Antoine Manessis
Les élections régionales n'intéressent que fort peu les citoyen-nes.
Un électeur sur deux s'abstient. S'il y avait pour les élections un taux de participation minimum exigé pour valider le vote, disons 70%, nous pourrions voir les partis faire un peu plus d'efforts pour avoir l'air démocratique. Avec une abstention aussi massive de 50% on peut s'interroger sur la représentativité des élus. D'autant que cette abstention est significative politiquement. Il ne s'agit pas de "je m'en foutisme" mais du rejet de ce qui apparait aux gens comme des magouilles pour des places et qui aboutissent à une politique unique.
Sans doute est-ce une vision qui manque de nuances et ne rend pas forcément compte des efforts de nombre d'élus pour servir la population. Sans doute des priorités dans les choix concrets accomplis par les élus de gauche sont-ils différents de ceux de droite. Reste que c'est dans un cadre donné et de plus en plus contraignant que ces différentes politiques se déploient et donc se ressemblent.
De plus la région comme entité politico-administrative est consciemment ou inconsciemment contestée par les Français-es. Et ils ont raison. La région est trop lointaine pour que le peuple participe de façon vivante à sa vie, trop bureaucratique, trop éloignée d'un vrai contrôle démocratique. Enclos des jeux partidaires la région, encore plus depuis la réforme Hollande qui en a fait des gros machins, est un échelon par nature anti-démocratique.
La commune et le département restent les deux échelons reconnus et adaptés à une intervention populaire plus démocratique. Henning Mankel, l'auteur suédois, fixait l'affaiblissement de la démocratie suédoise aux fusions et à la casse des communes. Pour la France il en va de même. Rien donc d'étonnant à l'abstention massive aux régionales. Le désintérêt pour celles-ci est évidemment encore plus fort dans cette période de pandémie.
Face à cela que font les partis politiques ? Ils s'agitent, grouillent et grenouillent pour que leurs élus leur permettent de vivre (bureaux, salles de réunion, photocopies, voitures de fonction, réseaux, influence, positions de pouvoir - même limitées- etc...). Cela n'exclut pas une volonté de servir l'intérêt général mais dans un cadre tel que cela passe au second rang, si n'est à l'antépénultième.
La gauche, avec les présidentielles en ligne de mire, tente de se présenter unie face aux listes de droite, macronistes, LR ou RN. Cela a été possible dans certaines régions et dans d'autres pas. Est-ce d'une grande importance ? Des élus pour faire marcher les machines partisanes semble le principal sujet de préoccupation et donc du désintérêt populaire, bien compréhensible.
Les gauches devrions-nous dire puisque se retrouvent, comme dans le Nord, toutes les grandes composantes des gauches : la FI, le PC, le PS, EELV... Cette "union" très conjoncturelle et éphémère ne trompe personne : c'est du simple pragmatisme électoral. Il n'y a que les benêts doctrinaires pour trouver un vrai sens politique à ce genre d'arrangements, de "combinazione".
Quant aux groupuscules ils ne font rien vu qu'ils sont... des groupuscules. Sinon pondre de vaines diatribes contre les gauches toutes coupables de ne pas fixer la mort du capitalisme à 17h20 jeudi prochain et de mettre en danger la République...bigre. Certains, plus atteints que d'autres, rêvent de devenir plus gros que les boeufs mais les petites grenouilles coassent confites dans leur impuissance paranoïaque. Comme le dit La Fontaine La chétive pécore s'enfla si bien qu'elle creva.
Que pouvons-nous faire devant une situation de ce type ? Deux options respectables :
- s'abstenir estimant que finalement les progressistes n'ont rien à gagner dans l'affaire.
- voter pour les listes les plus décentes des gauches, éventuels points d'appui aux luttes à venir.
Comme le dit Mélenchon "je ne reprendrai jamais l'initiative de dire "faites ceci, faites cela".../...parce que les consignes n'ont aucun poids aujourd'hui".

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