Jean-Luc Mélenchon
Si l’on prend les municipales comme un évènement politique
traditionnel, tout est super simple à comprendre.
À droite, le syphon
Macroniste rencontre une résistance qui n’existe pas autant aux autres
niveaux. Les sortants de droite se déguiseront en fées clochettes s’il
le faut pour faire oublier leurs relations nationales. La statistique
préfectorale va donc regorger de « divers droite » et de « sans
étiquette ». Dans ce cas, la consigne du sommet rencontre les angoisses
de la base : il s’agit pour la macronie d’empêcher la droite
traditionnelle de reprendre pied dans le paysage politique et, de son
côté, la droite du terrain ne veut pas être engloutie dans la débâcle de
celle du sommet.
De l’autre côté, c’est encore plus simple : EELV se pense en droit
d’avoir la tête de liste absolument partout sans exception, dès qu’un
candidat s’en déclare membre. Tous les autres sont priés de participer,
le béret à la main, aux combinaisons les plus incroyables auxquelles ce
parti est prêt. On se souviendra avec émotion, j’en suis certain, des
diatribes d’autrefois contre l’hégémonisme de LFi et des dénonciations
de nos égos ! À chacun de voir sur place.
Il va de soi que le vote EELV est un puissant corrosif pour la
macronie des centres villes un peu écœurés par les éborgnements de
manifestants et par la justice d’exception à la sauce Belloubet. Les
EELV captent au centre droit et ils aident utilement à abaisser le
niveau de confiance dans la macronie qui aurait bien voulu paraître
écologiste. Ces mérites-là doivent être pris en considération.
L’inconvénient est que souvent ces EELV se montrent compatibles avec
LREM pour les deuxièmes tours et parfois même dès le premier comme à
Marseille par exemple.
Mais toute cette tambouille est l’écume des choses dans la séquence
politique. On ne peut pratiquement rien contre elle. Ni avec elle, le
plus souvent. Si nous étions sortis plus forts de l’élection européenne,
nous aurions pu jouer un autre rôle pour que ces municipales soient le
moment fondateur de cette « fédération populaire » dont le pays a besoin
en tant qu’alternative. Les électeurs ont fait un autre choix en
confiant la première place à EELV. On s’incline. EELV en fait l’usage
étroit que l’on sait. Que faire ? Nous savons que nous ne sommes pas en
état d’empêcher ce rabougrissement qui fonctionne aussi comme un passage
en force un peu partout. Mais une fois cela constaté, nos objectifs de
fond ne doivent pas changer.
Les municipales sont une étape sur la voie de la « fédération
populaire » que nous voulons faire émerger pour mener à bien le grand
changement dont le pays a besoin. Il faut faire de l’élection
municipale, partout où on le peut, un moment de progrès dans
l’auto-organisation des populations. En commençant par les délaissés de
tous, les quartiers populaires. Ceux là, une nouvelle fois, vont être
traités sur le mode compassionnel et paternaliste par les listes qui
partent à la cueillette des votes de centre-ville. Ce n’est pas toujours
facile car il n’existe pas partout de collectifs citoyens actifs et
réels. La préparation de l’élection municipale doit être une occasion de
les faire éclore sur les grands dossiers d’une commune.
Il ne faut pas opposer cette quête à la traditionnelle demande
d’unité qu’affichent les appareils politiques locaux avec leurs
« candidats naturels ». Une demande qui parle aussi parfois aux classes
moyennes des centres villes pour qui le contenu programmatique à propos
des questions sociales posées aux quartiers populaires est souvent
secondaire. La vérité est que ces catégories sont souvent en état de
sécession avec ces milieux populaires relégués. Cette « unité » peut
avoir du sens si son objet est de faire émerger une nouvelle catégorie
d’élus, représentants réels du terrain lorsque celui-ci s’organise. Elle
a du sens si elle porte un programme de rupture avec le modèle de la
ville néolibérale. C’est le moment de parler de cela même dans le court
instant d’un post de blog.
La ville n’a jamais été un espace organisé spontané et encore moins
« neutre ». Les premières villes datent du quatrième millénaire avant
l’ère actuelle. Les villes sont depuis le début le résultat d’une
volonté politique et le lieu d’un imaginaire collectif. L’espace
qu’elles contiennent est socialement découpé, organisé et hiérarchisé.
Dans l’ère actuelle, la ville contient et distribue dans l’espace les
réseaux dont dépendent la reproduction quotidienne de la vie de chacun. À
l’ère néolibérale, l’accès aux réseaux collectifs est la question
sociale de premier plan. Car la ville est le lieu où s’incarnent et
s’exacerbent les mécanismes propres à ce modèle économique. C’est eux
qu’il s’agit de briser. La spéculation foncière où la valeur d’échange
de la propriété du logement se déconnecte de la valeur d’usage. Et cela
dans des proportions qui en font une source d’hyper-accumulation sans
cause et de ségrégation sociale. La propriété privée des réseaux de base
comme l’eau, l’énergie, ou les transports. La confiscation du pouvoir
des citoyens et son éloignement dans des structures lointaines et
ségrégatives comme les métropoles, les agglomérations et autres
organisme supra-communaux.
Pour ne pas être plus long, disons enfin que la révolution citoyenne à
laquelle nous travaillons pour le pays peut et doit se nourrir de
l’élection municipale. La forme politique des listes a bien sûr de
l’importance mais le plus important est la contribution de cette
élection, du processus qui la prépare, au choc prévu en 2022 et d’ici là
aux étapes de la lutte sociale et environnementale. L’ébullition sur
les thèmes environnementaux sera aussi un moment constructif de cette
nouvelle conscience collectiviste dont nous avons besoin pour enraciner
le retour de notre famille idéologique et culturelle après
l’effondrement de la gauche traditionnelle. Au total, les élections
municipales sont locales dans leur forme mais généralistes dans leur
contenu. Elles constituent une bonne occasion de construire des contenus
et des prises de conscience. À conditions de ne pas confondre
l’exercice politicien dont elles sont le prétexte si souvent avec la
tâche que nous nous sommes fixés pour la société tout entière.
Les
municipales sont une brillante occasion de faire avancer l’idée de
fédération populaire plutôt que la succession entre notables. Tout le
reste sera oublié deux mois après.

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