Antoine Manessis
En Grèce des centaines de milliers d'hectares brûlent. Des forêts, des maisons sont détruites, des habitants menacés par les flammes. Cela fait des années que cela dure.
Lors d'un de mes voyages en Grèce, il y a plusieurs années de cela, j'ai assisté à une manifestation du KKE dénonçant l'impéritie gouvernementale face aux feux. L'Etat a été incapable de protéger les forêts et les populations parce qu'il sert les intérêts du capital contre celui de l'environnement et des intérêts du peuple grec. Le capitalisme et ses gouvernements traitent la forêt et la terre dans son ensemble comme des marchandises, les laissant sans protection, sans prévention efficace et gestion globale, soumis aux intérêts économiques de la finance. Les droits et les besoins des Grec-ques sont sacrifiés. Les moyens et infrastructures nécessaires de protection contre les incendies, les tremblements de terre et les inondations ne sont pas engagés car ils ne sont pas rémunérateurs pour le capital.
Dans les vestiges et les cendres des incendies catastrophiques, sortent des tiroirs du pouvoir des plans d'affaires dans le cadre du "Fonds de relance et des investissements verts"(sic) et une privatisation des structures de protection civile. Le gouvernement de droite de Kyriakos Mitsotakis ne fait que jeter de l'huile sur le feu. Cette situation a révélé l'incapacité de l'État, qui, fondé sur le profit, expose la vie elle-même au danger.
Ainsi, avec les incendies qui s'ajoutent à la pandémie du Covid, un service de santé public exsangue, détruit par les gouvernements grecs et l'UE, la juste colère du peuple Hellène doit devenir une force de lutte et de revendication. L'initiative populaire au milieu des incendies, contre la carence du mécanisme étatique, confirme que seul le peuple peut sauver le peuple. Dans toutes les rues, dans tous les champs, des volontaires aident les pompiers débordés. Les mêmes scènes de solidarité, avec parfois, les outils ramassés en chemin, ont lieu au nord d'Athènes, dans le Péloponnèse et sur l'île d'Eubée, zones particulièrement touchées.
Même le premier ministre a été contraint de reconnaître "l’échec des autorités à prévoir et à contenir les feux". Mais il n'a évidemment pas reconnu que c'est la logique capitaliste, les privatisations et la politique d'austérité imposée par l'UE, la BCE et le FMI (la sinistre Troïka) qui ont laissé l'Etat grec dans l'impuissance ce que les Grec-ques constatent, abandonnés face au manque de moyens des autorités.
Les pompiers français envoyés au secours de leurs collègues grecs ont constaté l'ampleur de la catastrophe: "On a connu de grands feux dans le sud de la France, mais jamais une telle situation." Ils font face à une problématique majeure : le manque d'infrastructure. "On n'a pas de chemin d'accès dans le massif montagneux, donc on doit en créer un pour intervenir." Les pompiers français soulignent aussi que sur place la population apporte son soutien aux pompiers : "Chaque fois qu'on s'arrête quelque part, on nous propose de l'eau ou à manger. C'est touchant."
L'UE, l’Ukraine, Israël, la Suisse, l’Égypte, le Koweït, le Qatar, les Émirats et la Serbie ont aussi prêté main-forte à la Grèce. Une aide internationale salvatrice, car depuis sept jours les pompiers grecs luttent sans relâche contre une centaine de départs de feux quotidiens. Or, après dix années d’une crise économique et budgétaire assortie de coupes drastiques imposées, répétons-le, par l'UE, les moyens des Grecs, tant en effectifs qu’en matériels, sont très limités et les moyens aériens sont tout aussi faibles.
En conclusion, on constate que l'attitude du corps des pompiers a été exemplaire et leur dévouement total mais une désorganisation des secours laissés sans moyens (manquements graves dans l'organisation, dans les plans de secours, dans la qualité du matériel et dans les équipements) et une formidable prise en charge de la situation par la population*.
Le gouvernement de droite de la ND (Nouvelle Démocratie) et l'Union Européenne sont responsables et coupables de cette catastrophe et devraient rendre des comptes au peuple grec.
Et il faudra que les médias cessent de parler pour ce genre d'événements d'anthropocène mais bien de capitalistocène car ce n'est ni le berger grec, ni l'ouvrier français, ni le paysan nigérian, ni le professeur étasunien, ni le médecin chinois qui sont responsables de la catastrophe environnementale et du réchauffement climatique mais bien le capitalisme:" Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde."
*
C'est une "tradition" en Grèce. Pendant la guerre italo-grecque, face
aux carences et à l'indigence de l'Etat-Major de l'armée (truffée de
fascistes), c'est le peuple qui a pris en charge la logistique pour
fournir armes et vivres aux troupes sur le front ; les femmes jouèrent un
rôle central dans cette épopée.

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