Antoine Manessis
Engels a écrit "La Situation de la classe ouvrière en Angleterre en 1844", Ken Loach a filmé "Sorry we missed you",
soit la situation de la classe laborieuse en 2019.
Tout est dans ce
film sur l'uberisation du travail et ses conséquences humaines et
sociales. Ken Loach décrit avec une force et une vérité inouïes un
couple de travailleurs exploités par le système capitaliste néolibéral, elle est travaille pour des personnes âgées à domicile,
lui était ouvrier du bâtiment qui, depuis son licenciement, survit de
petits boulots et devient chauffeur-livreur de colis dans une de ces
entreprises néo-esclavagistes tel Uber ou Deliveroo etc.
Le
film analyse de façon implacable les mécanismes du système et son
discours mystificateur sur "auto-entrepreneuriat" et autres fadaises. En
fait, les êtres humains sont prisonniers de rapports sociaux d'une
violence extrême et où l'individualisation, la parcellisation et le
paiement à la tâche, brisent les travailleurs et empêchent la solidarité
de s'exprimer et de s'organiser. Même le responsable du centre, où
travaille le héros du film, se décrit comme une pièce du système et des
actionnaires qu'il sert. Comment ne pas penser au mécanisme du génocide
juif par les nazis?
Le
caractère criminel du capitalisme, destructeur des liens sociaux, des
liens familiaux est parfaitement décrit, avec beaucoup de finesse et
d'intelligence, dans le film "Sorry we missed you" qui dénonce les nouveaux mécanismes d’exploitation et de dislocation de la classe ouvrière.
La
mise en scène est d'une redoutable efficacité dans la description sans
fioriture de la réalité, les acteurs sont magnifiques de vérité,
d'humanité, de dignité.
Non seulement il faut courir voir ce film mais
il faut y envoyer famille, amis, collègues, même ceux qui croient encore
aux odieux discours sur "la start up nation" qui accompagnent la
violence criminelle du système promue par Macron et les siens.

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