Jean-Luc Mélenchon
Si engloutis que je sois par la lutte contre le projet de réforme des
retraites, je ne veux pas laisser passer le travail qu’accomplissent
les insoumis sous la conduite de Mathilde Panot...
... à propos d’un fléau
social mal connu et souvent méprisé : les punaises de lit qui gâchent la
vie de millions de gens dans notre pays.
Pour ma part, j’avais commencé
à parler du fléau des punaises de lit dans la dernière campagne
présidentielle. À l’époque, les réactions fluctuaient entre le
scepticisme et la moquerie. Depuis, c’est Mathilde Panot qui mène le
dossier au groupe des insoumis à l’Assemblée nationale. Elle connait
bien le sujet. Avant d’être élue, elle était militante associative dans
un quartier populaire de l’Essonne où sévissait le fléau. C’est elle qui
à l’époque m’avait sensibilisé au problème. Des gens riaient déjà dans
les milieux politiques.
Maintenant, plus personne n’a envie de rire. Tout le monde s’est
rendu compte de l’ampleur du problème. En un an seulement, entre 2017 et
2018, le nombre de désinsectisations recensées par la chambre syndicale
de désinfection, désinsectisation et dératisation a augmenté de 100%.
Des bâtiments publics comme des bibliothèques, des écoles ou même des
salles de cinéma ont été infectés. Des situations inextricables ont été
déclenchée faute d’avoir pris à temps des mesures contre la propagation
du phénomène. À l’étranger, comme à New York aux USA, c’est par millions
que se comptent les victimes de la contamination. Lutter est devenu un
impératif. Encore faut-il faire admettre la nature du problème posé.
Notre premier objectif est de faire rentrer dans toutes les têtes que
l’invasion de punaises de lit n’est pas un problème d’hygiène
personnelle. C’est une question de santé publique. C’est le but de la
campagne lancée en commun le 3 juillet dernier avec les associations
Droit au Logement (DAL), Confédération Nationale du Logement (CNL),
Consommation Logement Cadre de Vie (CLCV) le collectif marseillais La
Cabucelle. Pour l’instant, les punaises ne sont pas considérées comme un
sujet de santé publique par l’État parce que ces petites bêtes ne
transmettent pas de maladies. Mais c’est en train d’être remis en cause
par une étude d’un professeur de La Timone à Marseille qui a mis en
évidence que la punaise pouvait transmettre une bactérie provoquant des
attaques cardiaques. De toutes façons, c’est un problème lourd de
trouble de la santé mentale. La présence chez soi de punaises de lit
engendre des crises d’angoisse, un état d’hyper vigilance, des insomnies
ou de la paranoïa.
Tout cela est renforcé par le modèle économique et social dans lequel
évoluent les populations concernées. D’abord, l’extrême et soudaine
prolifération des punaises est causée par le tourisme de masse qui
semble être un des plus puissants diffuseurs du fléau. L’apparition des
Airbnb, ces appartements où les touristes se succèdent sans que des
professionnels ne passent nécessairement entre les séjours comme dans un
hôtel. C’est aussi un résultat de la chute de la biodiversité. Les
prédateurs des punaises de lit sont de moins en moins nombreux et donc
leur expansion n’est plus régulée.
Cette crise sanitaire a aussi des racines sociales. Une
désinsectisation coûte entre 250 et 1000 euros. Sans compter les frais
de lavage voir d’éventuels rachats de meubles à faire ensuite. Pour les
familles pauvres, c’est tout simplement impossible. Le plus souvent,
elles essaient de traiter elle-même le problème. D’abord cela donne de
mauvais résultats et favorise donc la contagion. Ensuite, elles
utilisent souvent des produits chimiques sans protection, ce qui est
dangereux pour la santé. Enfin, on constate aussi de nombreux cas
d’abandon dans la rue de meubles infectés.
Le 25 novembre 2019, Mathilde Panot a présenté à Marseille une
proposition de résolution qui demande la mise en place d’un plan global
de l’État pour lutter et éradiquer les punaises de lit. Ce plan comporte
d’abord la revendication d’une reconnaissance comme problème de santé
publique. Cela doit permettre une meilleure surveillance du sujet par
les services de santé, ou encore des indemnisations pour les victimes.
La vice-présidente du groupe des insoumis a déjà écrit plusieurs fois à
la ministre de la Santé dans ce sens. Avec pour seule réponse pour
l’instant que celle-ci a commandé un rapport.
Mais notre action n’est quand même pas sans effet puisque depuis, les
députés LREM ont créé un groupe de travail spécifique sur le sujet. Le
but est bien sûr d’empêcher notre identification avec la résolution d’un
problème aussi présent dans le pays. Pourquoi pas, s’ils reprennent nos
propositions ! Voici donc les autres. Il faut bannir des méthodes
utilisées contre les punaises les produits chimiques. Non seulement ils
sont dangereux pour l’homme mais ils ont déjà rendu 90% des punaises
résistantes à leurs effets. L’État doit donc développer des
interventions à la chaleur sèche, qui est une autre méthode très
efficace contre les punaises. Par ailleurs, nous demandons l’encadrement
des prix des interventions de désinsectisation et la création de
services publics municipaux qui pourraient intervenir gratuitement quand
il y a besoin. De cela il ressort qu’il n’est pas possible de régler le
problème sans commencer par prendre en compte ses dimensions
économiques et sociales.
La santé publique reste une question sociale et
politique dans tous ses aspects. Et le fléau des punaises de lit n’y
échappe pas.

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