vendredi 30 avril 2021

Une trahison innommable de la France

Antoine Manessis

Sept Italiennes et Italiens ont été arrêtés en France, par la police française, sur ordre du gouvernement français a annoncé la présidence de la République. Ils risquent l'extradition vers l'Italie. Pourquoi ?

Ces sept sont accusés par le gouvernement italien d'avoir participé à des attentats en Italie à l'époque des "années de plomb", entre 1970 et 1980. Attentats attribués aux Brigades rouges, dont certains auraient été membres. Trois autres personnes sont recherchées par la police pour la même raison.

Les sept avaient obtenu l'asile en France. Certains d’entre eux pouvaient bientôt voir leurs actes prescrits. La justice doit maintenant se prononcer sur leur extradition, au cas par cas.

Emmanuel Macron aurait eu une conversation téléphonique avec le premier ministre italien, Mario Draghi, qui lui aurait confirmé l’importance de cette affaire pour Rome. L'ancien banquier de Goldman et Sachs a fait part de "sa satisfaction" pour l'attitude de l'ancien banquier de Rothschild.

Maître Irène Terrel, avocate de 5 des interpellés, a dénoncé une "trahison innommable de la France. Je suis indignée et je n’ai pas les mots pour décrire cette opération qui s’apparente à une mini-rafle. C’est la France qui leur a donné l’asile.../... Depuis les années 1980, ces gens-là sont sous la protection de la France, ils ont refait leur vie ici depuis trente ans, sont installés au vu et au su de tous, avec leurs enfants, leurs petits-enfants… et, au petit matin, on vient les chercher, quarante ans après les faits ? C’est innommable et irrecevable en droit », a-t-elle conclu. 

Parmi ses clients arrêtés mercredi figure notamment Marina Petrella, 66 ans, ex-membre des Brigades rouges condamnée à la prison à vie et à qui la France a accordé l’asile politique. Même Nicolas Sarkozy s’était opposé en 2008 à son extradition en raison de l’état de santé de Marina Petrella. Les autres personnes arrêtées sont Giorgio Petriostefani, Narciso Manenti, Roberta Capelli, Enzo Calvitti, Giovanni Alimonti et Sergio Tornaghi. Les trois personnes encore recherchées sont Maurizio Di Marzio, Luigi Bergamin et Raffaele Ventura.

"L’Etat s’était engagé à ce qu’il n’y ait pas d’extradition malgré les demandes répétées des Italiens, alors pourquoi ce revirement, quarante ans après les faits ? C’est un reniement la parole de l’Etat", a réagi de son côté Maître Jean-Louis Chalanset, avocat de Calvitti.

Il est en effet inconcevable que, quarante ans après les faits incriminés et autant d’années d’asile octroyé par la France, il puisse y avoir une inversion de cette politique d’accueil de la République française.

Pourtant Eric Dupont Moretti, garde des Sceaux, interrogé a déclaré "Je n’ai strictement aucun état d’âme." Tant pis pour lui. Il ne s'agit pas d'ailleurs "d'état d'âme" mais de l'honneur de la France. 

Que l'attitude indigne des bandes au pouvoir des deux côtés des Alpes décille les yeux de ceux qui voient en elles des gouvernements républicains. Leur esprit de revanche, quarante ans après contre des gens qui, contrairement au terrorisme noir des néo-fascistes, n'ont jamais pratiqué de terrorisme aveugle.

Une fois encore, contextualiser cette période est nécessaire non pour excuser mais pour comprendre : un État gangrené par les milieux d’extrême droite, par la corruption et une société où la violence marque les relations sociales, une société sans horizon politique alternatif. Comprendre que le terrorisme fut  la conséquence d’une crise sociopolitique d’une extrême gravité. Et que si l'on veut empêcher de telles situations n'y a-t-il pas lieu, plutôt que de pourchasser quarante après des militants fourvoyés, de s'interroger sur les inégalités sociales, l'absence de débat politique clair, le contrôle des médias, la perte d’idéaux, l'égoïsme social et le triomphe de l’individualisme…

...et agir...et vite pour éviter la répétition des tragédies des années de plomb.

Antoine Manessis

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