Michel
En
un après-midi en Bretagne, le Premier Ministre Edouard Philippe aura
réussi le tour de force de se revendiquer de racines gaulliennes, de
tacler Laurent Wauquiez et de cajoler subtilement les gilets jaunes.
Tout cela n’est pas anodin bien sûr et s’inscrit dans une volonté
d’exister politiquement et de draguer les électeurs pour les prochaines
échéances, tout en restant fidèle aux fondamentaux de droite.
« On n’a pas tous les jours l’occasion de tenir une promesse formulée par le Général de Gaulle »
Edouard
Philippe fait ici référence à la mise à deux fois deux voies de la RN
164, route centrale de Bretagne. Cela ne mange pas de pain de se référer
à de Gaulle surtout lorsqu’on est issu (de manière très lointaine) du
parti du Général.
Et
puis, juste au moment où Juppé, qui pouvait encore être considéré comme
un recours, quitte la politique et intègre le Conseil Constitutionnel,
il est toujours utile de réécrire son histoire, de se démarquer un peu
de Macron et surtout de Wauquiez qui dilapide l’héritage gaullien en
lorgnant, sans grand espoir, vers la droite dure.
Le
message est donc clair : « Je représente toutes les nuances de la
droite et je m’inscris comme recours au cas où l’aventure Macron
tournerait court ».
Sauf
que le message peut être brouillé, car se revendiquer d’un projet qui
date de 70 ans, ce n’est pas forcément gage d’efficacité et c’est bien
ce que reprochent les électeurs au personnel politique toujours prompt à
inaugurer un ouvrage ou un tronçon de routes tous les deux ans avec
médiatisation à l’appui pour assurer la réélection pour masquer le
manque de volonté d’aller plus vite.
Le coup de pied de l’âne à Laurent Wauquiez
La
seconde sortie de Philippe concerne les bénéficiaires des minimas
sociaux, qui, comme vous le savez, coûtent un pognon de dingue selon
l’un (Macron), et sont le cancer de l’assistanat selon l’autre
(Wauquiez).
Toujours
intéressant de se positionner sur ce créneau réac, car il existe
toujours une frange de la population, celle qui bénéficie encore de
ressources issues d’un travail et qui cotisent pour les autres, qui
considèrent qu’il y en a vraiment qui profitent du système, même si les
plus riches en profitent davantage…
D’où
l’idée lumineuse, mais un peu éculée du Premier Ministre, d’obtenir de
la part des minimas sociaux des « contreparties », c’est-à-dire une
obligation de réaliser un travail pour la collectivité.
La drague préélectorale
À quelques semaines des européennes, la tentation de ressortir le râteau à
voix et de ratisser large est bien présente. De la bourgeoisie
bien-pensante qui voit en ces contreparties la rédemption possible de
brebis égarées dan l’inactivité, jusqu’à la droite extrême pour qui la
« punition » d’une contrepartie sous forme de travaux d’intérêt général
pour la collectivité obligera forcément les intéressés, s’ils ne veulent
pas être stigmatisés à retrouver la voie d’un emploi sous-payé afin de
sortir des statistiques.
C’est simple de faire baisser le chômage…
Plus
subtil, la sortie du Premier Ministre aurait pour but de faire prendre
conscience aux gilets jaunes que le gouvernement les respecte parce
qu’ils font partie des français qui travaillent et qui se lèvent tôt. Le
message, s’il vise à cajoler les gilets jaunes (salariés, artisans,
commerçants) est cependant sans ambiguïté : si vous continuez le
mouvement, vous devez prendre conscience que le risque pour vous est de
vous retrouver dans les minimas sociaux, cette nouvelle forme de
relégation que je dépeins…
Revenons un moment sur les contreparties
Ainsi
donc, les demandeurs d’emplois pour ne parler que de cette catégorie de
« minimas sociaux » devraient faire preuve d’un peu de courage et aller
gratter pour le compte de collectivités locales les herbes folles
autour des ronds-points, faire la circulation à la sortie des écoles ou
faire du portage de repas à domicile, etc.
C’est
bien, mais n’oublions pas que ces tâches sont déjà réalisées par des
agents communaux ou par ceux de la poste et intégrer des demandeurs
d’emplois dans le circuit provoquera une concurrence entre ceux qui sont
déjà en poste ou bénéficient de contrats aidés.
Le
système créera donc une concurrence entre pauvres et moins pauvres de
l’ordre de celle dont parle le Premier Ministre lorsqu’il cherche à
opposer subtilement gilets jaunes et bénéficiaires des minimas sociaux.
Les contreparties sont pourtant un bon moyen de créer de l’emploi
Le
premier qui a théorisé cela s’appelle M. Gattaz, ci-devant ex parton du
Médef, qui contre espèces sonnantes et trébuchantes sous forme de
baisses fiscales et sociales s’engageait à créer 1 Million d’emplois dans
les entreprises. Les baisses ont été obtenues et on en remet une couche
avec le CICE qui bientôt sera pérennisé. Mission accomplie pour le
Médef, le tout sans contrepartie ; chapeau l’artiste !
Voilà,
on donne 20 Milliards de plus par an aux entreprises et globalement ce
sont 140 Milliards qui sont dépensés chaque année en faveur de l’emploi
et du marché du travail, sans résultats visibles autre que
l’augmentation des dividendes versés aux actionnaires du CAC 40.
Et
pourtant, en réfléchissant bien, le débat sur les contreparties dues
par les bénéficiaires des minimas sociaux n’a pas lieu d’être puisque
les entreprises qui bénéficient d’aides sont en quelque sorte payées
pour créer des emplois qu’elles ne créent pas.
Alors
en ce qui concerne les contreparties, il existe un truc tout simple qui
s’appelle la contractualisation, c’est-à-dire l’engagement signé de
créer des emplois contre le versement des aides.
Vous
verrez que beaucoup d’entreprises ne se bousculeront pas au portillon
tant il est simple de réclamer des « droits » sans en avoir les devoirs.
Au moins sommes-nous certains d’économiser un paquet de milliards en
conditionnant le versement de ces aides à la création effective
d’emploi.
Par
ailleurs, on parle beaucoup de la fraude fiscale et sociale des
entreprises ainsi que de l’évasion fiscale. Il y en a au bas mot pour
plus de 100 Milliards d’euros. Il ne s’agit là aucunement de
contreparties mais de comportements déviants qu’il faut punir.
Alors,
M. Philippe, plutôt que de noyer le poisson en stigmatisant ceux qui
recherchent un emploi, si vous vous attaquiez au système actuel.
Nul
doute que vous y gagneriez une stature qui vous permettrait de devenir
le recours, dans la plus pure tradition Gaullienne dont vous vous
réclamez.

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