Victor Ayoli
Le bouillon de onze heures à huis-clos...
Marie-Sophie rentre chez elle retrouver ses enfants après une journée
éreintante. Elle ne peut s’empêcher de pleurer en conduisant.
Marie-Sophie vient de tuer un homme. Pourtant elle l’aimait bien papy
Pierrot. Il lui racontait, avec l’œil pétillant de malice, ses aventures
autour du monde du temps de sa splendeur. Et il savait raconter papy
Pierrot. Marie-Sophie échangeait journellement avec lui des moments
riches. Elle a obéi aux ordres, appliqué le protocole, fait son travail
comme réclamé, imposé par sa hiérarchie. Marie-Sophie est infirmière
dans un EHPAD. C’est elle qui a appuyé sur la seringue…
Sur le dossier de papy Pierrot, il était écrit « non réanimable ».
Autrement dit, en cas de détresse respiratoire, papy Pierrot n’irait pas
encombrer l’hôpital. Ceci en application d’un document pour aider les
médecins à faire cette sélection : il précise les modalités d’admission
en service de réanimation. Parmi les critères figurent l’âge du patient,
ses fragilités, ses comorbidités, s’il a par exemple une maladie
chronique, son état neurocognitif et la gravité de sa situation. La
décision est prise au cas par cas et après concertation entre les
médecins. Papy Pierrot a donc eu « droit » au Rivotril. Cette drogue
injectable, dont la molécule, le midazolam, est le médicament de
première intention pour réaliser une sédation profonde et continue
maintenue jusqu’au décès (SPCMD). C’est le bouillon de onze heures,
l’outil qui permet de tuer « en douceur », en toute légalité, comme
écrit dans le J.O. :
Décret n° 2020-360 du 28 mars 2020 complétant le décret no 2020-293
du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire
face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence
sanitaire. …/…
« II. – Par dérogation à l’article L. 5121-12-1 du code de la santé
publique, la spécialité pharmaceutique Rivotril® sous forme injectable
peut faire l’objet d’une dispensation, jusqu’au 15 avril 2020, par les
pharmacies d’officine en vue de la prise en charge des patients atteints
ou susceptibles d’être atteints par le virus SARS-CoV-2 dont
l’état clinique le justifie sur présentation d’une ordonnance médicale
portant la mention « Prescription Hors AMM dans le cadre du covid-19 ». …/…Fait le 28 mars 2020.
Par le Premier ministre : EDOUARD PHILIPPE Le ministre des solidarités et de la santé, OLIVIER VÉRAN.
Tout est dans le "ou susceptible",
autorisant de flinguer légalement à la discrétion d’un toubib,
éventuellement sous la pression des patrons d’un EHPAD privé genre
machine à sou, voire d’héritiers pressés… Ainsi, légalement, « on »
prévoit, organise la mise à mort de personnes en état de détresse
respiratoire avec un médicament qui augmente cette détresse respiratoire
jusqu’à l’asphyxie létale. Avec le consentement véritable de personnes
âgées, isolées, déprimées par l’absence d’environnement familial et
amical, en état de faiblesse et auxquelles on fait signer à la va-vite
leur « consentement » par des directives anticipées plus que douteuses ?
Ces outrances sont là pour remédier au manque de respirateurs, de
lits en réa et à l’impéritie des autorités politiques ou de santé. Cet
état de fait résulte de la politique de démantèlement pensé et organisé
de l’hôpital public par tous les gouvernements depuis deux ou trois
décennies. L’hôpital n’est pas une entreprise et ne doit pas être géré
comme une entreprise. Ce qu’on lui impose depuis des années, tous
gouvernements confondus. On lui impose d’être « rentable » ! Quelle
horreur ! On lui impose le paiement à l’acte, autrement dit plus on fait
d’actes, plus on a du fric. Et on lui demande une croissance de 3 % par
an ! Ce qui est une aberration totale. L’hôpital doit au contraire être
surdimensionné pour pouvoir faire face à des situations telles que
celle que nous vivons. « Quel qu’en soit le prix » a dit le président…
Ben voyons, on va te croire Manu.
Ses services laissent entendre que le budget des hôpitaux a connu une
hausse de 25 % entre 2009 et 2020, soit deux fois plus rapide que
l’inflation, mais ils oublient de dire que les charges des hôpitaux ont,
elles, crû bien plus rapidement du fait du vieillissement de la
population et de l’augmentation des maladies chroniques. Mais le
démantèlement d’un service public ne s’observe qu’en comparant les
recettes avec les charges induites par les besoins à satisfaire. En
d’autres termes, il faut calculer les économies réalisées.
Chaque année, l’hôpital voit ainsi ses charges augmenter d’environ
4 %. Dès lors, lorsque son budget ne croît que de 2 % par an, le compte
n’y est pas. Ainsi, en 2018, malgré un budget en hausse, les hôpitaux
devaient réaliser 960 millions d’euros d’économies. En 2019, rebelote à
hauteur de 650 millions d’euros cette fois-ci.
Lors du vote du budget pour 2020, malgré l’annonce en grande pompe
d’un « Grand plan pour l’hôpital », 800 millions d’euros d’économies
étaient demandés aux hôpitaux et 4,2 milliards à l’Assurance maladie. On
arrive à un total de 12,2 milliards d’économies sur les dépenses de
santé depuis l’arrivée de Macron. Les chiffres font froid dans le dos,
la réalité encore davantage.
Regroupements hospitaliers, fermetures de maternités (plus de la
moitié en seulement 40 ans), incitation croissante à la pratique
libérale… Les faits sont têtus : 100 000 lits fermés ces 20 dernières
années !
Ouais mais il faut voir le côté positif de la chose : ce virus écrête
le sommet de la pyramide des âges. Les comptables qui nous gouvernent y
retrouveront leurs comptes : moins de retraites à payer, moins de
dépenses de santé dues aux personnes âgées. Et puis les EHPAD privées y
trouveront leur intérêt, pour une meilleure rentabilité des dividendes
des actionnaires.
Qui a laissé des EHPAD devenir vétustes et indignes ? Ces « maisons
de vieux » rebaptisées Établissement d’hébergement pour personnes
âgées dépendantes (EHPAD) deviennent des abattoirs à vieux.
Au fronton de nos mairies s’inscrit fièrement la devise de notre
république : Liberté, Égalité, Fraternité. L’égalité n’est pas respectée
lorsque l’on impose aux soignants de choisir, donc de discriminer les
malades en fonction de leur âge, de leur état de santé, de leur handicap
éventuel.
Alors un conseil aux familles qui ont leurs vieux parents en EHPAD :
ce sont eux qui vous ont donné la vie, alors démerdez-vous, prenez-les
chez vous, même temporairement, sinon ils risquent d’avoir « droit » au
Rivatril ! Mondo cane...

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