Olivier Cabanel
Rien ne va plus dans l’étrange monde de la macronie... les
ministres s’offusquent du peu d’intérêt que leur porte leur président.
Certains sont sur le départ, d’autres cherchent des solutions de
sortie, mais dans l’ensemble, c’est la ministrose qui s’est invitée au
sein du conseil des ministres, et dans la macronie dans son ensemble.
Il semble bien que le 1er personnage de l’état soit
particulièrement doué pour faire le vide autour de lui, certains
ministres se sentent incompris, d’autres ignorés, voire méprisés.
Au-delà de ceux qui ont déjà fait leur valise, et de ceux qui la préparent, ceux qui sont encore là, s’inquiètent.
Jean-Yves Le Drian a tiré le 1er, c’était en décembre 2018, lui reprochant ouvertement de réformer par le haut. lien
Il faut reconnaitre que Jupiter gère le conseil des
ministres de façon cavalière : lorsqu’il est agacé par une intervention,
il fait circuler des petits papiers, et s’il faut croire Géraldine Wœssner et Hugo Domenach qui s’expriment à ce sujet dans les colonnes du « Point », « mais
il faut ensuite que l’intéressé réclame un « tête à tête » avec le chef
de l’état, pour être fixé sur la ligne politique qu’il convient
d’adopter ». lien
Un ministre se lâche : « il commence à avoir tous les symptômes de Sarko, il méprise les gens, il les toise de son intelligence ».
Il ne se gêne plus pour affubler les uns et les autres de surnoms
désobligeants, et les noms d’oiseaux volent plus souvent qu’à leur tour à
l’Elysée.
Comme l’écrivent les 2 journalistes : « ... l’acte II du
quinquennat serait-il donc aussi celui de l’abandon de la bienveillance
présidentielle à l’égard de ceux qu’il a lui-même choisis pour
gouverner ».
Le collaborateur d’un ministre s’amuse à l’imiter : « c’est moi le Roi, et ce sont mes députés, mes gens ».
Un ancien poids lourd de la macronie affirme : « les ministres disent de lui qu’il se caresse devant les miroirs ».
Pas de doutes, le malaise s’est invité au gouvernement, et il est bien réel.
L’un des proches de l’Élysée, Jean-Marc Borello en l’occurrence porte un jugement cruel sur Matignon et ses ministres : « à
Matignon, ils ne savent pas manager. Si vous prenez des gens brillants
et que vous les faites travailler sans coordination, il y a forcément
des couacs. Et on les a épuisés : tous travaillent comme des fous. Il
faut prendre du temps pour travailler ensemble, réfléchir, prendre un
verre...se parler ».
Bref, c’est la déprime générale dans les ministères, et les ministres ne savent plus que faire pour se rendre utile.
Et puis certains n’ont peut-être pas oublié de quelle façon
humiliante certains ministres avaient été auparavant sèchement
remerciés.
Ils avaient pour nom Jacques Mézard, Françoise Nyssen, Stéphane Travert, Delphine Gény-Stephann...
Nyssen payait probablement son manque de charisme, et surtout
les travaux litigieux dans les locaux parisiens de sa maison d’édition
« Acte Sud »...Travert paya son affrontement ouvert avec Hulot, lors du débat sur les pesticides... et on sait combien Macron tentait de se mettre les écolos dans la poche... en vain manifestement. lien
Un macroniste influent n’a-t-il pas déclaré : « ils se disent (les ministres ndlr)
qu’est-ce que j’ai à proposer au président ? Est-ce qu’il est de
droite, de gauche ? Ils ont du mal à le percer, ils n’ont pas de
boussole ».
Le cas d’Agnès Buzyn est révélateur.
Elle qui ne voulait pas se présenter à Paris, convaincue que
sa place était de rester « à la santé », a fini par renoncer, et
accepter sa mission parisienne pour ne pas fâcher Jupiter, même si pour
donner le change, elle a affirmé, « j’y vais, j’en ai envie ». lien
Mais qui est dupe ?
Bruno Le Maire s’est énervé : « qu’on s’occupe plus des
Français, et moins de politique, c’est tout ce que j’ai à dire. Evitons
les commentaires intempestifs. La meilleure réaction s’est de se taire ».
Fermez le ban.
Un conseiller de ministre enfonce le clou : « personne ne se
sent aidé, soutenu, porté... on pensait que Macron aurait une autre
façon de gouverner : là, c’est vraiment technocratique ».
