Anasse Kazib
Interrogée ce matin 22/10 sur le plateau de France Inter dans l’émission de
Léa Salamé, la ministre du « Travail »...
... Muriel Pénicaud, a fait une
distribution de fake news pendant plusieurs minutes, sur le sujet du
droit de retrait des cheminots depuis vendredi 18 octobre.
Une ministre du travail qui a entravé les règles plus d’une fois, fait la leçon.
Muriel Pénicaud ne s’est pas cachée ce matin, pour délégitimer
l’inspectrice du travail de Strasbourg qui a adressé ce lundi 21 octobre
un courrier de 6 pages à la direction de la SNCF, venant valider la
légitimité du droit de retrait des agents. Pour cause, Muriel Pénicaud
lorsqu’elle dirigeait l’organisme public Business France a été épinglée,
révélait le Canard Enchaîné dans un article paru le 20/12/2017, plus de
671 fois pour infraction au code du travail. Ces infractions passibles
d’une amende totale de 600.000 euros, portent sur une période de 12 mois
seulement, soit 2 infractions par jour.
Cet organisme public qui dépend de Bercy, que Muriel Pénicaud a
dirigé de janvier 2015 à mai 2017, est chargé de faire la promotion des
entreprises françaises à l’étranger.
L’inspection du travail, à l’époque des révélations dans la presse,
avait relevé plus de 557 dépassements du plafond d’heures quotidiennes
pour 92 salariés. Le Canard Enchaîné ajoute « au cours des 200 jours
sur lesquels a porté le contrôle, 15 salariés ont crevé le plafond à 55
reprises, avec un record à plus de 55 heures ». Tout cela sans compter
les agents travaillant sans autorisation à des horaires de nuit ou
encore sans respecter le repos minimum de 11 heures entre deux journées
de service.
On comprend donc mieux pourquoi Muriel Pénicaud fustige la décision
de l’inspectrice du Travail de Strasbourg qui vient défendre les
cheminots face à la répression disciplinaire de la SNCF et du
gouvernement.
La Ministre du « Travail » ou plutôt de la précarisation, n’a que
faire des règles et du code du travail, car elle-même lorsqu’elle était
en poste n’en avait que faire chez Business France. Elle est également
sous le feu des projecteurs dans l’affaire des licenciements chez Danone
lorsqu’elle était Directrice des Ressources Humaines. Après l’annonce
de la « suppression d’environ 900 postes managériaux et administratifs
répartis sur 26 pays européens », l’action de Danone au CAC40 a été
suivie d’un bond vertigineux, permettant à la ministre de revendre un
lot d’actions qu’elle venait tout juste d’acquérir 1.920.932 euros au
prix de 3.049.966 euros soit une plus-value de 1.129.034 euros.
De plus, Muriel Pénicaud est inquiétée par une information judiciaire
ouverte par le parquet de Paris, pour délit de favoritisme et recel dans
le cadre de l’organisation d’une réception, par Business France à Las
Vegas le 6 Janvier 2016, dans laquelle Emmanuel Macron à l’époque
Ministre de l’Economie était invité.
Muriel Pénicaud qui lit un faux article du Code du travail
En plus donc de fustiger l’inspectrice du travail, pourtant seule
légitime avec un juge pour se prononcer sur la légalité ou non d’un
droit d’alerte pour risque de danger grave et imminent, la ministre a lu
de manière fausse l’article L4131-1 du code du travail.
Voici la version de la ministre : « Un salarié peut cesser le travail s’il est confronté à un danger grave et imminent »
Voici l’article L4131-1 : « Le travailleur alerte immédiatement l’employeur de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu’elle présente
un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute
défectuosité qu’il constate dans les systèmes de protection. Il peut se
retirer d’une telle situation. »
Les mots ont un sens et c’est volontairement que Muriel Pénicaud ne
lit pas correctement l’article L4131-1 qui est très explicite. Elle
parle donc de « confronté » et non de « motif raisonnable de penser »,
car oui le salarié n’a pas la reconnaissance d’expert et la notion de
motif raisonnable est à l’appréciation de chaque salarié qui a effectué
son droit de retrait, c’est derrière à l’inspection du travail, ou à un
juge des Prud’homme, si l’employeur conteste cela, de se prononcer. Ce
n’est ni à la ministre qui falsifie les articles de loi, ni encore à la
direction de la SNCF qui parle de « grève surprise » de se prononcer sur
la légitimité ou non du « motif raisonnable » de chaque salarié.
De plus elle ajoute une nouvelle fake news, faisant croire qu’il y a
un droit de retrait généralisé, or le droit de retrait est de
l’initiative de chaque agent, on ne peut donc mettre en demeure des
milliers d’agents, sans prendre en considération, chantier par chantier,
salarié par salarié.
Enfin si la mule n’était pas suffisamment chargée, elle dit « c’est
une inspectrice du travail, cela n’engage qu’elle, mais pas
l’administration qui n’est pas d’accord et moi non plus ». Rappelons que
l’inspectrice du travail a transmis le courrier pour son périmètre
donné, et que chaque inspecteur du travail qui souhaite contester les
droits de retrait dans leur périmètre, peuvent le faire également. Mais
l’ont-ils fait ? Non !
Rappelons également que seule l’inspectrice du travail est présente
dans la CSSCT (Commission Santé Sécurité et Conditions de Travail) et a
enquêté, ce qu’a ni fait l’ensemble de l’administration, ni Muriel
Pénicaud. Nous lui répondrons donc, qu’un courrier « d’une
inspectrice du travail » vaut les fakes news de tout un gouvernement et
d’une ministre du travail qui vraisemblablement a encore un problème
avec la lecture des articles du code du travail, après les 671
infractions sous sa direction.
Quelques précisions sur le caractère « Imminent » et « Motif raisonnable »
La notion de « motif raisonnable » implique que la situation de travail n’a pas à être objectivement, réellement dangereuse pour le salarié, mais que lui-même doit avoir des raisons de le penser. La décision du salarié est prise en fonction de sa propre subjectivité
(rapport Cour de cassation 1989, p. 254). Il n’a pas à solliciter une
quelconque autorisation, ni même à signaler le danger par écrit (CE 11
mai 1990, n° 90213, Guyomarch).
Le gouvernement joue également sur la notion d’imminence, prétextant
de manière plutôt malhonnête intellectuellement qu’il faudrait que le
danger imminent, se produise limite dans la minute.
L’imminence évoque la survenance d’un événement,
dans un avenir très proche, dans très peu de temps. Il y a danger grave
et imminent lorsqu’on est en présence d’une menace susceptible de
provoquer une atteinte sérieuse à l’intégrité physique d’un salarié, dans un délai très rapproché. À noter tout de même que cette notion n’exclut pas celle de « risque à effet différé ».
Par exemple, une pathologie cancéreuse résultant d’une exposition à des
rayonnements ionisants peut se manifester après un long temps de
latence, mais le danger d’irradiation, lui, est bien immédiat.
L’appréciation se fait donc au cas par cas.
La circulaire d’application FP du 08/08/2011 précise : « la notion de danger doit être étendue par référence à la jurisprudence sociale comme étant une menace directe pour la vie ou la santé de l’agent, c’est-à-dire une situation de fait en mesure de provoquer un dommage à l’intégrité physique ».
La circulaire d’application FP du 08/08/2011 précise : « la notion de danger doit être étendue par référence à la jurisprudence sociale comme étant une menace directe pour la vie ou la santé de l’agent, c’est-à-dire une situation de fait en mesure de provoquer un dommage à l’intégrité physique ».
Pourquoi personne ne peut contester la légitimité du droit d’alerte à la SNCF
Dans le cas des droits de retrait contre l’EAS (Equipement à Agent
Seul, mesure de la SNCF qui laisse le conducteur seul à bord, comme dans les Ardennes),
il y a énormément d’éléments qui montrent le risque de danger grave et
imminent, il peut se passer des mois sans un accident grave, cependant
l’accident des Ardennes est un précédent qui oblige à ne plus mettre la
poussière sous le tapis en jouant à la roulette russe. C’est ce que
voudrait en tout cas la direction de la SNCF : que ses conducteurs et
contrôleurs continuent à jouer avec leur vie en allant travailler.
Les organisations syndicales ont démontré les défaillances du
matériel, avec la présence à l’avant du système radio, qui dans le cas
du TER Champagne-Ardenne ce 16 octobre a été inutilisable de par le choc
sur le nez de la motrice. Le conducteur ne pouvant pas déclencher le
signal d’alerte radio, il a dû faire une couverture d’obstacles, blessé à
la jambe, sur presque 1500 mètres. Il faut par exemple savoir qu’en 2018
il y a eu sur les seuls passages à niveau plus de 100 accidents avec
presque 16 morts et toujours le choc se fait par l’avant, donc le risque
est réel, à l’image de cet accident avec un convoi exceptionnel : la
défaillance de la radio à cause d’un choc peut arriver à n’importe quel
accident.
La SNCF a reconnu d’après les syndicats dans la table ronde qu’il y
avait un problème sur le matériel et qu’elle s’engage à voir avec le
constructeur Bombardier pour arranger cela. Cependant il va falloir des
mois voire des années, alors que tous les 3 jours en moyenne il y a un
accident sur un passage à niveau, soit une multiplication exponentielle
du risque d’avoir une catastrophe avec des dizaines de mort, comme cela
aurait pu arriver ce 16 octobre avec le déraillement du TER
Champagne-Ardenne.
En fonction des secteurs, les cheminots dénoncent également des
risques sur la sécurité par rapport aux « zones blanches » qui sont des
secteurs dans lesquels aucun appel radio ne peut passer à cause d’un
manque de réseau. Ils dénoncent également en banlieue l’absence par
exemple de torche à flamme rouge, dans les cabines de conduite,
empêchant de protéger leur train en cas d’accident.
Chaque secteur est différent, avec des problématiques particulières,
cependant c’est bien la sécurité des voyageurs et des circulations qui
est en cause, mais également celle des cheminots, si rien n’est fait. La
présence d’agents d’accompagnement dans chaque train, même si cela ne
réglera pas l’accidentologie, permet aux voyageurs et aux conducteurs
jusqu’à présent seul à bord, de pouvoir effectuer les mesures de
protection nécessaire ou encore les soins d’urgences, ce que ne peut
faire un agent seul à bord, avec des dizaines de passagers. Les
passagers laissés seuls dans le TER Champagne-Ardennes, sont allés
jusqu’à défoncer les fenêtres du train pour sortir, car les portes
étaient fermés, pendant que l’agent de conduite faisait la couverture du
train pour éviter la collision avec un train de fret arrivant sur la
voie contiguë. Le système de radio étant combiné entre signal d’alerte
et information voyageur, il a été impossible pour le conducteur de faire
les annonces nécessaires pour que les voyageurs ne tentent pas de
descendre sur les voies.
Voila donc ce que qualifient de « grève surprise » le gouvernement et
la direction SNCF. Si toutefois la SNCF a annoncé ne pas mettre de
sanction disciplinaire, car elle sait pertinemment que la justice
donnerait raison dans cette affaire aux cheminots au regard de l’article
L4131-3, la SNCF comptabilise, néanmoins, les droits de retrait de
nombreux agents en absence irrégulière, ce qui est un réel affront fait
aux cheminots, qui se sont mis en droit de retrait pour des questions de
sécurité. Pour rappel en 2018 la SNCF avait contesté les modalités de
grève perlée et avait ponctionné les repos des cheminots, obligée de
rembourser suite à la décision de justice qui aura donné raison aux
organisations syndicales, qui avaient dénoncé la manœuvre.

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