Claude-Marie Vadrot
Culture facile d'un légume vieux de 10 000 ans.
Il y aura bientôt une cinquantaine d’année que j’ai commencé à
bêcher mon jardin des environs de Gien, dans la Loiret, je ne savais
pas grand-chose de la terre, ayant oublié ce que j’avais vu et essayé
dans la ferme morvandelle de mes grands parents. J’ai vite compris que
je me créais une addiction qui dure encore et qui m’a servi d’antidote à
chaque retour de couverture journalistique d’un conflit armé lointain,
de la guerre du Bangladesh aux Balkans en passant par la Tchétchénie ou
le Rwanda. Le jardin potager et fruitier, c’est une ascèse, un remède,
un plaisir et une façon de se nourrir. Deux fois par semaine je
raconterais ce que je fais, ce que cela m’inspire et à quoi cela sert.
La courgette. Plutôt les courgettes, plutôt même les courges, car les
variétés de ce légume qui n’est parfois qu’un « objet » décoratif, sont
légion. La courgette, qui n’est qu’une courge immature, il y en a des
vertes, des quasiment noires, des jaunes, des blanches ou des rondes
dites de Nice. Et puis il y a les potirons, les citrouilles et leurs
nombreuses déclinaisons ou encore les potimarrons ou les pâtissons qui
ont tous des ancêtres cucurbitacées découverts par Christophe Colomb et
quelques autres aventuriers de la vieille Europe. Ils en ont rapporté
des graines séchées.
Ce sont ces « pépins » dont taille permet de présumer du type et de
la grosseur du fruit à venir qu’il est possible de planter fin avril ou
début mai, car ce légume a besoin d’un peu de chaleur. Et surtout, comme
la plupart des légumes de printemps, il est gélif, c'est-à-dire détruit
ou endommagé par le gel. Une opération aisée car il suffit de les
placer à plat dans un petit trou profond de deux ou trois centimètres à
arroser régulièrement pour que le pépin germe. Il est également possible
de le disposer dans des petits godets biodégradables, ce qui permet
ensuite d’enterrer ces pots garnis de terre de semis ; dés que la
germination a donné des plants surmontés de deux ou trois petites
feuilles, les mettre en terre ; et les fleurs commencent à apparaitre
deux mois plus tard. Et peu à peu, le pot se dissout dans le sol. Le
concombre, qui est une autre cucurbitacée mais qui est lui originaire
des pentes de l’Himalaya et de l’Inde se cultive exactement de la même
façon.
Si ce légume qui servait autre fois de réserve d’eau aux voyageurs
traversant un désert de pierres ou de sable, a commencé à être cultivé
en Asie il y a trois millénaires la culture des courges se pratiquait
déjà il y a une dizaine de milliers d’années en Amérique centrale dont
les habitants de l’époque, comme les populations découvertes par les
conquérants espagnols, n’en consommaient que les graines séchés au
soleil. Ce sont elles que les pillards de la péninsule ibérique
emportèrent puis avant de les semer et de découvrit que leur chair,
assaisonnée, pouvait agréablement se manger. Ce n’est qu’au XVIII°
siècle que les Espagnols et les Italiens découvrirent que les courges,
cueillies prématurément étaient meilleures, tendre et sans beaucoup de
pépins. Ils venaient d’inventer la courgette dont la longueur
normalisée, lors de la vente aux consommateurs est en France (sauf si
elle est ronde) ne doit pas dépasser une vingtaine de centimètres.
D’ailleurs, plus elle est petite, plus elle est savoureuse. Les amateurs
de courgettes doivent être attentifs car une fois formées il ne faut
que quelques jours pour qu’elles atteignent leurs (petites) tailles
optimum.
Restera plus aux gourmets qu’à s’intéresser aux belles et grosses
fleurs jaunes. Elles sont plutôt éphémères mettant une journée, au mieux
deux, avant de flétrir irrémédiablement, qu’elles soient mâles ou
femelles. Seule cette dernière un fruit si elle est fécondée. Quand on
veut s’offrir des beignets de courgettes en les plongeant dans une pâte
légère (une vraie friandise !) il faut savoir choisir pour ne par
compromettre la récolte.
Pas facile, faut s’entrainer en sachant que la
mâle se trouve au bout d’une petite tige bien dressée alors que la
femelle est plus trapue et que l’on peut distinguer l’amorce du futur
fruit. Faut s’entrainer pour ne pas (trop) se tromper…

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