Antoine Manessis
"Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs". Ainsi parle Macron.
Voilà presque quatre ans qu'il ment à 66 millions de Français-es. Qu'il fait chaque jour la démonstration de son incompétence et pas seulement contre le Covid. Qu'il tente de mener une politique à la Thatcher en démolissant tous les services publics, dernièrement le service public de l'énergie (opération Hercule). Qu'il fut sourd aux cris des personnels de santé dont on se rend compte aujourd'hui combien leur alarme était fondée. Qu'il a répondu à la légitime colère des Gilets jaunes par le flashball et la matraque. Qu'il a réussi à mettre quelques millions de salariés dans les rues en voulant casser la retraite par répartition et la SNCF. Qu'il a poursuivi des aventures meurtrières en Afrique et ailleurs. Qu'il s'est couché devant les Etats-Unis trumpistes. Que son ministre des affaires étrangères menace et stigmatise l'Iran, alors que c'est Trump qui a provoqué une crise avec ce pays.
Last but not least face à la pandémie nous avons eu droit à tous les changements de cap et de discours, de mensonges et de cynisme. Macron et sa clique nous ont donc attaqué, dépouillé, arnaqué, menti, méprisé. Insulté aussi et plus d'une fois. Et face à la très juste et très froide colère du peuple, que fait Macron ? Il nous insulte une fois encore.
Comment pouvons nous être assez insolents et assez ingrats pour oser critiquer notre bon maître, notre père, notre patron ? On peut comprendre son indignation. Un peuple ça s'incline. Ça bosse. Et surtout ça se tait. La casquette à la main, les yeux humblement tournés vers le sol.
En fait notre manager de la " start-up nation " nous démontre qu'au XIXe, au XXe ou au XXIe siècle la bourgeoisie reste ce qu'elle est : une classe sociale, détentrice du capital, dominatrice et sûre d'elle qui n'a que du mépris pouvant très vite se transformer en haine à l'égard du peuple.
Nous sommes donc des procureurs. Parce que nous sommes des citoyen-nes et que nous utilisons nos libertés conquises contre tous les Macron de l'histoire. Déjà en 1791 la bourgeoisie interdisait de se syndiquer, il faudra attendre 1884 pour en avoir le droit. Ce n'est qu'en 1881 qu'une loi garantit la liberté de la presse. Il a fallu attendre 1907 pour que la liberté de réunion soit reconnue. Dès 1794, avec la dissolution du Club des Jacobins, la bourgeoisie s'attaque aux principes proclamés dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen... Bref nous, le peuple, sommes des procureurs parce que nous utilisons nos libertés et nos droits.
Cela démontre la conception qu'à la classe dirigeante/possédante de la démocratie et l'antinomie entre cette conception et le pouvoir du peuple. Cette classe étant par nature extrêmement minoritaire, elle a toujours eu une relation conflictuelle avec la démocratie car elle sait que la majorité sociologique a des intérêts contraires à la sienne. Le danger pour elle est que la majorité sociologique, classes populaires et classe moyenne, se traduise par une majorité politique anticapitaliste. D'où son combat incessant pour limiter au maximum les libertés réelles en libertés formelles.
La charge de Macron contre les "66 millions de procureurs", les "Gaulois réfractaires", "ceux qui ne sont rien", s'inscrit dans cette tendance permanente et puissante des pouvoirs bourgeois vers l'autoritarisme et qui, dans certaines circonstances, va jusqu'au fascisme, c'est-à-dire la mort des libertés.
La liberté guide le peuple. Le peuple défend la liberté et lutte quotidiennement pour que sa proclamation devienne réalité. D'autres Bastilles restent à prendre. D'autres trônes à renverser. Macron devrait s'en souvenir. Bientôt.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire