Claude-Marie Vadrot
Une habitude alimentaire chinoise sans doute responsable de l'épidémie
de coronavirus et de la disparition prochaine de ce mammifère victime
d'un trafic international.
L'une
des « vertus » de l’épidémie provoquée par le Coronavirus – le mot
pandémie fait encore peur – aura été de rappeler que l’un des principaux
responsables de ce qui peut encore devenir un désastre planétaire, est
un petit mammifère de trois à quatre kilogrammes nommé le pangolin. Les
différentes espèces de pangolin vivent essentiellement en Afrique, en
Asie du Sud-est et en Amérique du Sud. Autrefois appelé « fourmilier »,
il se nourrit surtout d’insectes qu’ils attrape avec sa langue.
Les pangolins ne sont présents en Chine que sur les marchés parce que
les Chinois raffolent de sa chair ; et aussi parce que les grosses
écaillent, dont ce petit animal est recouvert, ont la réputation d’avoir
des propriétés médicinales et des vertus aphrodisiaques. Lesquelles
sont aussi illusoires, par exemple, que la bile d’ours brun prélevée
dans des « fermes » où ils sont en permanence torturés, un cathéter
recueillant ce liquide.
Pour le pangolin, la méthode est encore plus radicale. Il fait depuis
des années l’objet d’un commerce international illégal interdit que les
spécialistes douaniers de nombreux pays tentent d’enrayer. En vain
puisque l’association TRAFFIC, créée en 1976 en Suisse par le
WWF et travaillant souvent avec Interpol, explique qu'au cours des vingt
dernières années près d’un million de ces animaux ont été vendus en
Asie du Sud-est, essentiellement sur le territoire chinois. Un chiffre
qui se base sur les saisies opérées dans les aéroports de Malaisie, de
Singapour et du Vietnam.
Le pangolin en voie de disparition
On aura une idée de l’ampleur de ce désastre avec le chiffre de ce
trafic, qui rapporte encore plus que celui de la poudre de cornes de
rhinocéros, avec le montant des saisies douanières effectuées dans ces
trois pays : près de 100 000 kilogrammes d'écailles entre 2017 et 2019.
Depuis les années 70, les naturalistes estiment qu’au moins deux
millions de pangolins, toutes espèces confondues ont été éliminées. Au
point que l’espèce est désormais en voie d’extinction. Malgré la
protection et les interdictions édictées par la Convention
internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées (CITES)
mise en place en 1975.
La progression de ce trafic de pangolins a été d’autant plus intense
que la raréfaction a régulièrement fait grimper les prix, comme pour les
autres contrebandes d’animaux, et que les risques judiciaires sont bien
moindres que pour les drogues. Ce qui explique que ce commerce
représente chaque année une vingtaine de milliards d’euros.
L'hypothèse de chercheurs chinois
Si le pangolin, qu’il s’agisse de la viande ou de ses écailles, est
lié au virus en cours, c’est tout simplement que les chercheurs chinois
ont expliqué dans les premiers jours de la crise, que le franchissement
de la barrière animal-humain par un nouveau virus avait était été
franchi sur un pangolin. Logique puisque dans la région concernée, il se
consomme plus de viande de cet animal que dans d’autres régions de
Chine. Ce qui explique que l’hypothèse de la transmission par les
chauves-souris ait été officiellement abandonnée. Bien que ce petit
mammifère ne soit pas plus aimé en Chine qu’en France.
Mais, peut-être que la crise en cours permettra au moins de sauver le pangolin…

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