromosomes et
l’ADN des végétaux ou des animaux menacés par une ou plusieurs maladies
et a été baptisé «Nos alliés les insectes». L’objectif est
d’aboutir à terme à l’élimination des semences enrobées ou génétiquement
modifiées ainsi qu’à une diminution des traitements par tracteurs ou
par avion. Certains de ces virus portés par les insectes auraient aussi
pour fonction d’aider des céréales comme le blé, le maïs ou les tomates à
résister au stress des sécheresses. Ce programme de recherche aurait
déjà donné lieu à de premières expérimentations, d’abord en serre puis
ensuite sur des champs sélectionnés et surveillés ; des fuites provenant
des universités de l’Ohio et de Californie ont permis d‘apprendre que
ce programme était sur le point d’aboutir. Il a été doté d’un premier
budget de 45 millions de dollars qui devrait être prochainement doublé
avec l’accord de l’administration de la Maison Blanche.
Destructions de récoltes
Les scientifiques qui contestent et craignent l’expérimentation et la
généralisation de ce projet expliquent qu’ils ont de sérieux doutes sur
son efficacité et surtout qu’ils craignent qu’il puisse un jour
provoquer des dérapages échappant à tout contrôle. L’un des auteurs, Guy
Reeves, affirme qu’il « est bien plus facile de développer une arme
biologique que de mettre au point des techniques facilitant le travail
des agriculteurs ».
Les scientifiques qui dénoncent ce projet en cours de réalisation
pensent évidemment que ce n’est pas un hasard si ce programme a été
confié aux militaires. Ils craignent que les insectes porteurs de virus
puissent être utilisés comme une arme de guerre contre des pays ennemis.
Car une fois la technologie stabilisée il est évident que les vecteurs
ailés pourraient également disperser des maladies destinées à détruire
des milliers d’hectares de récoltes ou bien de stériliser leurs semences
après récolte. Bref, cette technologie pourrait facilement provoquer
des famines dans une région ou dans un pays « ennemi » des États-Unis.
Perspective que réfute évidemment le docteur Blake Bextine, le
responsable de ce programme au ministère de la Défense.
Mais il
n’explique pas pourquoi les responsables américains de l’agriculture
n’ont pas été chargés de cette recherche qui est actuellement classée «
secret défense »…

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