jeudi 7 janvier 2021

The crown

Antoine Manessis

La monarchie britannique reste à la mode malgré les années qui passent. 

Après le cinéma, The Queen ou Le discours d'un roi, nous avons The Crown, une série sur Netflix en cours de diffusion. Et que dire de la presse people et même des télévisions dont les heurs et malheurs de Buckingham Palace sont devenus un marronnier. Y compris dans la République française.

Symbole de la continuité et de l'unité supposée de la nation, expression d'un attachement sentimental et expression d'un entêtement chauvin à l'empire, personnalisation du pouvoir d'Etat, modèle moral, l'institution monarchique est l'objet d'un consensus idéologique conforme aux intérêts de la classe dominante.

La monarchie est donc à la fois une arme idéologique maintenant le statu quo politique et social et un moyen d'intervention dans les événements politiques.

La fortune de la reine Elisabeth II est immense et elle coûte chaque année 75 millions d'euros aux Britanniques ce qui la situe parmi les plus grandes fortunes du monde. Son patrimoine aussi est immense (terres, châteaux, œuvres d'art etc).  Les privilèges fiscaux de la couronne sont innombrables. Un facteur objectif de ses choix de classe, sans parler d'une longue histoire.

En effet en 1867 un grand historien bourgeois, Walter Bagehot, écrivait "L'utilisation de la reine, de ses fonctions d'apparat est incalculable, sans elle l'actuel gouvernement tomberait". La même année voyait la reconnaissance d'un parti indépendant de la classe ouvrière et l'attitude de la bourgeoisie, hostile jusque là à la monarchie alliée à l'aristocratie terrienne, changea. La bourgeoisie anglaise trouvait dans la monarchie un soutien à sa politique impérialiste et une arme idéologique contre le mouvement ouvrier. À partir de cette période, renforcer et maintenir à son plus haut niveau le prestige de la monarchie fut le souci de la classe dominante. D'autant plus que, par une habile politique de concessions et de compromis, elle trouva un allié objectif dans le mouvement réformiste. Les rois Georges V et Georges VI ont tout fait pour fondre le Labour "dans le cadre moral de la vie nationale". En 1952 le leader travailliste Clément Attlee déclarait "L'apparat royal plait au peuple et contient un certain penchant pour d'autres formes d'agitation."

Ainsi la monarchie contribue à créer "l'unité morale e de la nation" en se présentant comme neutre, arbitre au-dessus des partis.

Quant au rôle strictement politique et constitutionnel, il est encadré par le Bill of Rights de 1689 et l' Act of Settlement de 1701. Mais le monarque possède bien des "prérogatives royales".  Comme le droit exclusif de nommer le premier ministre. Ainsi en 1956 Elisabeth II désigna Macmillan contre Butler qui avait pourtant l'appui du parti conservateur. Reste que le souverain a une influence quotidienne sur le Cabinet grâce à ses droits d'être consulté, d'encourager ou de mettre en garde. Ainsi Georges V fut l'artisan de la partition de l'Irlande en 1920. Et justement parce que le roi est une pièce importante du dispositif du pouvoir Edouard VIII fut contraint à la démission du fait de ses sympathies nazies (bien partagées parmi les élites sociales britanniques) alors que la défense de l'Empire britannique exigeait une distance convenable avec Hitler : anticommunisme, oui, mais menace sur l'Empire, non.

L'importance politique de la monarchie est apparue aussi dans l'attentat organisé par l'IRA et qui aboutit à la mort de lord Mountbatten, un familier de la reine et oncle du duc d'Edimbourg. Les Irlandais ciblant le coeur du système.

On a enfin vu combien les classes dirigeantes et en particulier le premier ministre de l'époque, Tony Blair, se portèrent au secours de la couronne en 1997 lors de la crise que provoqua le décès de la princesse de Galles, Diana Spencer, entre Buckingham et l'opinion britannique.

Élément précieux du système britannique par son rôle idéologique et politique, la monarchie à l'heure où l'union des "nations constitutives" au sein de Royaume uni est fortement fragilisé, est une vraie force politique. D'autant que 2 Britanniques sur 3 se disent attachés à la monarchie.

Un fait qui interroge et interpelle mais, comme tous les faits, incontournable. 

Antoine Manessis

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