Julian Vadis
Au lendemain de l’aval de l’agence européenne du médicament (EMA) à la reprise de la vaccination à l’AstreZeneca, la cacophonie règne en Europe.
De là reprise immédiate à la temporisation, c’est la désynchronisation qui prime illustrant une nouvelle fois le nationalisme vaccinal. Des réponses nationales qui ne peuvent qu’alimenter la défiance face au vaccin qui reste un outil essentiel pour en finir avec la crise sanitaire.
Ces derniers jours, le vaccin AstraZeneca a été au cœur de l’actualité
politique, suite à des cas de thromboses détectées en Europe. Une
polémique qui avait conduit à une série de suspension de la vaccination
dans de nombreux pays, dans l’attente notamment de l’expertise de l’EMA.
Cette dernière, rendue publique ce jeudi 19 mars, est formelle : le vaccin AstraZeneca est « sûr et efficace », même si, comme le rappelle l’Haute Autorité de Santé, l’EMA « a
identifié un possible surrisque de coagulation intravasculaire
disséminée et de thrombophlébite cérébrale chez les personnes de moins
de 55 ans » . Un avis qu’à rejoint le Comité consultatif mondial de la sécurité vaccinal de l’OMS, ce vendredi 19 mars, pour qui « le
vaccin AstraZeneca (...) continue d’avoir un profil bénéfices-risques
positif, avec un énorme potentiel pour prévenir les infections et
réduire les décès dans le monde entier ».
Pourtant, la polémique est loin d’être éteinte. En effet, une étude
menée par des chercheurs de l’Université d’Oslo indique avoir établi un
lien entre l’utilisation de l’AstraZeneca et la formation de caillots
sanguins. Ainsi, le professeur Pal Andre Holme explique, dans des propos
relayés dans un article du Monde, avoir obtenu « des
résultats susceptibles d’expliquer l’évolution clinique de nos patients
hospitalisés. Ces résultats soutiennent l’hypothèse, que nous avions
avancée plus tôt, selon laquelle ces patients ont développé une forte
réponse immunitaire, ce qui a conduit à la formation d’anticorps, qui
peuvent affecter les plaquettes et ainsi provoquer un thrombus [caillot
sanguin]. »
Des discours qui apparaissent comme contradictoires, mais qui dépassent
désormais le stade de simples suspicions, avec une série de données
scientifiques. La question centrale se joue donc autour du fameux
rapport « bénéfices / risques », qui selon l’EMA et l’OMS est positive
dans le cadre d’une vaccination de masse.
Dans ce contexte général, force est de constater que c’est en ordre
dispersé que répondent des différents pays d’Europe. Ainsi, la France,
l’Allemagne, l’Italie, la Bulgarie ou bien encore la Slovénie ont repris
les vaccinations dès ce vendredi. L’Espagne, le Portugal et les
Pays-Bas ont, quant à eux, reporté cette reprise à la semaine prochaine.
Enfin, le Danemark, la Norvège et la Suède ont décidé d’attendre avant
de reprendre, ou non, la vaccination à l’AstraZeneca.
Bien sûr, une telle cacophonie ne peut aboutir qu’à une défiance
renforcée envers un vaccin qui avait déjà mauvaise presse. L’exemple le
plus illustratif de ce risque de défiance étant la vaccination express
de Jean Castex ce vendredi, explicitement présenter comme visant à
rassurer la population sur l’AstraZeneca. Mais surtout, ces différentes
stratégies sanitaires à échelles européennes s’expliquent aussi par des
éléments extra-sanitaire, politique et économique.
La France est à nouveau un cas d’école, avec des déclarations
gouvernementales qui, du jour au lendemain, ont dit tout et son
contraire au sujet du vaccin AstraZeneca. Préalablement, le gouvernement
avait même menacé les soignants d’une obligation à se vacciner. Tout
donc pour semer la définance vis-à-vis du vaccin.
Plus en général, les stratégies vaccinales erratiques des différents
Etats sont surdéterminées par deux déterminantes fondamentales. La
première, c’est celle de la pénurie de vaccins qui joue comme un
paramètre qui détermine en premier lieu les stratégies vaccinales. En
France, par exemple, où Macron a misé la majorité de stratégie vaccinale
sur le vaccin Astra Zeneca, sa suspension y compris si elle était
nécessaire ouvrirait une crise sur le terrain sanitaire et politique. La
deuxième, c’est le discrédit grandissant des Etats qui a été alimenté
par une année de gestion catastrophique de la crise sanitaire, via
notamment des mesures autoritaires, sur fond de stratégies de « stop and
go », attisant ainsi la défiance des populations.
Dans ce cadre plus général, la réponse dispersées des Etats en Europe ne
peut aussi qu’accentuer la défiance, et est l’expression déformée des
réponses nationales qui priment depuis le début de la crise sanitaire.
C’est pourquoi il est indispensable d’exiger une transparence totale sur
les études scientifiques concernant les vaccins et la levée immédiate
des brevets détenus par les grandes firmes pharmaceutiques, mais surtout
d’imposer la réquisition sous contrôle des travailleurs des trusts qui
produisent les vaccins pour en finir avec la pénurie.
C’est la condition pour opposer une réponse internationaliste qui seule pour nous permettre de lever l’ensemble des barrières qui se mettent devant le chemin d’une vaccination sûre et efficace pour tous.

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