M. Collon
La pollution et l’exploitation abusive des matières premières sont le résultat de l’activité des grandes entreprises.
Celles qui exploitent le gaz, le pétrole et le charbon, bien sûr, mais aussi celles qui mettent l’eau en bouteille, fabriquent des armes, des voitures et des avions, celles qui produisent de l’informatique, des vêtements, de la nourriture industrielle, celles qui profitent de moyens de transport extrêmement bon marché afin de délocaliser leur production…
Les causes
En gros, c’est surtout notre manière de produire des richesses qui
est à l’origine de la prédation de la planète. Une production sans
réflexion sur son impact, sans planification, une course en avant vers
plus de profit et plus d’emplois comme seul moyen de fonctionner. Notre
façon de produire a même inventé le droit de polluer ou de sur-consommer
contre paiement. Si on en a les moyens, on peut détruire. Et pourvu
qu’il reste suffisamment de pauvres, sinon on étoufferait.
Tant que cela ne sera pas étudié et dénoncé, on restera dans les
petites mesures au coup par coup qui ne mèneront pas à grand chose, du
genre COP-je-ne sais-quel-numéro. Au mieux, on sauvera des miettes de
nature. En espérant que le génie des scientifiques fasse le reste. Mais
les scientifiques et les politiques ne pourront rien empêcher si on
continue dans un système de compétition effrénée qui creuse les
inégalités, qui empêche systématiquement toute redistribution des
richesses et qui ne peut pas grand chose contre les activités nuisibles.
Le spectacle
Dans un tel contexte, les grandes entreprises qui voient monter le
mécontentement de la rue, ces mêmes grandes fortunes qui possèdent aussi
les médias, doivent certainement être en train de réfléchir. Des
équipes spécialisées pour cela sont à l’oeuvre, des think tank. Ces
boites à penser, adossées à la presse dominante, sont redoutables. Elles
sont capables de vendre une guerre à ceux qui savent qu’ils risquent
d’y laisser leur peau.
Elles sont en train de réfléchir et de faire feu de tout bois. C’est
ainsi qu’on débat actuellement de Greta Thunberg plutôt que de l’état de
la planète. Je ne sais pas si cette jeune fille est manipulée, mal
informée, intelligente, sincère, si sa jeunesse est un handicap ou au
contraire un atout… peu importe. Surtout, elle tombe à pic. Aussi bien
pour les spécialistes du « greenwashing » que pour les climatosceptiques
d’extrême droite. Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le
doigt. Et les médias dominants ont trouvé Greta. De quoi organiser le
spectacle à moindre frais et occuper les esprits inquiets. Greta, c’est
le doigt et tout le monde regarde le doigt.
Organiser la résistance
À présent, des activistes, prônant la désobéissance civile mais
garantissant zéro violence et zéro dégradation, prennent le relai.
Heureusement parce que tôt ou tard, on oubliera Greta. Extinction
Rébellion assurera la suite. Les activistes se contentent pour le moment
de bloquer la circulation, d’occuper un centre commercial… Leur
sincérité ne fait aucun doute et leurs actions ont le mérite de
mobiliser les consciences. Mais Extinction-Rébellion ne prend pas de
position radicale contre l’organisation de notre production. Il faut
changer le système, oui, mais l’analyse est plus que confuse. Invité par
Amnesty International, Roger Hallam, co-fondateur
d’Extinction-Rébellion prononce un curieux discours[1] où il évoque sa mère (qui était pasteure méthodiste) et prédit la famine et la mort pour la génération prochaine [2].
Pour les formateurs du mouvement, il s’agit aussi de contourner les
forces d’extrême gauche pour atteindre et mobiliser les citoyens
apolitiques[3].
Si on entend bien une dénonciation du « système », tout cela reste très
vague. Le catastrophisme est partout, la fin du monde est proche mais
l’analyse des causes reste légère. La non-violence est mise au service
du mouvement Extinction-Rébellion qui doit durer pour prodiguer la bonne
parole. On se trouve face à un discours presque religieux et
millénariste, accompagné d’une liste d’exemples de problèmes
environnementaux. Mais sans action politique visant directement les
industries à l’origine de ces dégradations. Extinction Rébellion en
appelle aux gouvernements, aux scientifiques, à l’arrêt de la
destruction, à la réduction immédiate de la consommation, à former des
assemblées citoyennes…
Les entendra-t-on appeler au boycott des 100 entreprises les plus
polluantes de la planète ? À la redistribution des 100 plus grandes
fortunes ? À la disparition de l’actionnariat et de la course au profit
qu’il génère? Lorsqu’on sait que les 26 plus grandes fortunes[4] possèdent autant que la moitié des plus pauvres de la planète, il pourrait être tentant de ne s’en prendre qu’à… 26 fortunés !
Diabolisation
Il est intéressant de noter que les médias s’empressent de diaboliser
toutes les tentatives de boycotts. La sortie du capitalisme n’est pas
encore à l’ordre du jour, même si de plus en plus d’experts[5]
se prononcent pour cette solution qui semble incontournable. Le
communisme est également visé par la diabolisation. On ne sait jamais,
si certains proposaient aux peuples de reprendre en main les usines, de
mettre fin à l’actionnariat et de nationaliser la production d’énergie…
Les grandes entreprises et surtout leurs actionnaires ont tout
intérêt à ce qu’on reste dans l’appel aux politiques plutôt que dans
l’analyse des causes. Et surtout dans la non-violence. Les gilets jaunes
ont dû réellement faire très peur aux puissants et la casse coûte cher.
Y compris quand il est question de la répression et de l’image qu’elle
renvoie de nos gouvernements. Alors maintenant qu’il s’agit du climat,
il faudra canaliser les rebellions. Tout changer pour que rien ne
change, polluer moins pour pouvoir polluer plus longtemps.
Reprendre le contrôle
C’est d’une autre organisation des moyens de production dont nous
avons besoin. Où, démocratiquement, nous pourrions contrôler directement
ce qui se fait et comment organiser la vie sur notre planète pour le
bien de tous. Il faudra arrêter la course au profit et redistribuer les
richesses, mais aussi mieux partager les savoirs et les expertises,
éduquer aux changements, bousculer les habitudes…
Comment pourrons-nous arriver à un tel résultat ? C’est à cela que nous devrons travailler.

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