Pierrick Tillet
Un point sur l’utilisation de la chloroquine – ou plus précisément
l’hydroxychloroquine (appelons-la HC pour faire court) – pour le
traitement du Covid-19 dans différents pays européens.
- France
Même s’il juge l’étude du professeur Raoult « pas fiable », le professeur Jean-François Timsit (hôpital Bichat, Paris) reconnaît dans une interview à France Culture
l’utilisation de l’HC parmi divers autres molécules (remdesivir,
favipiravir…). Il est fort probable que tous les hôpitaux recourent eux
aussi, sans trop le dire à l’HC. Reste à savoir à quel moment et comment
: en début de dépistage ou en fin de développement de la maladie (cad
trop tard, selon le Pr Raoult) ? Avec ou sans antibiotique de complément
(l’azythromycine) ?
- Italie
Toujours dans la même enquête de France Culture, le Dr Francesco
Alberti (hôpital de Sanremo) n’y va pas par quatre chemins pour
reconnaître l’application du protocole Raoult à ses patients avant même
d’attendre le stade finale de la maladie :
“S’il n’y a que de la fièvre et
qu’elle ne dure pas plus de 4 ou 5 jours, nous prescrivons du
paracétamol. Au-delà, nous utilisons des antiviraux pour limiter la
progression de la maladie : les médicaments les plus utilisés sont
l’hydroxychloroquine (marque Plaquenil) associée à un antibiotique
(l’azithromycine). »
- Espagne
Miquel Barcelò, chef du service des urgences de l’hôpital
franco-espagnol de Puigcerda (Catalogne), utilise lui aussi l’HC, en
désespoir d’autres solutions :
« Il y a un comportement plus ou moins téméraire par rapport à ce médicament-là [l’hydroxychloroquine]. Et
donc, dans les hôpitaux barcelonais, la mise en place de ce médicament
est plus importante, parce que je pense, face à cette dérive de la
maladie, on se dit : il faut faire quelque chose. »
- Allemagne
Tous les professeurs et docteurs d’outre-Rhin interrogés par France Culture attribuent le « miracle allemand »
en matière de lutte contre le Covid-19 à une anticipation méthodique
des conséquences de l’épidémie (tests de dépistage massifs, confinements
ciblés…) ainsi qu’ « aux capacités de notre système de santé plus élevées qu’ailleurs ».
Néanmoins, le virologue Steffen Weber-Carstens (hôpital de la
Charité, Berlin) reconnaît lui aussi, implicitement et avec infiniment de
prudence, l’usage de l’HC :
« Aucune étude ne permettant de
démontrer l’efficacité des médicaments, il est impossible de formuler
une recommandation fondée sur des données probantes, toutes les
substances (hydroxychloroquine, Kaltetra, Remesivir, Favipiravir,
azithromycine…) doivent prouver leur efficacité dans des études
scientifiques. »
Pas encore de résultats positifs “scientifiquement” concluants pour l’hydroxychloroquine… mais aucune contre-indication non plus !
On remarquera que si tous ces éminents patriciens européens se
refusent prudemment à tirer à l’heure qu’il est des conclusions
positives de l’utilisation de l’HC dans le traitement du Covid-19, aucun ne va non plus jusqu’à proclamer le contraire en niant l’efficacité du protocole Raoult ou en en dénonçant les dangers.
Ne reste donc pour juger que les études menées par le professeur Raoult
lui-même dans son IHU Épidémie de Marseille. Mais attention, Big Pharma
veille.
Ainsi va la vie d’un combat sanitaire contre un virus qui n’a pas eu
la décence de prévenir à temps des dégâts qu’il allait commettre. Au
grand dam des sommités médicales, intransigeantes en matière de
méthodologie et d’éthique scientifiques.
Pendant ce temps-là, les autorités politiques déboussolés luttent
contre l’épidémie à grand renfort fébrile d’amendes à 135 euros et
d’arrêtés préfectoraux absurdes. Pendant ce temps-là, les neuneus de service
volent, à leur corps défendant et à leur esprit défaillant, au secours
de Big Pharma en participant à une curée anti-Pr Raoult (qui n’est pas
sans rappeler le bashing anti-Pierre Rabhi
d’il y a quelque temps).
Que voulez-vous, chacun son os à ronger et son
bouc émissaire à stipendier pour calmer des nerfs mis à rude épreuve,
même de gauche.
Lire : En France, Italie, Espagne, Allemagne, comment les médecins s’attaquent à la maladie, sur France Culture.

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