Georges Camac
En tournée dans les colonies françaises, Emmanuel Macron a effectué un
nouveau recadrage sur les questions du voile et de l’immigration.
Une
posture hypocrite et facile pour celui qui avait lancé la déferlante
islamophobe après l’attaque à la préfecture de police. Et un objectif :
mettre en scène l’affrontement avec le Rassemblement National dans le
cadre des élections municipales.
« Le voile dans l’espace public, ce n’est pas mon affaire » :
voilà en substance ce qu’a déclaré Emmanuel Macron lors d’une interview
donnée à BFM-TV en marge de son déplacement à Mayotte. Une manière de
tenter de recadrer et de se mettre au-dessus du débat nauséabond qui
avait agité la classe politique dominante depuis plusieurs jours.
L’affaire avait commencé avec l’agression d’une femme voilée par un élu
RN et va continuer avec l’examen mardi prochain au Sénat d’un texte de
la droite proposant d’interdire aux femmes voilées l’accompagnement des
sorties scolaires.
Macron a beau chercher à apparaître au-dessus de la mêlée, c’est lui
qui a initié la séquence de déchainement islamophobe qui occupe
l’actualité médiatique et politique. Après l’attaque meurtrière à la
préfecture de la police de Paris, il avait amorcé un discours de
vigilance contre « l’hydre islamiste », surfant sur les thèmes de
l’extrême-droite et une batterie de mesures qui a ouvert les portes au
déchainement islamophobe. Cette offensive a polarisé jusque dans son
propre camp, avec une polarisation entre un ministre de l’éducation qui
déclarait que le voile « n’est pas souhaitable dans la société »,
vivement critiqué par Aurélien Tâché, député LREM, qui s’est depuis
excusé auprès de Blanquer. Il devenait dans ce contexte urgent pour
Macron de reprendre les rênes du débat.
Mais cet apparent revirement n’a cependant rien de conjoncturel : il
est inscrit dans le cœur des contradictions de la stratégie politique
d’Emmanuel Macron. En prévision des présidentielles, profondément
affaibli par le mouvement des Gilets Jaunes et inquiet de la situation
sur le terrain de la lutte des classes, celui-ci cherche à reconstruire
un socle électoral qui lui permette d’affronter la seconde partie du
quinquennat. Les hostilités ont commencé le 10 septembre, à
Bonneuil-sur-Marne, quand Macron a relancé le débat sur l’immigration,
jugeant qu’une petite dose supplémentaire de xénophobie permettrait de
récupérer une partie des classes populaires. Cette posture est également
cohérente avec la volonté d’incarner le parti de l’ordre réactionnaire
républicain qui avait séduit une partie de l’électorat de droite durant
le mouvement des Gilets jaunes. Dans le même temps, Macron cherche à ne
pas perdre son électorat sur la gauche qui avait pu être séduit par son
discours du soi-disant vernis « progressiste » qu’il avait arboré durant
la campagne présidentielle. Un numéro d’équilibriste qui explique aussi
les revirements brusques.
Surtout, à travers ces hésitations, c’est la perspective d’un
affrontement avec le Rassemblement National que Macron cherche à
construire, sur lequel il avait construit son succès en 2017. Il sait
que c’est sa meilleure chance d’être réélu, tant que le RN ne parvient
pas à percer le plafond de verre. C’est pourquoi, pendant que Macron
réactive les thématiques de l’extrême droite, il cherche dans le même
temps à reconstruire une posture de front républicain. La République
xénophobe et islamophobe, certes, mais qui mime l’affrontement avec
l’extrême-droite. Une stratégie politique qui est le meilleur tremplin
pour le RN, d’ores et déjà désigné comme le meilleur adversaire de
Macron. « Vous n’avez qu’un opposant sur le terrain : c’est le Front
national. Il faut confirmer cette opposition, car ce sont les Français
qui l’ont choisie. » avait ainsi déclaré Macron le 16 septembre dernier devant sa majorité.
C’est dans ce contexte que le mouvement présidentiel a clarifié sa ligne dans le cadre des municipales, annonçant notamment que « dans
une logique de responsabilité, [ils allaient] procéder dans plusieurs
endroits à un désistement républicain avant le premier tour, sans aucun
préalable, pour faire barrage à l’extrême droite », confirmait ainsi
Pierre Person, député LREM de Paris, ces derniers jours. Une manière de
faire d’une pierre, deux coups : préparer et justifier la défaite
probable de LREM aux municipales, qui n’a pas le réseau nécessaire pour
faire un résultat dans une élection où les figures locales ont une
grande importance ; mais surtout se poser comme le meilleur « rempart »
face au RN.
Mais les calculs politiciens de Macron pourraient bien être perturbés
par la séquence de lutte des classes à venir. Interrogé par BFM-TV sur
le 5 décembre et le droit de retrait à la SNCF, celui-ci s’est en
revanche montré beaucoup moins bavard. Il faut dire que sur le dossier
de la réforme des retraites, le gouvernement est inquiet – et à raison,
alors que se cristallisent les colères qui pourrait prendre la forme
d’une entrée en scène de la classe ouvrière et de la grève à partir du 5
décembre. Une séquence qui pourrait bien finir par affaiblir encore
davantage Macron voire le faire définitivement chuter si un mouvement
interprofessionnel reconductible et contrôlé à la base se met en place.
Ce serait le meilleur moyen d’empêcher la perspective d’une réédition
d’un second tour LREM-RN dont les travailleurs et les classes populaires
auraient tout à perdre et rien à gagner.

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