Tout ça provoque un immense gâchis : de nombreuses réformes sont
gelées. Et le président a si peu confiance en son gouvernement qu’un
rien peut remettre en question une réforme pourtant préparée de longue
date.
Et les critiques pleuvent à l’encontre de Macron : les 2 journalistes du Point relèvent : « inviter
Villani à l’Élysée et le laisser envoyer paître tout le monde à la
sortie, un dimanche soir, alors qu’il n’y a rien d’autre dans l’actu,
rien à la télé, c’est inconscient » a déclaré le membre d’un cabinet ministériel.
Les marcheurs de sensibilité de gauche, ceux qui avaient rejoint En Marche dès la 1ère heure se sentent ignorés, mis sur la touche, et constatent que ceux qui venaient de LR sont bien mieux traités.
La division serait donc En Marche ?
Il faut tout de même se rappeler qu’avant son élections, nombreux de
ses futur ministres s’étaient durement lâchés sur Macron : de Lemaire, à Darmanin, en passant par Philippe, et Bayrou, ils n’étaient pas tendres à l’époque. lien
Pour Clara Carlesimo, s’exprimant dans les colonnes de « Gala Politique » « Emmanuel
macron est cassant, méprisant, ses ministres n’en peuvent plus, après
lui avoir longtemps voué une admiration sans borne (...) la réforme des
retraites, c’est justement le sujet qui a cristallisé les mauvaises
relations entre Emmanuel Macron et ses ministres ». lien
Pas étonnant dès lors que certains candidatent dans telle ou telle mairie, tel le 1er ministre, qui postule au Havre...au cas où...
Certains, plus visionnaires, ont claqué la poste du ministère, tel Gérard Collomb, qui, lorsqu’il a quitté son poste, a déclaré, sans langue de bois : « c’est
la loi du plus fort qui s’impose, celle des narcotrafiquants et des
islamistes radicaux, qui a pris la place de la République (...) il faut
une vision d’ensemble car on vit côte à côte, moi je crains que demain
on ne vive face à face ». lien
La situation se complique encore un peu plus, depuis que Macron
a montré du doigt ses propres députés, les qualifiant d’inhumanité,
alors que ceux-ci n’avaient fait que suivre la consigne donnée par le
gouvernement.
Depuis, un député n’a pas hésité à évoquer une vraie fracture entre certains élus et le chef de l’état.
Certains ont dit leur « colère d’avoir été envoyé au front, et lâchés », un député allant jusqu’à affirmer que « l’emballement médiatique a été créé par Emmanuel Macron lui-même ».
Un autre s’est ému : « ça me touche dans mon honneur »...et Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM a conclu : « il s’agit d’une erreur de management du gouvernement et du groupe ».
D’autres n’hésitent pas à s’en prendre à Muriel Pénicaud « trop techno (...) elle fait chier tout le monde », l’intéressée reconnaissant « nous sommes nombreux à prendre cher »... lien
Serait-elle sur un trône éjectable sous peu ?
En tout cas, Macron la juge fautive. lien
Mais si ce malaise est si perceptible dans le monde de la macronie,
n’est-ce pas d’abord la raison de la chute dans les sondages que le
locataire de l’Élysée subit depuis la mi-2019 ?
Après 2 ans de mandat, sa côte était tombée à 32%, battant (sauf dans le cas Hollande) tous ses prédécesseurs.
L’affaire Benalla est passée par là, ainsi que la crise des
gilets jaunes, qui perdure, mais c’est probablement la réforme sur les
retraites qui le plonge encore plus dans le rouge.
Ce qui apparait aujourd’hui, à l’image de la rupture au conseil des
ministres, entre ceux de droite, et ceux de gauche, c’est la perte de
soutien de l’électorat socialiste, passant de 88% en 2017 à 31% en avril 2018.
Ce n’est donc pas une surprise si le sondage BVA lui attribuait en avril 2019 la note de 7,1 sur 20...lien
Et la chute s’aggrave, puisque sa cote continue de s’effondrer aujourd’hui : le sondage du 20 janvier dernier le donne à seulement 30% d’opinions favorables...et ce sont surtout les jeunes électeurs qu’il a perdu ces derniers temps (–11 points). lien
Comme dit mon vieil ami africain : « le putois ne sent pas l’odeur de ses aisselles ».


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