Jean-Luc Mélenchon
Quelque chose de décisif vient de se produire dans l’appareil
judiciaire du pays.
La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur
les obstacles à l’Indépendance de la justice a permis une rupture de
l’omerta. Son président, le député insoumis du Nord, Ugo Bernalicis a
opéré un travail salutaire pour la République. En effet, dans son
audition, l’ancienne procureure du parquet national financier, Eliane
Houlette, a témoigné des pressions qu’elle a subies de la part de sa
supérieure hiérarchique Catherine Champrenault pour incendier la
présidentielle de François Fillon. Elle a notamment dénoncé des demandes
permanentes de remontées d’informations très précises sur les auditions
qu’elle conduisait, sur les actes de son enquête.
Ces demandes venaient de sa supérieure hiérarchique : la procureure
générale de Paris, Catherine Champrenault. Personnage sulfureux s’il en
est. Les Insoumis la connaissent puisqu’elle était toujours au même
poste pendant les perquisitions déclenchées contre nous en octobre 2018.
C’est elle qui a menti délibérément, à la joie des journalistes qui lui
passaient les plats, quand elle déclara qu’elle ne savait rien de
l’affaire, qu’aucun rapport n’avait été fait au ministre, etc. Et ce
furent 100 policiers, dix substituts du procureur, 17 sites
perquisitionnés comme cela aurait pu être le cas pour « un grand
narco-trafiquant » selon le mot du président du Sénat Gérard Larcher. Le
grand public ébahi, les médias avec la bave aux lèvres courant à la
curée, « Quotidien » pendant huit mois d’images chaque jour, toutes les
planètes justice/police/média se mirent en ligne. Du coup la bande du
macronisme judiciaire se tapait sur les cuisses de satisfaction en
voyant tout ce petit monde lui servir la soupe.
Deux ans après, aucune suite n’a été donnée à « l’affaire » sinon un
procès inique à Bobigny où dès le premier jour le juge déclare : « la
matérialité des faits est avérée ». Deux jours de comédie suivent avec
pour conclure une généreuse rasade d’indemnités pour les policiers se
faisant passer pour des victimes. On connait la dynamique d’une telle
situation. Ceux qui ont participé aux mauvais coups ne peuvent plus se
dédire. Ils en rajoutent donc. Jusqu’au jour où un grain de sable bloque
la belle machine à détruire.
C’est ce qui vient de se passer avec les aveux d’Eliane Houlette.
Aussitôt, tout remonte de tous côtés. Et parmi tout ce qui remonte, le
pire est toujours certain. Ainsi quand on découvre que Macron en personne intervient dans une affaire qui concerne son plus proche collaborateur.
Et ce n’est pas fini. Pourquoi ? Parce que le pouvoir macroniste repose
sur quelques personnes dans la justice qui se battent âprement pour les
postes à distribuer dans l’institution. Surtout le réseau des anciens
socialistes qui sont ralliés à sa présidence. C’est eux qui tiennent le
sommet de la pyramide de la Justice et de la police avec Belloubet et
Castaner. La procureure Champrenault vient de ce sérail comme une bonne
partie d’un sérail dont il faudra publier la liste un jour ou l’autre
pour que chacun soit bien informé. Champrenault était conseillère de
Ségolène Royal pendant trois ans. Et recommandée par elle à Hollande qui
la nomma du parquet de la Guadeloupe directement au premier parquet de
France pour lequel elle était la seule femme candidate volontaire pour
briser le cycle des nominations au mérite ou a l’ancienneté !
Depuis, une autre affaire très grave a été révélée par Ugo
Bernalicis, le député insoumis qui préside la commission d’enquête
parlementaire. Il a interpellé directement et publiquement la Garde des sceaux à une session de question d’actualité à l’Assemblée nationale.
Mediapart a ensuite confirmé les faits. Il s’agit cette fois ci d’une
mise en cause d’Alexis Kohler le secrétaire général de l’Elysée. Un des
postes les plus importants dans l’entourage du Président et dans
l’exécutif. En 2018, le parquet national financier, sous la direction de
Eliane Houlette, a ouvert une enquête préliminaire contre lui pour
« prise illégale d’intérêt », « trafic d’influence » et « corruption
passive ». Que tous ces grands mots puissent ne rien vouloir dire est
évident. Mais il est soupçonné d’avoir profité de sa position lorsqu’il
était au ministère de l’Économie pour favoriser une entreprise, MSC
croisières, dans laquelle lui et sa famille ont des intérêts financiers.
Mais à l’été 2019, l’enquête va s’arrêter brutalement. Eliane
Houlette quitte la direction du parquet financier le 30 juin 2019.
Surprise : Catherine Champrenault nomme une magistrate pour assurer
l’intérim. Ce type de désignation est totalement inhabituelle. L’usage
veut que l’intérim soit assuré par une personne nommée dans l’intérêt du
service par le sortant de fonction. Celui-ci est en effet la personne
la mieux placée pour tenir compte des caractéristiques particulière des
enquêtes en cours et assurer les nécessités de cloisonnement.
Champrenault choisit une personne contre l’avis d’Eliane Houlette qui la
refusait dans l’interêt du service s’exprimant dans l’intérêt des
affaires en cours. Devant la commission d’enquête parlementaire,
celle-ci a indiqué que l’usage aurait consisté à ce que son adjoint
assure l’intérim en attendant qu’une nouvelle personne soit nommée. Mais
Catherine Champrenault a préféré mettre là une personne sur laquelle
elle avait la main, son avocate générale. Moins de deux mois plus tard,
le 21 aout 2019, le dossier Alexis Kohler était classé « sans suite »
par le parquet national financier. Rien ne justifiait une telle vitesse
dans la décision de classer ce dossier. C’est même tout à fait
inhabituel. Et donc suspect à juste titre.
Grâce à la commission d’enquête présidée par Ugo Bernalicis, un
élément crucial a été rendu public. Emmanuel Macron est intervenu
personnellement dans le dossier pour obtenir le blanchiment de son
collaborateur. Le 1er juillet 2019, une lettre du Président de la
République, signée de sa main est versée au dossier. Elle indique
qu’Alexis Kohler a respecté toutes les règles quand il travaillait au
cabinet du ministre de l’économie Emmanuel Macron. Cette lettre disculpe
Alexis Kohler. Sur sa base, le procès-verbal définitif transmis du
parquet national financier est modifié et l’enquête abandonnée. Ces
informations ont été transmise à la commission d’enquête par
l’association Anticor.
Au titre de l’article 64 de la Constitution, le Président de la
République est garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire. Ce
mandat devrait évidemment interdire toute intervention directe du
Président dans une procédure visant quelqu’un nominalement et a plus
forte raison si elle travaille pour lui. Lors des questions d’actualité
au gouvernement, Ugo Bernalicis a demandé directement à Nicole Belloubet
si elle était au courant de ces faits. En tant que garde des sceaux,
elle reçoit en effet des remontées d’informations de ses parquets dans
des affaires sensibles. Même si elle l’a nié dans le passé, il n’y a
plus de doutes possibles là-dessus.
Le député insoumis a aussi demandé à la ministre de la Justice si
elle allait ouvrir une enquête de l’inspection générale de la justice.
Cela le mériterait pour déterminer les responsabilités dans ce
détournement manifeste de l’autorité judiciaire. Aucune réponse de
Belloubet sur ces deux points. Elle s’est contentée de donner un mauvais
cours de droit pour élève de première année. Ce faisant elle voulait
masquer une grosse information. En effet elle voulait cacher le fait que
la pièce suspecte de cette intervention du président de la république
n’a pas été cotée dans le dossier ou elle figure. Autrement dit : elle
n’existe pas dans la procédure. L’enquête de police qui a effacé tout ce
qui venait à charge du fait de ce courrier, repose donc sur une pièce
inexistante. Une fois de plus, elle a nié recevoir des remontées
d’informations dans des affaires individuelles sensibles, contre
l’évidence. Menteuse ! Le procès de l’ancien garde des sceaux Urvoas a prouvé que c’était une pratique habituelle.
Les révélations d’Eliane Houlette le confirment. Nicole Belloubet est
une menteuse. Ce n’est pas une nouvelle. Mais le système qui détourne la
justice en son sein est en train d’être exposé au grand jour.
On peut et on doit espérer qu’aucune connivence, plan de carrière ou
corporatisme ne viennent contrarier la purge qui est nécessaire. Le
départ de Catherine Champrenault et des autres membres du réseau
Belloubet y contribuerait grandement. Même si notre intérêt
électoraliste serait que des gens aussi perdus de réputation restent en
place le plus longtemps possible. Et notamment pour la période où ils
comptent utiliser les « affaires » qu’ils pensent avoir monté contre
nous. Il n’en reste pas moins que ce serait salutaire pour tous les
républicains.
Si l’on veut avoir de nouveau confiance, il faut qu’elle
soit reconquise.

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