Jean-Luc Mélenchon
Ce jour là, la pluie tombait. Je devrais écrire : les nuages
s’effondraient sur l’Espagne. C’est la tempête Gloria. Un « épisode de
dépression » comme ils le nomment.
Des gens sont morts de froid.
D’autres ont reçu des tuiles mortelles que détachaient des rafales de
vent à plus de cent kilomètres/heure. Des immeubles se sont effondrés
sous le poids de l’eau qui s’était accumulée sur le toit. Le
toit-terrasse, cette configuration classique des constructions
méditerranéennes, est devenu une menace pour les immeubles. Un mur d’eau
s’est mis à courir sur les rivières et ruisseaux. En mer, une vague de
14 mètres est apparue. Ce n’est pas la pire qu’on ait vu. Les vagues
exceptionnelles, avant c’était 20 mètres. Dorénavant c’est 30 mètres.
Mais quand même. C’est la hauteur d’un immeuble de quatre étages…
Puis la tourmente atteint l’Aude et les Pyrénées orientales. Même
situation : le ciel s’effondre en pluies d’une incroyable densité qui
lessivent les sols imperméabilisés par les constructions humaines et sur
un environnement naturel incapable d’accueillir de telles quantité
d’eau. Comment oublier le précédent épisode de cette nature en 2018 : 14
morts, six mille sinistrés. Il était tombé autant d’eau en quelques
heures qu’en trois mois de pluie ordinaire. Cette fois-ci encore, 1500
personnes déplacées, des milliers de gens privés d’électricité, des
millions de dégâts à réparer.
L’épisode de pluie du grand sud est il y a une quinzaine est
dorénavant dépassé en intensité. Tout cela est signé : le changement
climatique est commencé. Les trombes d’eau dans le ciel viennent du
réchauffement de la mer. L’évaporation s’accentue et des nuages
surchargés se déchirent en libérant des trombes d’eau et de grêlons.
Ceux-ci déclenchent à leur tour des vents terribles. Et ainsi de suite.
Ce qui est en cause désormais : de quelle capacité de mobilisation
disposent nos sociétés pour faire face ? Cela veut dire à la fois
trouver les moyens d’en disposer sur le plan humain et financier. Mais
aussi mettre en place tout ce qui permet de s’adapter à la nouvelle
situation. Cela veut dire changer les façons de construire, de stocker,
de faire circuler. Rien de tout cela n’est possible dans le modèle
néolibéral. Dans son cadre en effet, la réparation et les secours sont
marchandisés, l’État et les services publics sont réduits à la portion
congrue. On a vu le résultat en Australie avec les feux impossibles à
éteindre parce que l’eau a été vendue à des fonds de pension et que les
unités de pompiers réduits au minimum pour que la puissance publique
puisse faire des économies. Et quand enfin la la pluie arrive, à son
tour elle tue.
Ce contexte change la nature des politiques à mettre en œuvre. Non
seulement dans leurs contenus mais aussi dans leurs méthodes.
La
politique de l’intérêt général ne peut plus être seulement
« incitative ». Elle doit devenir astreignante et contraignante face aux
résistances des intérêts particuliers.

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