L’iena rabbioso
Réveil matin. Sentiment bizarre. Il faut que je vérifie.
Une petite aiguille, piquée sur le doigt et oups, oui ça fait mal.
Donc je suis encore dans le monde réel.
Il faut dire qu’à force de regarder des séries Netflix, on peut finir par en douter.
Il paraît que Friedrich Wilhelm Nietzsche, juste avant de mourir en août 1900, aurait dit « plus de lumière » (mehr licht).
Je doute que cette histoire soit réelle.
Parce que au seuil de la mort, peu de gens ont des phrases historiques.
Le plus probable est pour moi que ses derniers mots ont été :
(1) Argrl
(2) Vous pouvez rallumer la lumière s’il vous plaît ?
Moi je sais le mot historique que je prononcerai :
« Vous auriez pu au moins vous abstenir d’applaudir ».
Donc le soleil s’est levé, je me suis rendu compte que j’étais en
rupture de stock de papier toilette, comme d’habitude tous les jours
(heureusement que le Sopalin existe).
Mais il y a une petite différence par rapport à quelques jours.
Je suis devenu un extra-terrestre sans masque.
Comment se comporter sur un trottoir, quand une femme à poussette,
masquée et son bébé, accompagnée de son mari portant le masque mais pas le
bébé, vous croisent ?
Personnellement, j’ai adopté une nouvelle règle comportementale : je
fais un pas ce côté sur la route, d' environ deux mètres, pour ne pas infecter le bébé.
Et ne pas regarder le bébé.
Surtout pas.
Marcher de la façon la plus rectiligne possible vers votre destination préférée : nul part c’est à dire partout.
Et observer attentivement ce que je ne regardais plus depuis longtemps.
Je suis fumeur, et ce qui est écrit sur mon paquet de cigarettes m’a déjà prévenu que j’étais un être ignoble.
Mais le pire c’est d’entrer dans un endroit quelconque (magasin, etc.), et de ne pas pouvoir croiser le non-regard des masqués.
Ce jour, j’étais seul non-masqué dans le magasin « Netto ».
Je ne sais pas ce qui s’est passé en 1942 quand les juifs avaient consigne de coudre une étoile jaune sur leurs vestes.
Mais, à mon avis, cela devait être l’exact contraire de mon vécu actuel.
Serge Gainsboug avait dit dans une interview qu’il avait mis
l’étoile juste pour que les passants non-juifs ou que le juifs voulant
circuler en paix n’osent pas affronter son regard.
Le jour de l’arrivée massive des masques, je me suis retrouvé en 1985.
Pas du tout le monde que décrivait Orwell (celui de 1984).
Mais un mode divisé en deux d’une manière visuelle, mais complètement éclaté d’un point de vue social.
Il est clair que pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion d’obtenir le
masque gratuit, la honte est totale : vous êtes pauvres et
potentiellement infectés.
Pour les gens comme moi qui considèrent que, si réellement le virus
était omniprésent, alors à quoi bon se parer de ce morceau de tissu,
puisque de toute façon, le simple fait de retirer son masque pour me
brosser les dents signifiera contamination.
Moi, je refuse de le mettre par hantise de la panique sociale.
Tous les docteurs pourront donner des arguments comme quoi j’ai un
comportement dangereux, je leur répond : pourquoi est-ce que c’est dans
les milieux hospitaliers ( CHU,EHPAD) que le plus grand nombre de cas
ont été détectés ?
Le contre argument est que le virus ne s’attaque qu’aux plus
vulnérables, mais alors cela voudrait dire que les soignants proches des
malades sont plus vulnérables que les autres ?
Ce n’est pas parce que je n’ai pas peur de mourir que je porte pas de masque, mais parce que j’ai peur d’avoir peur de mourir.
L’absence d’une réelle politique de dépistage nous plonge dans un monde absurde.
Nous sommes tous éventuellement des porteurs sains, et tous donc coupables de contaminer des individus sains mais vulnérables.
C’est à peu près l’unique discours rationnel concernant cette
épidémie, mais alors une question sérieuse se pose : combien de temps
allons nous être bâillonnés ?
Le comportement de Trump ou Bolsarino, à défaut d’être cohérent et humaniste, est logique et clair.
Dans la rue !
Et que Dieu reconnaissent les siens !
Pour faire un raisonnement logique, il faut des axiomes (vérités
incontestables), qui sont en quelque sorte l’équivalent de la fondation
d’un édifice, son socle.
En utilisant des fondations non conformes aux règles qui ont été
vérifiées et respectées depuis des siècles, vous allez fabriquer un
château en béton.
Pour une affirmation en politique, il faut au moins que la population
connaisse et soit en accord avec les axiomes ou encore prémisses,
ou simplement « bon sens ».
Que répondre à cet argument : les gens aux antipodes devraient tomber vers le ciel puisqu’ils ne sont pas sur un sol à l’endroit.
C’est pour raison que la terre est restée plate si longtemps en occident.
Mais ce sont des observations qui ignoraient ces règles de base, qui
ont permis, petit à petit acculés, les terre-platistes à accepter
l’évidence.
De nos jours encore, il reste quelques sectes religieuses qui
refusent ce qui est devenu une question de bon sens avec des dessins,
des photographies.
En fait, les terre-platistes ne veulent pas voir leurs maisons s’écrouler.
Mais concernant le virus C19, le problème est justement que tout
l’édifice de la science n’est pas stable mais évolue tout le temps.
Les gens veulent savoir.
Alors, sans réponse, ils acceptent n’importe quelle connerie.
Il y a si peu de réponses à des questions simples, qu’au lieu
d’écarter les hypothèses les moins crédibles, la communauté scientifique
- pour qui l’échange d’informations est une condition sine qua non de
l’arrivée de la solution - la politique et les petits intérêts
personnels ont provoqués une fission.
Il n’y a pas de vulgarisation qui synthétise les connaissances.
Si un virus est si petit, alors du tissu sur le visage peut nous protéger ?
Comme nous n’avons pas le nombre approximatif du pourcentage des personnes qui portent le virus,
alors quelle sera la prochaine décision du gouvernement si les masques ne marchent pas ?
Si une nouvelle vague d’infection est prévue, et qu’il n’y a toujours pas de remède, quel est le plan ?
Devant ces nombreuses interrogations, Etats, magasins, utilisent leurs propres solutions, qui parfois sont contradictoires.
Même s’il est exact que chaque situation est unique, je crois qu’une
courte affiche plaquée sur les murs par les dirigeants (qui ont l’air
de se diriger vers la sortie) donne des instructions claires, qui vont
dans le sens de la plus grande liberté, mais celle-ci doit être respectueuse
du principe d’égalité.
Répéter plusieurs fois par jour qu’il faut se laver les mains
régulièrement, éviter si possible les contacts physiques, cela n’a plus
d’effet, à part d’avoir l’impression que le C19 nous guette à chaque
coin de la rue.
Un mètre de distance, ne pas éternuer sur les autres, c’est bon, on
n’est pas débiles, et les enfants encore moins, car quand une situation
inédite survient, ils l’intègrent directement dans la sphère « nouvelle
situation ».
Laissons les enfants donner leur avis, et nous au lieu de dire « oh le joli dessin », écoutons les.

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