Victor Ayoli
- À boire, Tavernier ! Tè, Loulle, mets ma tournée. Et du rouge bien sûr ! On fête la retraite de Bert.
- En parlant de retraite, un client m’a raconté une blague
croustillante. Ca se passe au resto. Un vieux - enfin un « sénior »
comme il faut dire maintenant – met une pièce de monnaie dans sa bouche
et l’avale. La pièce se coince dans sa gorge et le mec commence à
s’estuber. Sa meuf se lève, lui tape dans le dos, mais que dalle, rien
n’y fait. Le mec, mal barré, devient rouge comme un gratte-cul et
commence à donner des signes d’asphyxie. Sa femme gueule et demande de
l’aide. Un type se lève à la table d’à côté et avec un calme étonnant,
sans dire un mot, baisse le pantalon du vieil homme, lui attrape
fermement ses aliboffis et les tire violemment vers le bas.
Dans un hurlement terrifiant, le vieil homme, sous la douleur, recrache la pièce.
L’homme avec le même calme étonnant qu’il avait en arrivant, retourne à sa table sans dire un mot.
Revenue de sa peur et de son étonnement, l’épouse maintenant
rassurée, se lève pour remercier cet homme qui a sauvé la vie de son
mari. Elle lui demande : "Vous êtes médecin ?"
"Non Madame je suis un élu de la République en Marche. À ce titre,
mes collègues et moi pratiquons cette opération tous les jours :
Attraper les retraités par les couilles jusqu’à ce qu’ils crachent leurs
derniers sous : c’est notre spécialité".
- Ouarf ! Ouarf ! Ouarf ! Extra Loulle ! Et avec la reforme des
retraites – une de plus – not’bon président va nous serrer encore plus,
les couilles ! L’idée est de transformer tous les régimes de retraite
par annuité, en un système à point. Au lieu de travailler 43 ans pour
avoir une retraite complète, vous cotisez, et avec ces cotisations, vous
achetez un certain nombre de points. La valeur en euros du point pour
le calcul de la pension n’est connue qu’au moment du départ en retraite.
Cette valeur est unique pour la totalité des régimes de retraite :
salariés, agents du public et non-salariés.
- Mouais… Les réformes de ce type dans les autres pays européens
(Allemagne, Italie, Suède) ont eu pour effet de faire nettement baisser
le niveau de la retraite par rapport au salaire d’activité.
- C’est le but de la manœuvre. Ce que veut le gouvernement, c’est
vraiment baisser la dépense Les retraites de base représentent
250 milliards chaque année. C’est énorme Loulle. Si vous faites 4 %
d’économie dessus, vous récupérez une dizaine de milliards. C’est un
demi-point de PIB.
Cette réforme est vraiment différente de toutes les précédentes.
Jusqu’à maintenant, les gouvernements ont réformé en rendant plus
difficile l’accès à une retraite d’un niveau correct. Ils ont allongé à
43 ans la durée de travail nécessaire pour avoir une retraite à taux
plein et reculé l’âge de départ à 62 ans. Pourtant, beaucoup de gens ne
peuvent pas travailler à partir d’un certain âge. Ils ont aussi rendu
plus longue la plage qui détermine le salaire pour calculer la retraite.
Avant, c’était les 10 meilleures années, maintenant c’est 25 ans, les
deux tiers de la carrière. Cela rend plus difficile de bénéficier d’une
bonne retraite pour tous ceux qui vivent la précarité, les CDD à
répétition, les difficultés à entrer dans un emploi stable, ou pour
beaucoup de femmes qui sont à temps partiel.
- Pourtant Victor, on vit plus vieux qu’avant. C’est une réalité dont il faut bien tenir compte.
- La durée moyenne de temps passé à la retraite aujourd’hui est de 24
ans pour un départ autour de 62 ans. À partir du moment où il y a plus
de retraités et qu’on vit plus longtemps, il y a besoin de plus de
ressources, c’est indéniable. L’objectif poursuivi par le gouvernement
est que le temps passé à la retraite n’augmente pas, d’inciter les gens à
partir à 65 ou 67 ans en donnant des retraites ordinaires basses, tout
en en permettant de les améliorer en restant dans l’emploi le plus
longtemps possible. Le problème est que de nombreux salariés ne peuvent
pas rester dans l’emploi parce qu’on les lourde, on ne les garde pas !
De plus en plus de seniors sont sans revenus parce qu’ils sont au
chômage non indemnisé. Ils préfèrent ne pas avoir de ressource pour
attendre le bon moment pour partir. Dans le privé, la moitié des gens
qui partent en retraite ne sont plus dans l’emploi.
- Ouais… Il est facile de dire qu’il faut que les gens travaillent plus longtemps, mais environ la moitié ne le peuvent pas.
- Dans cette histoire, Loulle, ce qui est sûr, c’est que le
gouvernement ne dit pas comment sera décidée la valeur du point ni
quelle pourrait être sa valeur. C’est un mystère absolu. Mais on peut
penser qu’il dépendra de son bon vouloir en fonction de la conjoncture.
- Et il sera plus souvent aligné à la baisse qu’à la hausse…
- Ben voyons ! Effectivement, il y a plus de retraités et nous vivons plus longtemps. Il y avait trois solutions.
Faire en sorte d’avoir plus de ressources : qu’il y ait plus
d’emplois, plus de cotisations, moins de chômage. Ce n’est pas ce qui a
été choisi.
Une autre solution : augmenter les cotisations de retraites. Ce n’est
pas ce qui a été prioritairement choisi, elles ont augmenté, mais peu.
Ou encore, faire en sorte que les gens ne puissent pas profiter, sur
leur retraite, de l’allongement de la durée de vie. Déjà, entre 2000 et
maintenant, il y a eu un décalage de l’âge de départ qui correspond à
l’allongement de la durée de vie sur cette période.
- Aussi, ces putaings de vieux qui s’accrochent ! S’ils avaient un peu de savoir-vivre, ils mourraient dans les temps !
- Il y a d’autres solutions pour résoudre le problème des retraites. Celle illustrée par le film culte « Soleil vert » :
à partir d’un certain âge, on convoque les vieux, on les euthanasie en
douceur, musique, lumière et belles images, puis on les « recycle » en
pilules énergétiques nommées bucoliquement « Soleil vert » pour faire
bouffer une population grouillant sous le lapinisme sur une planète à
l’agonie.
Celle imaginée par Jean-Michel Truong dans « Eternity Express »
un voyage sans retour dans un train de la mort en route vers « le
meilleur des mondes », où l’on sert champagne et foie gras. Les
wagons-lits sont de grand luxe. Dedans se pressent non les enfants d’une
même race, mais ceux d’une génération : les fils du baby-boom et des
Trente glorieuses, ex-quinquas dynamiques qui, depuis certain "mardi
noir" qui mit par terre les Bourses mondiales, n’ont plus de pouvoir
d’achat – autant dire qu’ils ne sont plus personne. Ce n’est pas à la
mort, néanmoins, qu’officiellement ce train conduit les quatre cents
exilés forcés que devraient suivre quelques millions d’autres, mais
quelque part en Chine profonde, dans le somptueux village de retraite
promis par les dépliants publicitaires. Et là, à l’arrivée, c’est autre
chose qui les attend…
- Allez, Zou ! Trinquons à la retraite de Bert !

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