Claude-Marie Vadrot
Un petit légume pour apprendre à jardiner.
Il y aura bientôt une cinquantaine d’année que j’ai commencé à
bêcher mon jardin des environs de Gien, dans la Loiret, je ne savais pas
grand-chose de la terre, ayant oublié ce que j’avais vu et essayé dans
la ferme morvandelle de mes grands parents. J’ai vite compris que je me
créais une addiction qui dure encore et qui m’a servi d’antidote à
chaque retour de couverture journalistique d’un conflit armé lointain,
de la guerre du Bangladesh aux Balkans en passant par la Tchétchénie ou
le Rwanda. Le jardin potager et fruitier, c’est une ascèse, un remède,
un plaisir et une façon de se nourrir. Deux fois par semaine je
raconterais ce que je fais, ce que cela m’inspire et à quoi cela sert.
Le radis fait partie des légumes que l’on sème dans les jardins
d’école, si exigus soient-ils, que les enseignants utilisent pour faire
comprendre aux enfants comment poussent les plantes et légumes qu’ils
mangent et voient s’aligner en bottes dans les gondoles des supermarchés
ou sur les étals des marchés.
Explication : leurs cycles de croissance
sont très courts et les mômes, comme les adultes qui apprennent le
jardinage dans les jardins partagés qui sont en plus de plus en plus
nombreux au pied des immeubles. Ils sont meilleurs que les radis,
chargés de nitrates ou pesticides et sans saveur, vendus dans la grande
distribution toute l’année.
Semer les radis, roses ou rouges, est très facile pour les enfants
comme pour les adultes. On trace un sillon, on place les graines rondes
et minuscules dans ce sillon : à un centimètre de profondeur pour les
variétés rondes et à deux centimètres pour les variétés longues.
Ensuite, il faut les recouvrir d’un peu de terre, et tasser avec la
partie plate d’un râteau. Il existe une autre méthode : en utilisant des
radis « pré-semés », emprisonnés et espacés dans une fine bande de
papier biodégradable placées au fond du sillon (attention au vent). On
arrose la bande et on recouvre d’une terre fine. En procédant ainsi, on
évite d’avoir à « éclaircir » les semis, opération qui donne aux
semences assez de place pour grossir. Eviter éviter de semer les (gros)
radis rose de Chine dont l’apparition en France est plus liée à un effet
de mode qu’à leur gout : ils sont insipides.
Les radis n’ont pas été dérobé aux Amérindiens puisqu’ils semblent
avoir été cultivés depuis des milliers d’années en Mésopotamie et
consommé à Babylone, dans les fameux jardins de Babylone non pas dans
les mythiques « jardins suspendus » qui n’ont existé que dans la
légende, mais sur des terrasses construites dans les limites de la
ville, arrosées par un système d’irrigation complexe amenant l’eau de
l’Euphrate. Ils ont doucement migré vers l’ouest en faisant une longue
halte en dans la Grèce antique où ils étaient dédiés à Apollon. Ils ont
été appréciés par les Romains puis les Italiens. Ce qui explique qu’ils
aient été apportés en cadeau à la France par la jeune Catherine de
Médicis avant son mariage avec Henri II. Les variétés qu’elle apporta
furent semées dans l’enceinte du château de Blois.
Des variétés parvenues auparavant étaient connues en France depuis
des siècles puisque au IX° siècle, suivant la tradition des
Carolingiens, Charlemagne publia un capitulaire (décret organisant la
vie du royaume) dressant le liste des « légumes » dont la culture devait
être développée ; le radis y figurait en bonne place. Mais les missi dominici
de l’empereur n’étaient pas toujours écoutés car les Français ne
commencèrent guère à croquer les moins coriaces avant le XVIII° siècle.
C’est au siècle précédent que les gros radis noirs furent largement
consommés. Les ronds comme les longs, deux légumes-racines . D’autant
plus que la tradition, qui perdure, leur prête des vertus médicinales
notamment le noir sur la qualité de notre digestion, surtout consommé
sous forme de jus. L’avantage du radis c’est sa teneur en vitamines et
son faible apport calorique qu’il s’agisse des très gros radis roses
dont le gout n’est pas bouleversant ou des radis « 18 jours » qui sont
mangeable au bout d’un mois. Pour les petites espèces, il est d’ailleurs
conseillé de consommer les fanes (le feuilles) que je mêle souvent à
mess soupes de verdure. Celles à base d’oseille, notamment.
Sans oublier que les radis qu’ils furent le surnom, dans les années
30, des radicaux réputés être rouge à l’extérieur, blancs à l’intérieur. Sans que l’on sache clairement d’où vient l’expression « ne plus avoir un radis »…
politis.fr

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