Mathieu Morel
Tout a été dit de cette pathétique séquence, qui en suivait
une autre, non moins pathétique.
Tout et n’importe quoi aussi, parce qu’il faut
bien être honnête. C’est toujours avec un peu de recul qu’on mesure mieux la
vraie profondeur des grands hommes.
Ce qu’il y a de singulier chez notre auguste
prince-enfant-philosophe-roi, c’est que pour saisir la sienne, il suffit
en général de quelques jours, heures voire minutes. Le temps d’écrémer
la mousse et encore… en espérant que les bulles n’éclatent pas trop
rapidement, sinon il n’en reste rien. Dans l’uber-monde éphémère, faire
du bruit avec sa bouche, c’est déjà s’inscrire dans l’Histoire. Sur
Instagram ou à l’Elysée, peu importe : ce ne sont jamais que des
vecteurs, de simples décors interchangeables pour le grand théâtre de
leurs vacuités aussi satisfaites qu’insatiables. Lorsqu’on tentera un
jour de compiler ses contributions à l’esprit des Lumières, on aura
peut-être du mal à le hisser plus haut que le petit con qui joue avec
les interrupteurs. On ne pourra pourtant pas faire l’impasse : il est
entré dans l’Histoire de France. Par effraction, par imposture,
par incongruité, par veulerie collective… mais quelque chose, au-delà
de lui, lui a permis d’y entrer, dont il faudra aussi faire le procès,
le moment venu.
Or, juste après son numéro grotesque d’ersatz low-cost
sous-chiraquoïde (qui justifierait déjà, à lui seul, qu’on passe tous ses
professeurs de théâtre par les armes), voilà que l’éminent marque-page
autoproclamé de Paul Ricoeur s’est piqué de livrer ses fulgurances pénétrées
dans l’avion qui le ramenait de Jérusalem. On pourra toujours invoquer
l’ivresse des cimes ou le manque d’oxygène, c’est un truc assez
« prisé » – si on ose dire – des progressistes « in ze wind » :
sitôt perchés dans un avion, ils se mettent à déblatérer comme si leur cerveau
était nourri à l’hélium. Un certain François, avant lui, a montré un peu le
chemin. Et si ça n’était que ça, on pardonnerait de bon coeur. Parce que, quoi
qu’en disent tous ceux qui s’acharnent à nous persuader que « Vichy c’était
nous » pour mieux nous faire oublier que, décidément sans cesse, la
capitulation c’est eux seuls, nous ne sommes pas si mauvais bougres. Même quand
on leur demande de ne pas capituler, ils nous expliquent que c’est « pour
notre bien ». Et si on insiste, ils se mettent à nous traiter de traîtres
ou de terroristes. Et pour finir, à chaque fois qu’on se libère, sans eux voire
malgré eux, ils trouvent le moyen de geindre que « tout ce malentendu
aurait pourtant tellement pu être évité par le DIALOGUE et les mains
tendues ». Ah ! La fameuse barbarie des épurations… comme si elles
n’étaient pas consécutives à des périodes un peu longuettes où le dialogue, ils
nous somment doctement de nous le carrer où personne n’ose penser et où la main
tendue, c’est surtout la droite, très haut.
Et la « dictature » alors ? Il aurait pu dire bien
des choses, en somme, s’il avait eu un peu de lettres et d’esprit (et un
« socle de connaissances » – puisque c’est ainsi qu’on nomme désormais
la toise au-dessus de laquelle on tire à vue – qui dépasse un peu le niveau
CP). Mais l’escroc ne fait que des bulles (et même pas papales). Il n’en est
même pas vraiment blâmable : il n’a rien appris d’autre dans son cursus. Un
« dictateur », pour lui, c’est évidemment un méchant à moustache qui
sacrifie des innocents en ricanant d’aisance.
Dans sa culture politique, Hergé
est tout de même beaucoup plus nazi que Casimir. Et ça ne va pas chercher plus
loin. Le reste est à l’avenant. Il aurait même pu, avec un peu de lettres et
d’esprit, démontrer que nous n’étions pas en « dictature ».

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