Bien qu’elle ne le déclare pas publiquement, la
Banque centrale européenne (BCE) est inévitablement appelée à amplifier
son action pour soulager les États. Ses statuts lui interdisent de
monétiser les dettes publiques. Elle n’est pas autorisée à acheter des
titres sur le marché primaire. Elle ne peut donc souscrire une
quelconque dette perpétuelle à taux zéro qui serait émise par un État,
comme le suggèrent certains… Cela reviendrait concrètement à financer
directement la dépense publique par la planche à billets, puisque le
principe d’une dette perpétuelle est que l’État qui l’émet ne rembourse
pas le montant emprunté mais acquitte un intérêt à un taux fixe, ici
égal à zéro. La BCE est en revanche autorisée à racheter de la dette
publique et privée sur le marché secondaire, ce qu’elle fait
massivement. Cela a pour effet indirect de détendre les taux sur le
marché primaire, où les fonds se ruent volontiers sur des titres
liquides, qu’ils savent pouvoir revendre facilement à la BCE. Une fois
ces titres arrivés à échéance, les États remboursent le principal
emprunté, que la BCE reverse aux banques centrales nationales, qui
l’utilisent pour provisionner leur bilan ou le reversent aux États.
Comme le soulignent Gaël Giraud ou Laurence Scialom,
rien n’interdit à la BCE, dans ses statuts, d’annuler une partie de ces
dettes. Cela libérerait autant de ressources que les États pourraient
consacrer au financement des dépenses nécessaires à la transition
écologique et sociale du « monde d’après », et ce sans alourdir leur
dette d’un euro ! Cela éviterait, par la suite, de recourir à de
nouveaux plans d’austérité, tels ceux mis en place pour éponger la dette
générée par les plans de sauvetage des banques après la crise de 2008.
Dans le contexte actuel, l’annulation des dettes ne serait en aucun cas
inflationniste, puisque l’économie est éloignée du plein-emploi et que
les « tensions salariales » ont disparu. Le bilan de la BCE se
dégraderait, certes, mais la Banque des règlements internationaux a
récemment reconnu qu’une banque centrale pouvait fonctionner sans
problème avec des fonds propres négatifs, tant que règne la confiance
accordée par les agents économiques envers la monnaie qu’elle émet.
La BCE détient 2 200 milliards d’euros de dettes publiques, dont 420
milliards de dette française. L’annulation d’une partie de celle-ci
permettrait de dégager 100 à 200 milliards d’euros pour mettre sur pied
un véritable programme de transition écologique, sans alourdir notre
dette souveraine.
Liêm Hoang-Ngoc Maître de conférences à l’université de ParisI.

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