Georges Camac
Le conseil d’Etat a suspendu la circulaire Castaner qui prévoyait de
faire disparaître la couleur politique des listes dans les villes de
moins de 9.000 habitants, estimant avoir des « doutes sérieux » sur la
légalité de la circulaire.
C’est un nouveau camouflet que vient d’infliger le Conseil d’Etat au
gouvernement, quelques jours seulement après ses sévères critiques sur
le projet de loi de réforme des retraites. Cette fois-ci, c’est la
circulaire Castaner qui est visée. Elle demandait aux préfets de
n’attribuer qu’une couleur politique aux listes déclarées dans les
villes de moins de 9000 habitants. Concrètement cela revenait à faire
disparaître 96% des communes et 50% des électeurs des résultats des
municipales, c’est-à-dire les endroits où LREM dispose d’une
implantation quasi nulle. La circulaire prévoyait également d’attribuer
le label « liste divers centre »(LDVC), décompté en faveur du parti
gouvernemental « aux listes de candidats qui, sans être
officiellement investies par LREM, ni par le MoDem, ni par l’UDI, seront
soutenues par ces mouvements ».
La ficelle était donc bien trop grosse pour que la stratégie de LREM
ne soit pas visible. Même si le gouvernement s’en défend, il s’agit de
manipuler les résultats électoraux pour relativiser la difficulté
prévisible des listes LREM lors des prochaines élections municipales.
C’est pourquoi le Conseil d’Etat a suspendu la circulaire en exprimant
de sérieux doutes sur sa légalité. Rappelons à ce titre que le Conseil
d’Etat est une institution tout sauf démocratique : cet organisme est
composé de fonctionnaires qui sont tous passés par l’ENA et sont
recrutés de manière discrétionnaire par l’institution. Mais ils ne
pouvaient laisser passer un cas aussi évident de manipulation
électorale.
En réalité, si le gouvernement est, pour l’instant, obligé de
rétrocéder, c’est surtout par la levée de boucliers qu’a suscité cette
mesure antidémocratique. En 2019, l’avis défavorable du Conseil d’Etat
n’avait pas empêché la loi anti-casseurs, qui restreint notamment le
droit de manifester, d’être validée. Elle n’a pas empêché non plus la
répression policière de s’abattre sur les manifestations, ou la
banalisation des procédures exceptionnelles pour faire adopter la loi
(procédures accélérées, ordonnances ou 49-3).
La seule manière de
freiner l’autoritarisme au pouvoir incarné par Macron, ce sera bien par
la mobilisation collective, comme l’ont fait durant 50 jours les
grévistes de la RATP et de la SNCF, qui ont réussi à tellement affaiblir
Macron que celui-ci est tenté de maquiller les résultats électoraux à
venir.

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