Paul Morao
Face à une crise sanitaire qui ne va qu’en s’aggravant, Macron n’a pas
dit un mot sur les masques, respirateurs ou tests.
En lieu et place, des
« promesses » lointaines pour l’hôpital public qui n’engagent à rien.
En revanche, Macron promet une Opération Résilience qui verra l’armée
déployée dans le pays et dans les colonies où elle pourrait… « soutenir
les forces de sécurité intérieure ».
En visite à l’hôpital de campagne de Mulhouse, Emmanuel Macron a
délivré hier une nouvelle allocution. Pour l’occasion, le chef du
gouvernement a repris un ton martial, en harmonie avec le décor des
tentes militaires, pour tenter de réentraîner derrière lui la population
dans une « unité nationale » qui semble s’effriter un peu plus chaque
jour.
En effet, depuis la semaine dernière, sa gestion déplorable est
pointée du doigt par beaucoup. Politiques de casse de l’hôpital public,
absence de campagne massive de dépistage, mensonge sur les stocks
stratégiques de masques, priorité accordée à l’économie à tout prix :
les critiques pleuvent, à commencer par les soignants qui promettent au
gouvernement de lui demander des comptes une fois la crise passée.
L’objectif principal de son allocution : chercher à masquer sa
gestion catastrophique de la crise sanitaire qui commence à se voir de
plus en plus, comme en témoigne la chute très importante de confiance en
l’exécutif. Comment ? En brossant dans le sens du poil les soignants,
et l’ensemble de la population, en adressant des « promesses »
lointaines pour la santé publique. Des promesses qui n’engagent que ceux
qui y croient comme en a témoigné encore récemment les annonces sur le
budget de la recherche qui cachaient… en réalité une diminution.
Rien pour la santé, à part la lointaine promesse d’un « plan massif »
Sur le terrain des mesures concrètes et en gage de sa bonne volonté
Macron a évoqué la majoration des heures supplémentaires ainsi qu’une « prime exceptionnelle », tout en agitant une promesse bien floue, celle d’un « plan massif d’investissements et de revalorisation des carrières pour notre hôpital ».
Une perspective lointaine et qui risque de ne pas convaincre, alors que
les soignants réclament de façon urgente des moyens supplémentaires à
la hauteur de l’effort qu’exige la situation.
Si le gouvernement a par ailleurs remercié la réserve sanitaire, il
n’a décliné aucune mesure de mobilisation des cliniques privées ou de
réorientation de la production pour augmenter les moyens en respirateurs
artificiels. Il n’a annoncé aucuns moyens supplémentaires pour payer
décemment les étudiants infirmiers réquisitionnés qui reçoivent 1,4€ de
l’heure. Pour le concret, il faudra donc regarder sur le terrain
militaire, du côté de l’armée.
Opération Résilience : la militarisation de la gestion de l’épidémie
En conclusion de son discours, Macron a annoncé le déploiement de
l’armée en France et dans les territoires d’Outre-Mer. Dans le cadre
d’une Opération intitulée « Résilience », celle-ci « sera entièrement
consacrée à l’aide et au soutien aux populations, ainsi qu’à l’appui
aux services publics pour faire face à l’épidémie, en métropole et en
Outre-mer, en particulier dans les domaines sanitaire, logistique et de
la protection » a expliqué Emmanuel Macron.
Alors que cela avait été évoquée comme une rumeur au moment de
l’annonce du confinement, le gouvernement a donc décidé de déployer
l’armée sur l’ensemble du territoire métropolitain mais aussi dans les
colonies. « Le porte-hélicoptère amphibie Mistral sera ainsi déployé
dans le sud de l’Océan indien et le porte-hélicoptère Dixmude ira se
positionner dans la zone Antilles-Guyane » a déclaré le chef de
l’Etat. Un déploiement des forces militaires dans les colonies comme une
manière de « rétablir » la « grandeur de la France », de mettre en
avant les moyens militaires d’un Etat impérialiste qui contrastent
fortement avec une gestion catastrophique, et avec des moyens
archaïques, de la crise.
Pas de mesures d’urgences pour les hôpitaux, mais un déploiement
militaire « immédiat » massif en « soutien à la population ». Pourtant,
ce que n’a pas dit Macron c’est que, selon les informations de France Info, cette force militaire pourra aussi se déployer en « soutien aux forces de sécurité intérieure »,
une formulation suffisamment floue, qui pourrait laisser ouverte la
possibilité d’une participation des forces armées au maintien de
l’ordre ?
Si les contours de ce déploiement restent flous, la présence de
l’armée se démultipliera donc, comme un complément aux mesures
autoritaires votées par Macron dans l’état d’urgence sanitaire. A
l’heure où la gestion de la pandémie appelle centralement à des mesures
d’ordre sanitaire, pour dépister massivement, soutenir le personnel
soignant, augmenter le nombre de lits en réanimation, c’est à la
réaffirmation symbolique et pratique de l’état de guerre que se consacre
Macron.
Une « unité nationale » fissurée par les « divisions »
Lorsqu’on engage une guerre, on s’y engage tout entier, on s’y mobilise dans l’unité »
a finalement insisté, évoquant à nouveau l’« union nationale » qui
avait été au cœur de son allocution du 16 mars. Mais face aux tensions
dans la situation, et à l’absence de mesures réelles pour répondre à
l’épidémie, cette unité ne peut apparaître qu’incantatoire. En ce sens,
la dénonciation des facteurs de « division » et contre « toutes celles et ceux qui voudraient facturer le pays » exprime avant tout une forme d’impuissance du gouvernement à convaincre la majorité de la population.
C’est cette difficulté à masquer une gestion catastrophique de la
crise sanitaire – liée notamment à la volonté de privilégier absolument
la production - qui érode toujours plus une « union nationale » déjà
fragile, et que le gouvernement se retrouve à tenter de combler par une
offensive sur le terrain autoritaire.

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