Alain Badiou
La chasse des réseaux sociaux, des complotistes de tout genre, des
enragés de l’Occident et de la race blanche est aujourd’hui ouverte
contre, en particulier, mon amie de longue date...
...celle avec qui j’ai
longtemps réalisé sur le net l’émission totalement libre
« Contre-courant », notamment diffusée par Mediapart, et qui tente
aujourd’hui d’échapper, à la direction de la rédaction du Média, au
contrôle total du journalisme par les actionnaires du CAC 40.
Que s’est-il passé ?
L’homme qui a dit que l’équipe de France de foot comportait trop de
nègres et qu’elle était à ce titre la risée de l’Europe ; l’homme qui a
dit que les noirs et les arabes corrompaient les jeunes blancs dans les
banlieues ; l’homme qui a soutenu que la « mixité » raciale était une
menace pour l’Europe ; l’homme qui a également soutenu qu’il ne fallait
jamais dire de mal des États-Unis, sauf à provoquer un désastre de la
« civilisation » ; l’homme qui maintient aujourd’hui encore que le
colonialisme – des millions de morts, de déportés, de suppliciés,
d’esclavagisés – a apporté en Afrique la dite « civilisation » : cet
homme-là a trouvé un truc pour que lui, intellectuel bien blanc et bien
réactionnaire, académicien du suprématisme occidental, devienne l’image
de la pauvre victime. Il a mis au point sa technique dès le mouvement
Nuit Debout, en 2016 : il va rôder du côté de démonstrations publiques
souvent sympathiques, mais dont le tort est, par « démocratisme »
stérile, de ne pas contrôler qui est là, qui est un réel participant à
ce qui se passe, et qui est un infiltré, un policier ou un fascisant ;
et du coup, de n’avoir pas les moyens de neutraliser les provocateurs.
Exploitant cette faiblesse, le promeneur Finkielkraut devient
l’instrument complaisant, réjoui, de provocateurs antisémites et
fascisants, ou de déchaînés obtus de la violence, infiltrés, comme lui,
dans une protestation collective légitime, mais que son désordre
individualiste affaiblit sans remède. L’académicien promeneur se réjouit
de la présence de ces parasites, qui le supplicient verbalement, le
couvrent des sobriquets infâmes issus de leurs convictions fascisantes,
et lui permettent ainsi, en retour, de cracher son venin sur la part
populaire et activement anti-gouvernementale de la démonstration en
cours. Après quoi, pauvre offensé, il appelle au secours les médias –
largement, il faut le dire, vendus à sa cause. Et puis, finalement – il
faut bien ça pour assurer le salut d’un tel bijou venu des profondeurs
abyssales de la pire réaction – il se fait introniser par toute une
partie du personnel politique et du gouvernement en place comme drapeau
de la défense de la démocratie et de la « civilisation » (dont nous
savons ce qu’elle recouvre), sans oublier l’État d’Israël, dont pourtant
bien des actions ne semblent ni très démocratiques, ni particulièrement
civilisées, ni même clairement exemptes d’un certain racisme
anti-arabe. Mais ces écarts sont sans doute, pour notre imposteur,
d’authentiques obligations pour que l’emportent, à la fin, les
inégalables vertus occidentales.
Je voudrais dire au passage que, très malheureusement, les procédés
de notre imposteur sont extrêmement actifs sur les fameux « réseaux
sociaux » où l’on observe l’afflux parasitaire de cochonneries diverses,
tout comme le faisaient autrefois les très pénibles « rumeurs ». Tout
cela pour le plus énorme profit des milliardaires qui possèdent ces
réseaux. Il serait temps de comprendre que la politique a pour noyau
véritable la bonne vieille réunion, où l’on discute collectivement, en
face à face, et de boycotter au niveau mondial les réseaux tels qu’ils
existent, ruinant ainsi au passage toute une clique de milliardaires, ce
qui n’est pas un plaisir à dédaigner.
En attendant, je veux assurer toutes les victimes, directes ou
indirectes, de la jactance du parasite haineux des manifestations
progressistes, de mon amical soutien, à commencer par Aude Lancelin.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire