Jean-Luc Mélenchon
Serait-ce la fin des haricots pour Macron ? Ça y ressemble beaucoup
en tout cas.
Son projet de retraites à points a réussi à unir les
milieux populaires ouvriers, les cheminots, les électriciens, les
gaziers, les portuaires et les dockers, les égoutiers et des pans larges
des classes moyennes et moyennes supérieures allant des enseignants
jusqu’aux avocats. Tous demandent le retrait pur et simple du projet de
loi. Mais les ennuis continuent à arriver pour Macron. Ce sont désormais
les patrons eux-mêmes qui critiquent ouvertement la réforme. Bien sûr
eux ne critiquent pas le principe de la retraite à points. Ils sont tout
à fait d’accord pour faire travailler les ouvriers, les
aides-soignantes, les dockers ou les femmes de ménage jusqu’à 65, 66 ou
67 ans. Ils sont raccord avec l’article 55 du projet de loi qui fera
payer aux retraités les prochaines crises économiques. Ils applaudissent
des deux mains le gouvernement quand celui-ci exclu de revenir sur les
10 milliards d’euros d’exonérations de cotisations qui leur ont été
offertes. Mais ils craignent pour leurs cadres dirigeants.
Le projet de loi
prévoit, à son article 13, de ne plus faire payer de cotisations et de
ne plus verser de pension dans le cadre du système par répartition
au-dessus de 10 000 euros par mois. J’ai déjà expliqué sur ce blog
en quoi il s’agit d’un cadeau pour les fonds de pension. Les personnes
concernées se tourneront vers la retraite par capitalisation pour
maintenir leur niveau de revenu à la retraite. C’est l’ouverture d’un
marché pour les fonds privés comme BlackRock, co-inspirateur, avec la
Commission européenne, de cette réforme. Cette opération est un nouveau
très gros cadeau de Macron pour le capitalisme financier. Pour les
caisses de retraites, cela représentera un trou de 7 milliards d’euros
par an.
Mais si ce mitage par le haut du système par répartition plaît aux
patrons du capitalisme financier, ce n’est plus le cas du reste du
patronat. Eux commencent à s’affoler. Car les cadres concernés dans
leurs entreprises, très peu nombreux – 240 000 personnes – sont aussi
très mobiles. Et la sortie d’une partie de leurs revenus du système par
répartition va entrainer pour eux une perte sèche immédiate. Par
conséquent, ils vont faire jouer auprès de leurs employeurs la
concurrence pour obtenir des compensations sonnantes et trébuchantes.
Geoffroy Roux de Bézieux, le chef du Medef, l’a dit clairement lors de
son audition devant la commission spéciale : « on aura un problème
d’employeur vis-à-vis de ces gens là ». Il sait qu’il va devoir passer à
la caisse. Et ça, les patrons n’aiment pas beaucoup.
Pour l’UIMM, la branche patronale de la métallurgie, les choses sont
encore plus claires. Ces patrons demandent carrément le maintien de la
retraite par répartition pour tous les salaires. Et donc est bien obligé
de reconnaitre que la solidarité est plus efficace et plus souhaitable
que le chacun pour soi. Qu’ils tâchent de s’en souvenir la prochaine
fois qu’ils auront des idées pour demander des reculs des droits sociaux
pour les travailleurs, la destruction d’autres pans de notre modèle
social ou la privatisation des services publics. Mais n’espérons pas
trop.
En attendant, le socle de Macron s’est rabougri à son essence la
plus étroite et la plus pure : la frange financiarisé du capitalisme
global.

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