Corinne Rozenn
À ce niveau-là, ce n’est plus de l’irrespect.
On s’imagine la scène : le
président reçoit le mathématicien pendant une heure, à l’Elysée, ce
dimanche, pour lui demande de se ranger derrière Benjamin Griveaux.
Droit dans ses bottes, Villani lui répond qu’il peut aller se faire
voir.
Macron avait assuré qu’il ne se mêlerait pas du scrutin municipal,
soi-disant parce qu’il s’agit d’enjeux locaux. En réalité, le président
n’a pas envie de s’impliquer dans un dossier électoral sur lequel LREM
risque de se prendre une sacrée dérouillée. Et le climat de détestation
alimenté depuis le début du mouvement de contestation du projet de
contre-réforme des retraites ne risque pas d’améliorer la chose.
Cependant, Macron a tout de même essayé de désamorcer la bataille
fratricide qui se joue, dans son camp, autour de la candidature à la
mairie de Paris et qui hypothèque très sérieusement les chances de la
macronie dans la capitale, où LREM avait pourtant fait 30% au premier
tour, en 2017.
Macron a donc pris une heure de son précieux temps jupitérien,
dimanche, pour recevoir Cédric Villani, pour lui demander de se
« rapprocher » de Benjamin Griveaux. Sans être dans le secret des dieux,
on imagine aisément le deal qui était proposé : une jolie place sur la
liste, juste derrière Griveaux, et une jolie place dans l’organigramme
municipal, pour Villani et les siens, en cas de victoire. Du
« gagnant-gagnant », pour parler en langage macronien.
Mais Villani est sorti de l’entretien plus remonté que jamais, se
lançant même dans une déclaration fracassante, extrêmement insultante
pour la figure présidentielle : « Aujourd’hui, j’acte une divergence
majeure (…). Entre l’appartenance à un appareil politique et
l’engagement pour la ville qui m’a fait, je choisis de rester fidèle aux
Parisiens en maintenant ma candidature librement ». Entre la
fidélité à un président qui l’avait fait député et sa petite aventure
électorale qui ressemble fortement à un cambriolage en bonne et due
forme de l’Elysée, Villani choisit la seconde option.
Selon un proche de Macron, cité par Le Monde, il s’agirait d’un « gigantesque bras d’honneur fait au président ».
Les conseillers de la macronie ont le sens de la formule et de
l’euphémisme. En langage courant, quelque peu vulgaire, certes, on
appelle ça « chier dans les bottes ».
La décision de Villani relève de tout sauf du coup de tête, comme le
voudraient certains. C’est le fruit d’un véritable calcul politique fait
par une une girouette qui, en 2014, soutenait Hidalgo, en 2017 Macron,
et en 2020, lui-même. Au-delà de ça, le manque de savoir-vivre et de
politesse de Villani indique combien l’autorité de la présidence est
mise à mal, y compris dans ce qui est censé être son propre camp. Pour
quelqu’un qui ne voulait pas s’impliquer dans le débat municipal, voilà
Macron servi…
Mais il pourra toujours se consoler en relisant, avant de
se coucher, l’avis du Conseil d’Etat sur sa réforme des retraites qui
est, lui aussi, un autre exemple assez parlant de son autorité écornée.

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