Claude-Marie Vadrot
Un légume venu de loin pour coloniser l'Europe.
Il y aura bientôt une cinquantaine d’année quand j’ai commencé à
bêcher mon jardin des environs de Gien, dans la Loiret, je ne savais pas
grand-chose de la terre, ayant oublié ce que j’avais vu et essayé dans
la ferme morvandelle de mes grands parents. J’ai vite compris que je me
créais une addiction qui dure encore et qui m’a servi d’antidote à
chaque retour de couverture journalistique d’un conflit armé lointain,
de la guerre du Bangladesh aux Balkans en passant par la Tchétchénie ou
le Rwanda. Le jardin potager et fruitier, c’est une ascèse, un remède,
un plaisir et une façon de se nourrir. Deux fois par semaine je
raconterais ce que je fais, ce que cela m’inspire et à quoi cela sert.
Cette deuxième chronique s’intéresse donc aux haricots. Le pluriel
est de rigueur car les variétés en sont nombreuses mais elles se
cultivent à peu près toutes de la même façon. Je les sème une première
fois pendant le mois d’avril c'est-à-dire quand la terre est
suffisamment réchauffée. Le sol du jardin doit être au dessus d’une
dizaine de degré à la plantation et au cours de la dizaine de jours, le
temps que le haricot germe et sorte de terre. Règle qui s’applique à
toutes les variétés. Les haricots se sèment en ligne séparée d’une
quarantaine de centimètres mètre et à deux centimètres de profondeur.
Soit je dispose les grains tous les 6 à 8 centimètres les un des autres
soit dans ce que l’on appelle des « poquets » espacés d’une de quarante
centimètres, des petits trous dans lesquels on dispose cinq haricots.
Quand les pieds de haricots nains ont atteint une quinzaine de hauteur,
il faut les butter pour renforcer leurs tiges en ramenant la terre de
chaque côté de la plante : ce qui les aide à supporter le vent et le
poids des gousses. Le jardinier qui aime ce légume peut en semer tous
les 15 jours jusqu’à le fin du mois de juillet pour faire des récoltes
jusqu’à la fin de l’été.
Mais selon vos gouts et la grandeur du jardin, les haricots seront
nains ou à rames (grimpants et s’enroulant sans aides sur un haut
tuteur), jaunes (dit beurre), violets (couleur disparaissant à la
cuisson), mangetout (comme son nom l’indique), et filet (sans fils si
cueilli jeunes). Sans oublier le haricot plat (nain ou grimpant) dont
les origines géographiques sont douteuses mais qui est notamment
délicieux frit rapidement à la poêle. D’autres variétés mangées sous
forme de grains séchés que la tradition populaire a autrefois tous
confondus sous le nom de « fayots ». Un terme péjoratif d’argot
militaire (pour le haricot et les individus) dérivé de la langue d’Oc.
Ces haricots en grain de toutes couleurs qui sont toutes cultivées pour
leurs grains frais ou séchés aux couleurs très diverses possèdent des
noms d’usage, d’appellation protégée et je me souviens que dans le
jardin de Pierre Perret, prés de Nangis, celui-ci ne jurait que par le «
lingot » ou le « Tarbais » pour préparer son cassoulet.
Le haricot vient de loin et permit dés sa découverte d’aller loin ;
découvert par Christophe Colomb à Cuba au début du XVI° siècle puis par
beaucoup d’autres en Amérique du Sud où l’on ne consommait que ses
grains. Ils embarquèrent en cale ces haricots secs : comme vivres et
pour les montrer dans la vieille Europe. Il y a quelques années,
navigant à bord du Belém du Brésil à la France, je remarquais un grand
tonneau. Imposant mais vide et lesté pour qu’il ne bascule pas. J’appris
alors qu’il était à l’origine d’un dicton, « c’est la fin des haricots »
pour signifier une situation difficile. Tout simplement parce qu’à
bord, pendant les longues traversée, quand les vivres commençaient à
manquer, l’équipage était nourri avec les haricots et que les officiers
constataient qu’on atteignait le fond des tonneaux, le capitaine était
informé que la situation à bord devenait difficile car c’était la fin
des haricots ; et qu’il était donc urgent d’atteindre une terre ou de
réduire les rations sous peine de mutinerie. Le haricot devint alors une
véritable providence pour l’Europe. Mais il fallu attendre la fin du
XVIII° siècle en Italie pour que des jardiniers découvrent que les
gousses vertes pouvaient également se manger avec plaisir.
Mais première reconnaissance officielle de succès, a lorsque
Catherine de Médicis débarqua à Marseille en 1553 pour se marier à Henri
III elle apporta en cadeau un grand sac de ces haricots. 6000 ans après
les indiens d’Amérique puis les Aztèques ou les Mayas...
... les Européens
adoptaient progressivement les Fabacées sous toute leurs formes.

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