Viktor Dedaj
"Julian Assange est-il un
journaliste ?".
Question souvent posée et souvent suivie par une réponse
négative ou pour le moins dubitative, par les journalistes eux-mêmes.
Intéressante réaction car, si on y réfléchit, combien de journalistes
sont réellement des journalistes selon la définition couramment comprise
par vous et moi ?
Alors, selon cette définition, est-ce que Christophe Barbier qui, à
ma connaissance, n’a jamais effectué la moindre enquête, le moindre
reportage, qui passe son temps à "commenter" du haut de son tabouret,
est vraiment un journaliste ? Est-ce que les présentateurs des journaux
télévisés, dont l’activité principale consiste à lire sur un prompteur
un texte préparé par d’autres, sont des journalistes ? À part
interviewer des gens, que fait d’autre Jean-Jacques Bourdin ?
Il y a probablement aujourd’hui plus de journalistes dans les médias
alternatifs (ou électrons libres ou sans emploi) que dans les médias
dits dominants. Et c’est normal. Un vrai journaliste n’a tout simplement
pas sa place dans une entreprise commerciale à but strictement lucratif
(pour ses actionnaires) ou propagandiste (pour ses propriétaires).
En réalité, la plupart des "journalistes" les plus connus, tous médias confondus, ne sont pas
des journalistes. Ils sont peut-être diplômés d’une école de
journalisme, ils ont peut-être effectué dans leur passé professionnel un
travail de journaliste, mais aujourd’hui ? Ce sont des commentateurs,
des interviewers, des présentateurs, que l’on appelle des
"journalistes". Et si on rajoute la plupart des journalistes moins
connus qui se contentent en réalité de mettre en forme les dépêches des
agences de presse, combien reste-t-il dans le métier qui peuvent
prétendre être plus journaliste que Julian Assange ?
En d’autres termes, c’est quoi exactement leur légitimité à ces
gens-là ? Car à part de s’identifier abusivement à un métier, de
s’auto-qualifier de ce qu’ils ne sont pas, de posséder une carte de
presse qui s’apparente dans leur cas plus à une carte de membre d’un
club qu’à une certification quelconque, quel est le pourcentage de
journalisme réel en eux ? Zéro. Commentateurs, intervieweurs,
rédacteurs, lecteurs de prompteurs. Merde. Si ces branquignoles ont le
droit de se faire appeler journaliste, et d’avoir la protection qui va
avec, alors Julian Assange n’est pas un journaliste (ne mélangeons pas
les serviettes et les torchons) mais un super-journaliste, un
méga-journaliste, que dis-je, un uber-journaliste...
Et ce n’est probablement pas pour rien que les plus grands
journalistes du moment sont, ce n’est pas un hasard, aux côtés de Julian
Assange, et pas eux. CQFD, finalement.

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